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Pourquoi les gérants de fortune sont l’un des moteurs les plus puissants de la montée des inégalités au niveau mondial
©Reuters

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Pourquoi les gérants de fortune sont l’un des moteurs les plus puissants de la montée des inégalités au niveau mondial

Ceux qui exercent le métier de "gestionnaire de fortune" sont aujourd'hui pointés du doigt par une sociologue américaine qui les accuse d'être en partie responsables de l'accroissement des inégalités. Attention toutefois à ne pas surestimer le phénomène.

Noël Pons

Noël Pons

Noël Pons a été inspecteur des impôts, fonctionnaire au  Service central de prévention de la corruption (SCPC). Il  dispense de nombreuses formations antifraude et  anticorruption en France et à l'étranger.

Il est l'auteur de "La corruption des élites" chez Odile Jacob.

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Atlantico : Le métier de "gestionnaire de fortune" (wealth manager) a été pointé du doigt dans Capitaux sans frontière, un livre d'une sociologue américaine qui fait grand bruit aux Etats-Unis. Elle affirme que ce sont ces structures qui permettent tout particulièrement l'enrichissement des plus riches et donc l'augmentation significatif des inégalités. Partagez-vous ce point de vue sur le rôle décisif des gestionnaires de fortunes ?

Noël Pons : Ces structures qui se développent au cœur d’entités spéciales dans les banques ou dans des « family office », dont l’un d’entre eux, Clymène est devenu célèbre bien contre son gré, n’intéressent que des clients disposant d’un patrimoine de plus de 20 millions d’euros pour le « ticket d’entrée ». Leur activité n’est donc réservée qu’à la gestion de fortunes déjà conséquentes. Les gestionnaires sont généralement payés en honoraires par le client en pourcentage des sommes engagées et en commissions par les entités utilisées pour placer les fonds il est donc de leur intérêt de « faire tourner » les placements à bon escient et d’obtenir des résultats à la hauteur des attentes. De plus, si ce métier qui n’est pas nouveau s’est développé de manière exponentielle c’est dû à la demande des clients et aux gains qu’ils procurent. 

Leur champ d’activité est mondialisé et il navigue entre la gestion privée et la fiscalité.

Ces métiers sont évidemment destinés à assurer des résultats les plus conséquents pour les clients qui peuvent en bénéficier cependant ils ne concernent que ceux qui sont déjà très riches et il ne constitue qu’une partie de leur enrichissement général. Il n’empêche qu’il s’agit là d’une manière appropriée d’augmenter les inégalités beaucoup d’autres moyens existent néanmoins pour obtenir des résultats approchants.

Je m’étonne un peu mais je suis ravi du fait que l’ouvrage cité ci-dessus fasse grand bruit, car ces activités ne sont vraiment pas nouvelles et peuvent aisément dériver vers le blanchiment des fonds de la criminalité organisée et mafieuse.

En quoi le légal et l'illégal sont très souvent difficiles à discerner dans les processus aussi de défiscalisation ou de placements permis par les gestionnaires de fortune ?

Le légal et l’illégal sont difficiles à discerner du fait de l’existence d’une multitude de prestataires, de l’utilisation fréquente de pays à fiscalité allégée ou inexistante et de sociétés pouvant être qualifiées d’écran. En fait, tout dépend des exigences du client, certains utilisent ces structures mais exigent le maintien dans un cadre légal, d’autres plus laxistes ou plus intéressés laissent la bride sur le cou à ces entités ou exigent une défiscalisation par tous moyens.

Il faut savoir que les contribuables font l’objet d’une triple escroquerie en cas de fraude fiscale. D’abord le montant fraudé génère une majoration d’imposition à hauteur de la taxation omise, ensuite ces sommes sont placées et rapportent des intérêts jamais imposés et enfin ces sommes une fois sur les marchés bénéficient du remboursement de la dette qu’ils ont pu financer.   

Ces structures sont-elles au-dessus de la loi aujourd'hui ? Est-il possible de les contrôler plus activement ? 

Ces structures ne sont pas organisées en tant que telles et ne font l’objet dans les pays qui disposent de moyens de contrôles que de contrôles normaux ou de poursuites pénales lorsque de escroqueries ont été développées ce qui peut arriver.

Les contrôles sont néanmoins présents, ils relèvent de la législation anti blanchiment ou encore du délit de blanchiment de fraude fiscale et les personnes facilitant la création de montages frauduleux ainsi que personnes morales sont régulièrement poursuivies. Les Etats Unis, la France l’Allemagne entre autres pays ont lourdement sanctionné pénalement les structures bancaires qui avaient organisé les circuits de défiscalisation, les organisateurs des montages ainsi que les bénéficiaires. Il s’agit là de l’un des moyens pertinents de contrôle a postériori. 

De plus, ces entités sont amenées à utiliser des prestataires divers (notaires, comptables, avocats d’affaires, entités parabancaires entre autres) qui peuvent exercer dans des pays peu contrôlés (paradis fiscaux ou para paradis fiscaux) dans lesquels l’activité réelle ne sera donc pas ou peu transparente.

  

 

 

 

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