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En ajoutant un arbre par km², il y a 1,38 fois moins de consommation de médicaments.
En ajoutant un arbre par km², il y a 1,38 fois moins de consommation de médicaments.
©Reuters

Le bonheur est dans le pré

Pourquoi les citadins qui habitent dans une rue bordée d'arbres consomment moins d'antidépresseurs

Selon une nouvelle étude britannique, les urbains vivant dans un environnement où la nature est plus fortement présente disposeraient d'une meilleure santé mentale.

Philippe Rodet

Philippe Rodet

Philippe Rodet a exercé la médecine d’urgence dans le cadre du SAMU et de l’assistance en réalisant des rapatriements sanitaires dans plus de cinquante pays. Homme engagé, il a participé à des missions humanitaires au Burkina-Faso, en Roumanie et à Sarajevo pendant la guerre.

Passionné depuis plus de vingt ans par l’interaction entre le stress et la motivation, il publie en 1998 L’ardeur nouvelle aux Editions Debresse et Le bonheur sans ordonnance aux éditions Eyrolles en janvier 2015. Son dernier ouvrage, Le management bienveillant, co-écrit avec Yves Desjacques, vient de paraître aux éditions Eyrolles. 

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Vous reprendrez bien un bon bol de verdure ? Les études se multiplient, les conseils santé passent et une chose reste: la nature permet de se revigorer. L'air frais bien oxygéné, le doux chant des oiseaux, les balades sportives…bref la liste des avantages de vivre à la campagne ou près du jardin est longue. Les arbres feuillus apparaitraient comme un épouvantail à idées noires. Preuve que le sujet est sérieux, en 2012, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) citait la dépression comme principale cause d'invalidité dans le monde en s'appuyant sur des recherches évoquant un lien entre milieu naturel et maladies mentales.

Une nouvelle étude britannique vient confirmer cet état de fait. Selon ce rapport publié dans la revue internationale Landscape and Urban Planning, les Londoniens qui vivent dans une rue peuplée d'arbres sont moins enclins à se voir prescrire des antidépresseurs que ceux où la verdure se fait plus rare dans leur environnement. "Notre analyse indique que les habitants de Londres qui vivent dans une rue avec une densité plus forte d'arbres ont tendance à avoir un taux de prescription d'antidépresseurs plus bas, indique les conclusions du rapport. Ces découvertes complètent les recherches précédentes mettant en évidence les avantages de la verdure sur la santé mentale".

Philippe Rodet, médecin, passionné par le bien être, auteur du livre "Le Bonheur sans ordonnace" nous a d'ailleurs confirmé la crédibilité de cette étude. "On a déjà démontré que la présence d'espaces verts rend plus heureux, il est donc logique que cela joue sur la prescription d'antidépresseurs. En effet, selon une étude britannique menée par l’équipe de Mathew White, psychosociologue à l’Université d’Exeter et publiée dans la Revue Psychosocial Science, en juin 2013, la proximité d’un espace vert est une source de bonheur importante, estimée au 1/3 du bonheur apporté par un mariage ou au 1/10 ème du bonheur inhérent à une embauche" détaille-t-il.

Pour revenir à l'étude ci-présente et pour arriver à ces conclusions, les chercheurs ont réuni l'ensemble des prescriptions d'antidépresseurs réalisées à Londres en 2009 et 2010. A ces données, ils ont comparé la densité d'arbres dans les rues, sans prendre en compte les jardins publics, des individus concernés. A cela, le statut socio-économique, le chômage, l'âge ou encore la consommation de tabac ont été inclus dans l'analyse.

L'étude de la typologie de Londres a révélé une densité moyenne de 40 arbres au km², avec un taux de prescription d'antidépresseurs atteignant entre 358 et 578 pour 1 000 personnes. Les endroits avec une densité d'arbres plus importante sont aussi les lieux où l'on consomme le moins de médicaments. Mieux, pour chaque arbre supplémentaire par km², il y a 1,38 fois moins de délivrance d'antidépresseurs. Cette concordance est toujours confirmée – un peu plus faiblement avec 1,18 fois moins de prescriptions – quand les autres critères sont pris en compte. "Le fait de regarder un paysage agréable naturel diminue les effets du stress. En revanche, si l'on photographie ce paysage et si l'on regarde un poster réalisé à partir de ce paysage, il n'y a plus d'effet sur notre bien-être. Il faut donc que le paysage soit naturel. L'être humain s'apaise donc face à un beau paysage naturel" confirme Philippe Rodet.

Malgré ces résultats, cette nouvelle étude ne peut pas conclure avec certitude que la présence d'arbres fait forcément diminuer le nombre de prescriptions de médicaments. Beaucoup d'autres facteurs pourraient en être la cause. Le fait de vivre dans un environnement rempli de verdure est généralement plus agréable à vivre et peut inciter aux activités sportives ou être le reflet d'une communauté soudée. Il est également possible que des gens déjà plus sains psychologiquement recherchent un quartier vert pour vivre. 

L'an dernier, une autre étude britannique, dévoilée par la revue Environnemental Science & Technology, insistait sur les bienfaits de la verdure sur la santé mentale sur le long terme. Après avoir étudié le comportement de 1000 personnes sur cinq ans passant soir d'un environnement où la nature était présente à une zone urbaine dépourvue de verdure, ou l'inverse.

"Nous avons démontré que les personnes qui avaient le déplacement vers les zones écologiques avaient des améliorations visibles et durables en matière de santé mentale. Ces résultats sont importants. Les urbanistes devraient prendre en compte ce rapport afin de penser à de nouveaux espaces verts pour nos villes", commentait le docteur Ian Alcock, responsable de l'étude. Prendre en compte ces résultats pour construire des cabanes dans les bois ? 

D'autres chercheurs ont également démontré les avantages de l'"écothérapie", des programmes visant à promouvoir le bien-être grâce à des activités en extérieur, dans la nature, comme la marche en groupe ou le jardinage communautaire. Après avoir mené 130 projets de ce type, 69% des participants avaient noté des améliorations concernant leur santé mentale. Ce sondage montrait même que pour 90% des personnes interrogées, l'alliance de l'exercice et de la nature était déterminante de leur bien-être. Le bonheur serait-il finalement dans le pré ? 

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