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La stratégie des puissances occidentales a atteint ses limites.
La stratégie des puissances occidentales a atteint ses limites.
©Reuters

Du pareil au même

Pourquoi menacer l'Iran sur la bombe atomique ne le fera pas plier

L'Iran veut que son droit d'enrichir de l'uranium soit reconnu aujourd'hui lors de négociations avec les grandes puissances des 5 + 1 sur son programme nucléaire.

Thierry Coville

Thierry Coville

Thierry Coville est chercheur à l’IRIS, spécialiste de l’Iran. Il est professeur à Novancia où il enseigne la macroéconomie, l’économie internationale et le risque-pays.
 
Docteur en sciences économiques, il effectue depuis près de 20 ans des recherches sur l’Iran contemporain et a publié de nombreux articles et plusieurs ouvrages sur ce sujet.
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Atlantico : L'Iran veut que son droit d'enrichir de l'uranium soit reconnu aujourd'hui lors de négociations avec les grandes puissances des 5 + 1 sur son programme nucléaire, pourtant très controversé. Est-ce une étape de plus de la part de Téhéran vers l'obtention d'une arme atomique ? 

Thierry Coville : On ne peut pas être si catégorique. C'est une revendication qui est au cœur du dossier, et que l'Iran a d'ailleurs depuis très longtemps. Il est très difficile de leur interdire ce droit, car tant que l'on a pas la preuve qu'ils veulent créer une bombe atomique, on ne peut rien faire. La possibilité de sortie de crise à envisager serait de leur reconnaître ce droit auquel ils tiennent et sur lequel ils ne veulent de toute façon pas revenir, tout en donnant des garanties sur le fait qu'il n'y aura pas d'utilisation "militaire" de ce droit. 

A terme, son obtention par l'Iran est-elle un scénario inéluctable ? 

En dépit des sanctions, des avertissements internationaux ils continuent d'enrichir de l'uranium. Les sanctions internationales ne fonctionnement pas, l'option militaire n'est pas non plus une possibilité envisageable contrairement à ce que l'on dit car cela ne ferait qu'encourager l'Iran a obtenir la bombe atomique à terme.

Il n'y a pas actuellement de décision collective en Iran de se diriger vers la bombe atomique. Ces derniers mois, le régime iranien avait plutôt montré sa volonté de négocier sur le sujet. 

Pour que ces négociations aboutissent, il est indispensable qu'on leur reconnaisse le droit à enrichir leur uranium. Les négociations bloquent sur cette question-là : l'Iran, en tant que signataire du traité du non prolifération, et qu'on a aucune preuve qu'ils veulent obtenir la bombe atomique, tout repose sur la question de la confiance entre les différents pays. Il n'y a pas de preuves comme on pourrait en trouver pour la Corée du Nord, qui eux ont des missiles avec des têtes nucléaires. Pour l'Iran, nous n'avons aucune preuve.

Quelles pourraient être les réactions des grandes puissances internationales dans ce cas ? Quelle serait leur marche de manœuvre ? 

Les possibilités de contrôle par les grandes puissances internationales existent. On sait ce qu'il faudra mettre en place pour que l'enrichissement en uranium reste à un niveau "civil". Mais il faut changer de stratégie : celle du "tout ou rien" des grandes puissances occidentales n'est pas payante.  L'Iran devait accepter la demande internationale d'arrêter son programme d'enrichissement sous peine de sanction ou de guerre.

Souvent, les gouvernements sont conseillés par des experts en stratégie qui méconnaissent l'Iran, ce qui participe à une diabolisation du pays. Si on ajoute à cela les tensions historiques, notamment celles entre l’Israël et l'Iran et celles entre les Etats-Unis et l'Iran et le fait que l'Europe a du mal a jouer un rôle de contre-pouvoir par rapport aux Etats-Unis, la situation est compliquée.Il est également beaucoup plus simple de menacer l'Iran, car cela donnait l'impression d'avoir une réelle politique. Cette stratégie a atteint ses limites.

L'Iran, de son côté, a aussi ses torts : ils ont alterné menaces et négociations. Mais la stratégie des puissances occidentales a atteint ses limites. 

C'est dans ces négociations que se trouve la marche de manœuvre des grandes puissances internationales. 

L'obtention de la bombe atomique serait-elle vraiment le pire des scénarii à envisager ? 

La stratégie poursuivie par les Occidentaux n'a fait que pourrir la situation. En plus de l'inefficacité des sanctions internationales, on assiste à un affaiblissement considérable la classe moyenne iranienne qui était pourtant un des principaux éléments  de sortie de crise, et à un renforcement, du fait des mêmes sanctions, des mafias qui ont des appuis dans le régime et contrôlent les réseaux de contrebande. Avec une telle stratégie, en isolant encore plus l'Iran, on renforce les partis politiques extrémistes, ce qui pourrait conduire à des scénarii dangereux. A force de parler de guerre comme scénario envisageable, ceux qui l'évoquaient ne se rendaient pas compte que finalement le remède était bien pire que le mal.

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