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Valérie Pécresse prononce un discours lors d'une réunion publique, à Besançon, dans l'est de la France, le 13 janvier 2022.
Valérie Pécresse prononce un discours lors d'une réunion publique, à Besançon, dans l'est de la France, le 13 janvier 2022.
©SEBASTIEN BOZON / AFP

Ni pétrole, ni idées nouvelles ?

Pourquoi Valérie Pécresse a terriblement besoin d’idées nouvelles (et pas d’aller farfouiller dans la cave LR…)

Mais quelles sont celles qui pourraient l’aider dans son match avec un Emmanuel Macron plus cynico-populiste-chic que jamais ?

Arnaud Benedetti

Arnaud Benedetti

Arnaud Benedetti est Professeur associé à Sorbonne-université et à l’HEIP et rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire. Son dernier ouvrage, "Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir", est publié aux éditions du Cerf (4 Novembre 2021).   

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Atlantico : Valérie Pécresse a connu une vraie dynamique en remportant la primaire des Républicains mais semble désormais à un plateau dans les sondages sans réussir à créer une véritable tendance face à Emmanuel Macron ou à distancier ses concurrents, qu'est-ce qui explique ce relatif enlisement ?

Arnaud Benedetti : Il convient à ce stade de rester prudent dans toutes les lectures et autres interprétations des sondages dans un sens comme dans l’autre. Pour plusieurs raisons : la structuration de l’opinion laisse une place plus grande place que par le passé à la volatilité des intentions de vote, notamment parce que la structuration de la relation au politique est plus élastique, moins ossifiée qu’il y a même une dizaine d’années… La certitude du choix est loin d’être figée, sauf pour les plus mobilisés et les plus politisés. Or la réalité de l’offre politique aujourd’hui c’est la grande fluidité de son assise et de son attractivité, d’autant plus que le champ partisan est en profonde transformation avec d’une part  de nouvelles marques en voie d’émergence pour certaines comme « Reconquête » le mouvement d’Eric Zemmour, pour d’autres plus installées comme LREM ou le RN, voire les Insoumis, et avec d’autre part des enseignes  historiques mais dont les parts de marché se sont effritées nationalement comme LR ou le PS. Néanmoins si l’on veut considérer votre interrogation, Valérie Pecresse a bénéficié d’un bond quasi technique lié à sa désignation par le Congrès de sa formation et elle parait en difficultés depuis le début de l’année. Elle souffre d’une pression exercée par sa droite qu’elle ne parvient pas totalement à satisfaire  et  apparaît insuffisamment différenciante. Elle éprouve du mal pour l’instant à incarner comme si elle ne disposait pas du seuil critique de charisme pour la rendre plus audible, plus lisible ou impactante. Pour autant, elle a néanmoins réinstallé l’offre républicaine dans la course et cela constitue malgré tout un premier gain.

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Valérie Pécresse à récemment  évoqué son intention de ressortir le « Kärcher de la cave ». Rester sur les vieilles lignes que Les Républicains tiennent depuis des années serait-il synonyme de défaite assurée ? Pécresse risque-t-elle de décrocher dans les sondages sans un revirement de stratégie ?

Ce n’est pas très original, encore moins forcément habile.  Pour exister politiquement dans une compétition aussi complexe et structurante que la présidentielle, il faut bien sûr s’affirmer. Recourir à des figures rhétoriques utilisées par d’autres traduit un manque à minima de créativité, de force inventive en quelque sorte, comme si on allait, faute d’incarnation encore une fois, investir le capital politique de profils antérieurs pour se recréditer. Il faut qu’elle invente son récit, qu’elle projette un imaginaire, autre que celui d’être une femme, une bonne élève, le plus petit dénominateur d’une droite de gouvernement en quête de redressement. Elle n’a pas pour l’instant fendu l’armure. Par ailleurs la référence sarkozyste en matière de sécurité est maladroite car c’est aussi pour une partie de l’électorat le plus à droite qu’elle entend arrimer l’illustration d’une promesse non tenue, l’angle d’attaque que ses concurrents Marine Le Pen d’un coté , Eric Zemmour ne cessent de marteler, non sans rencontrer une forme d’écho. Le risque d’un décrochage immédiat pour l’instant n’apparaît pas probable, même si tout demeure possible car Valérie Pecresse reste aussi dans la perspective du second tour l’hypothèse apparemment la plus efficiente pour bousculer le sortant. Cet atout là en matière de représentation de l’avenir électoral est un levier susceptible de la tenir à flot et de contenir un potentiel décrochage. 

Face à Emmanuel Macron et ses adversaires, serait-il judicieux de jouer la disruption et les propositions chocs ? 

C’est vrai que pour le moment la campagne de Valérie Pecresse se caractérise par l’objectif de ne pas commettre de fautes, d’impairs. Elle gère son capital bien plus qu’elle sonne le tocsin, comme si elle misait sur la dimension clivante et allergisante de ses concurrents, à commencer par le premier d’entre eux Emmanuel Macron dont elle sait qu’il a généré des masses d’hostilités dans de nombreux segments, très variés au demeurant aussi, de l’opinion. Ce serait une disposition potentiellement gagnante, voire même très confortable, si elle avait réglé son problème à droite. Elle n’est pas à ce stade la championne sociologique de presque toutes les droites, comme le fut Sarkozy en 2007. Elle est dans un entre-deux, en mal d’identification, et elle risque d’apparaître comme trop macroniste pour les droitiers, trop libérale pour les souverainistes et sociaux, trop conservatrice pour les centristes. En outre, voulant donner des gages à son aile gauche et ne pas être suspectée de rompre avec la doxa du « cordon sanitaire », elle n’hésite pas dans certaines interventions à s’en prendre à la droite de la droite. Ce qui est une erreur car l’atmosphère de l’opinion n’est plus celle des temps chiraquiens et que cet exercice qu’elle s’impose renforce le soupçon d’insincérité qu’agitent ses compétiteurs quant à son système de convictions et de valeurs. Il n’y a pas besoin d’être ostensiblement disruptif pour l’être réellement, il suffit par une forme de silence de procéder à l’obsolescence de logiciels auxquels les opinions n’adhèrent plus majoritairement.  

Quelles pourraient être ces propositions ? Lorsque l'on regarde le sondage IFOP pour Franc-Tireur sur le regard des Français sur les différents sujets sociétaux, y a-t-il des potentielles inspirations pour des propositions disruptives ?

L’exercice est complexe car sur le sujet identitaire elle est doublée sur sa droite, sur l’économie elle veut mettre en exergue les insuffisances du réformisme macroniste qui n’en fut pas, notamment sur la dépense publique, mais une partie de l’électorat de la droite et du centre macroniste demeure assez peu réceptive à cette critique pour le moment. Pourtant trois leviers pourraient contribuer à lui donner de l’air : métaboliser la droitisation à condition de ne pas céder au prurit diabolisant que le macronisme entend faire peser sur Marine Le Pen et Eric Zemmour dont il faut qu’elle ramène une partie de l’électorat dans son escarcelle; accélérer ses critiques sur les faiblesses réformistes du chef de l’Etat qui n’a pas tenu ses promesses, loin de là, pour faire revenir dans la vieille maison les segments les plus réformistes de la droite de gouvernement qui pourraient douter sur ces enjeux de le détermination du sortant; et s’élever contre la gestion de la crise sanitaire, attentatoire aux libertés fondamentales par les contraintes permanentes qu’elle impose à la société mais force est de constater qu’elle n’est pas sortie d’un hyper-conformisme sur ce sujet sans voir que les dispositifs d’exception enclenchaient un engrenage inquiétant. Pour le moment tout se passe comme si elle anticipait inconsciemment ou consciemment une élection par défaut, pariant sur un « tout sauf Macron »- ce qui n’est pas démontré d’une part et encore faut-il, d’autre part,  qu’elle soit en mesure de se qualifier au second tour, ce qui n’est pas fait. Dans l’hypothèse de sa non-qualification, il faudrait en outre qu’elle réponde à la question que lui pose Guillaume Peltier sur son choix de second tour - ce à quoi elle se refuse, alimentant un doute légitime sur sa proximité idéologique avec le pouvoir. 

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