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Pourquoi un succès au G20 pour Emmanuel Macron ne serait pas forcément un succès pour la France
©LUDOVIC MARIN / AFP

Objectif contradictoire

Pourquoi un succès au G20 pour Emmanuel Macron ne serait pas forcément un succès pour la France

Dans un contexte de tension commerciale entre Etats-Unis et Chine, les dirigeants du monde entier se rencontrent ces deux prochains jours à l'occasion du G20 de Buenos Aires. Un G20 qu'Emmanuel Macron semble redouter.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Atlantico : Les membres du G20 se réunissent à partir de ce vendredi 30 novembre en Argentine, dans un contexte ou, comme l'a déclaré Emmanuel Macron dans son interview à La Nacion"le risque est celui d'un tête-à-tête entre la Chine et les États-Unis et d'une guerre commerciale destructrice pour tous" ou encore "ce qu'on risque, c'est le blocage des forums multilatéraux comme le G20", "Sur le commerce, le risque est celui d'un délitement de l'OMC, qui malgré ses défauts est la plus grande plateforme de régulation du commerce mondial". Dans un tel contexte, comment anticiper ce que peut en attendre Emmanuel Macron ?

Nicolas Goetzmann : Depuis plusieurs jours, le seul sujet qui attire véritablement l'attention autour du G20 est la rencontre qui aura lieu entre Xi Jinping et Donald Trump, dans un moment de forte tension sur fond de guerre commerciale. Le paradoxe est donc ici de voir une rencontre bilatérale prendre le dessus sur une enceinte qu'Emmanuel Macron voudrait voir comme le moyen d'expression du multilatéralisme. Mais la réalité a changé, la défense du multilatéralisme est devenue minoritaire parmi les dirigeants, les pays tombant les uns après les autres, élections après élections. Il ne s'agit pas que de Donald Trump. De plus, Emmanuel Macron a perdu beaucoup de son aura européenne, c'est ce que ce l'on peut voir avec la formation d'un groupe des pays du nord qui s'opposent à ces projets de réformes en Europe. Il peut donc y avoir une forme de paradoxe à vouloir être le dernier défenseur du multilatéralisme face à la majorité, c’est-à-dire à des pays aussi importants que les Etats-Unis, la Chine, la Russie, le Brésil, la Turquie etc.. et en Europe à l'Italie, ou le Royaume Uni du Brexit. 

Dans cet environnement, l'enjeu pour Emmanuel Macron ici, c'est de parvenir à exister alors qu'il est isolé, pour ne pas dire sur la touche. Il faut remarquer que Donald Trump n'a pas prévu de rencontrer officiellement Emmanuel Macron lors de ce G20, alors que de tels formats sont planifiées avec Xi Jinping, Vladimir Poutine-qui pourrait être annulé- Shinzo Abe, Angela Merkel, et Recep Erdogan. La défense du multilatéralisme comme objectif prioritaire paraît être un mauvais choix au regard des enjeux de ce sommet, parce que la question qui est aujourd'hui posée est plutôt celle de savoir si Etats-Unis et Chine vont parvenir à constituer des "camps" autour de leurs positions, ce qui correspondrait plutôt à contribuer à l'émergence d'un bilatéralisme.

Concernant l'aspect purement commercial, il est vrai que les tensions entre Chine et Etats-Unis ont des effets sur l'Europe. On peut citer la question des tarifs douaniers mis en place par la Chine et qui visaient l'industrie américaine, mais puisque les chaînes de production d'entreprises comme Ford et General Motors sont déjà localisées en Chine, les entreprises qui ont été sanctionnées sont plus Mercedes et BMW qui doivent passer par les tarifs douaniers, c’est-à-dire les européens qui sont donc été la victime collatérale des tensions entre Chine et États-Unis. Et c'est une des causes du ralentissement économique européen lors de ces derniers mois. L'enjeu est donc d'éviter un nouvel épisode de tension ou l'Europe se retrouverait être le dindon de la farce des négociations. Mais il existe un risque pour les européens et pour la position défendue par Emmanuel Macron, c'est que l'Europe attire l'attention sur ses pratiques commerciales, parce que les dernières données montrent que la baisse des excédents chinois a été compensée par la hausse des excédents européens, et notamment allemands. Or, les Etats-Unis préparent un rapport pour déterminer si le secteur automobile allemand peut être considéré comme une menace pour la sécurité nationale américaine. 

Enfin concernant le climat, et puisque les nations unies viennent de démontrer que les signataires de l'accord de Paris ne respectent globalement pas leurs engagements, dont l'UE, il ne s'agira que d'une question rhétorique, avec un enjeu qui va être celui de la référence à l'accord de Paris dans le communiqué final. Pour le moment, et par crainte de voir les Etats-Unis se retirer de ce communiqué, la probabilité est que cette référence soit la plus ambiguë possible. 

Quels pourraient être les objectifs de la France à cette occasion ? Que serait un bon G20 pour la France ?

Ce G20 pourrait être une occasion pour la France de marquer une différence sur les questions commerciales en donnant son soutien aux Etats-Unis, notamment en pointant du doigt les pays qui sont à l'origine des déséquilibres économiques mondiaux, c’est-à-dire les pays qui produisent d'énormes excédents que sont la Chine et l'Allemagne. Cette position serait évidement délicate à tenir puisqu'elle marquerait une rupture en Europe entre Paris et Berlin, mais elle aura au moins le mérite de prendre en compte la réalité.

Au cours de ces dernières années, l'excédent chinois a diminué, et un important excédent européen s'est constitué, ce qui est principalement le fait de l'Allemagne, ou encore des Pays-Bas. Cette stratégie économique des pays du nord de l'Europe a fait de lourds dégâts au sein de la zone euro au cours des 10 dernières années, et désormais, ces déséquilibres ont pris une taille d'ordre mondial.

C'est également ce qui est reproché à la Chine. Pékin s'en défend aujourd'hui car son excédent est revenu à un point d'équilibre, non pas parce qu'elle exporte moins de produits manufacturés, mais parce qu'elle importe plus de matières premières, en provenance du Moyen-Orient par exemple. Le résultat est que les déséquilibres se maintiennent, mais se déplacent, et la situation des secteurs manufacturiers des pays occidentaux n'a pas évolué. Un G20 réussi pour la France serait donc de se placer en situation de critiquer les pays dont la stratégie est celle du cavalier solitaire. Une telle vision aurait pour objectif de sanctionner les pays qui ne jouent pas le jeu de la croissance mondiale. Cela implique de se rallier à Donald Trump sur le dossier commercial, d'accepter de fragiliser la relation avec Angela Merkel, mais au final, cela serait globalement conforme à ce qui est demandé par le FMI ou d'autres organisations internationales, et cela offrirait une nouvelle perspective à l'Europe. Celle d'une Europe qui viserait la croissance comme objectif prioritaire, ce qui au bout du compte, est également une réponse à la rupture politique et sociale existante sur le continent, dont les Gilets jaunes.

Comment expliquer ce décalage ?

Emmanuel Macron semble s'être enfermé dans une vision du monde dépassée. La composition du G20 a changé, les intérêts poursuivis ne sont plus les mêmes, et le cas le plus flagrant est celui de la mondialisation. Emmanuel Macron voudrait incarner la défense de la mondialisation et du multilatéralisme des années 2000, alors que la majorité des pays occidentaux ont compris que l'enjeu était de parvenir à rectifier le tir des déséquilibres, et à protéger les populations qui ont pu en souffrir, des électeurs de Donald Trump aux Brexiters en passant par les Gilets jaunes.

Emmanuel Macron a donc simplement une décennie de retard sur les enjeux, et cela est un immense gâchis, parce que l'image qu'il était parvenu à bâtir lors de son élection aurait pu lui permettre d'appuyer avec force un tel rééquilibrage. Mais il a choisi de s'accrocher au monde d'avant, ce monde d'avant qui a produit ceux à qui il s'oppose aujourd'hui. Emmanuel Macron continue de croire que les populismes sont les causes des perturbations actuelles alors qu'ils en sont le symptôme, et il continue de promouvoir le régime économique qui a été la cause de leur émergence. 

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