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Pourquoi le service national universel passe à côté de ce qu’il aurait pu être
©FRANCOIS GUILLOT / AFP

Occasion manquée

Pourquoi le service national universel passe à côté de ce qu’il aurait pu être

Dimanche dernier, le Service National Universel a été essayé pour la première fois auprès de 2 000 jeunes volontaires. Les coûts du SNU, qui devrait concerner 800 000 jeunes, s’élèveraient à 1,5 milliard d'euros, pour environ un mois de service.

Roland Hureaux

Roland Hureaux

Roland Hureaux a été universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local, et plus récemment à la Cour des comptes.

Il est l'auteur de La grande démolition : La France cassée par les réformes ainsi que de L'actualité du Gaullisme, Les hauteurs béantes de l'Europe, Les nouveaux féodaux, Gnose et gnostiques des origines à nos jours.

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Atlantico : Critiqué à cause des coûts de mise en œuvre et de la relative courte durée du service, le SNU n'est-il pas davantage un effet d'annonce qu'un dispositif viable ?

Roland Hureaux : Absolument.  Il existe un milieu « fana-milli » qui regrette la fin du service national décrétée  par Chirac en 1997 ou pense qu’on résoudra les problèmes d’une certaine jeunesse en la mettant au pas. Bien qu’absolument étranger  à cette culture, le président Macron veut  complaire, non  sans hypocrisie,  au  milieu concerné , comme il l’avait fait dans son discours des obsèques du colonel Beltrame.  Il  s’était risqué à faire une promesse de campagne dans ce sens.  Aujourd’hui il faut qu’il donne le sentiment de la  tenir.

Il n'y a jamais eu de formule idéale du service civil. Pourquoi ce dernier est-il si difficile à mettre en place ? En quoi les impératifs actuels (non-discrimination etc.) rendent-ils son application encore plus délicate ?

Ce que le président de propose de faire, s’il va jusqu’au bout,  va coûter cher et ne servira à rien . Sur le plan militaire,  on ne  fait rien de sérieux en un mois. Déjà,  une année,  c’ était un peu court au gré des militaires. Sur le plan civil, le coût de l’encadrement est démesuré : on le voyait autrefois avec les objecteurs de conscience, on le voit encore avec des dispositifs comme les travaux d’intérêt général, cela  pour une utilité faible. Et quels services assurer qui ne le soient pas déjà par le secteur public ou   les entreprises ? Rien que des tâches résiduelles, subalternes et somme toute dégradantes  qui donneront  le sentiment, surtout aux plus diplômés,  de ne servir à  rien : ce sera  la grande glandouille !

Quant au coût total, il sera bien supérieur,  à temps égal,  à  celui de l’ancien service national  qui ne concernait   que les garçons alors que maintenant, parité oblige, on doit associer y  les filles. On avait environ 350 000 jeunes sous  les drapeaux, il en faudra  700 000  si on veut garder le principe  de l’universalité.

On avait déjà rencontré ce problème avec la JAPD qui ne servait pas à grand chose non plus,  tout en mobilisant des moyens. Mais comme elle ne durait qu’un jour, elle n’impliquait pas une prise en charge de l’hébergement de nuit, ce qui sera  le cas avec le projet annoncé.

Il y a encore le modèle du service militaire adapté, lancé outre-mer et étendu à petite dose en France au  temps de Sarkozy : formation professionnelle sous discipline dissimile, qui, lui, est cohérent.  Mais il coute aussi   très cher  et ne   concerne que les publics en difficulté d’insertion. Il ne  saurait être étendu très loin.

 

Quelles sont les formes de service civique qui ont existé ou qui existent toujours et dont pourrait s'inspirer le gouvernement pour améliorer le SNU actuel ? A quoi pourrait durablement servir le SNU ?

Je ne connais en démocratie aucun modèle de service civil satisfaisant sachant que les komsomols ou les Hitlerjugend ne sont pas ma tasse de thé.

Il ne faut d’ailleurs pas exclure au vu du genre de  publicité qui est faite autour du nouveau service national qu’il ne se traduise, au moins dans sa version civile,  par un nouvel endoctrinement  sur le thème du vivre ensemble,  de l’antiracisme, de la lutte contre l’homophobie et l’islamophobie etc. 

Ma première suggestion est qu’on s’attache aux choses à faire et non à occuper   les jeunes  un temps déterminé  

Pour le civil, une partie de la jeunesse serait mobilisable quand il y aura de vrais  besoins : par exemple pour  nettoyer les plages ou, outre-mer,  faire face aux dégâts d’un  cyclone, , mais on ne s’obligera pas à  les encaserner quand on ne sait pas bien ce qu’on leur fera faire. 

Pour le militaire, il serait peut-être possible aussi de former sur un temps court des jeunes qui assureraient des gardes  statiques comme celles de l’opération Sentinelle  que les vrais militaires répugnent à assurer, légitimement. Mais il y aurait là aussi des problèmes : si les armes sont chargées, peut-on le confier  à des « bleus » ?

Peut-être faut-il aller plus loin et   voir si un rétablissement du vrai service militaire ne serait pas un jour opportun. Il est inutile dans les opérations limitées et très professionnelles  de maintien de la paix que nous faisons aujourd’hui. Il serait inutile aussi dans un conflit généralisé. Mais qu’en serait-il en cas de troubles graves dans notre étranger proche comme le  Maghreb ou l’Afrique occidentale où des effectifs nombreux pourraient être nécessaires ? Il est dommage que la question  du service national soit traitée de manière purement démagogique  et ne soit pas articulée avec une vraie réflexion géopolitique.   

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