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Les humains vont pouvoir envoyer leurs messages à d'éventuels petits hommes verts
Les humains vont pouvoir envoyer leurs messages à d'éventuels petits hommes verts
©Reuters

lol, sa va ?

Pourquoi le selfie que l’humanité se prépare à envoyer aux extra-terrestres dresse de nous un portrait pas très reluisant

Après avoir survolé et photographié la planète Pluton cet été, la sonde New Horizons sera envoyée dans les confins de l'espace. Mais avant cet ultime voyage, les internautes du monde entier pourront voter pour le message à destination des extra-terrestres...

Nathalie Nadaud-Albertini

Nathalie Nadaud-Albertini

Nathalie Nadaud-Albertini est docteure en sociologie de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et correspondante au Centre de Recherche sur les Médiations de l’Université de Lorraine. 

 

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Francis Rocard

Francis Rocard

Francis Rocard est responsable du programme d'exploration du système solaire au CNES depuis 1989. Astrophysicien, il s'est beaucoup intéressé à l'exploration de planètes comme Mars, Saturne et Titan. Il a notamment écrit Mars, une exploration photographique chez Xavier Barral en 2013.

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Atlantico :  Quelle pourrait être la teneur du message envoyé ?

Nathalie Nadaud Albertini : Le message envoyé consisterait à décrire et représenter ce qu’est la vie sur Terre, que ce soit par des mots, des sons, ou des vidéos. Lorsque l’on se rend sur le site oneearthmessage.org et que l’on regarde les mots suggérés par les internautes, on est frappé par le caractère positif de ces derniers. On insiste sur des valeurs qui touchent à une sorte d’universel humain idéal : la paix, la liberté, la compassion, l’amour, l’amitié, l’espoir, le courage, l’humilité, l’optimisme, le rêve, l’empathie, le bonheur, la joie etc. On met aussi en évidence beaucoup de valeurs permettant un vivre ensemble satisfaisant : l’harmonie, la tolérance, l’égalité, la solidarité, l’entraide, le respect, la diversité conjuguée à l’unité. A plusieurs reprises, apparaissent des mots qui accueillent l’Autre comme "bienvenue".

C’est particulièrement intéressant, car le message est censé s’adresser à un autrui totalement inconnu, qui peut être très différent et donc faire l’objet de toutes sortes de projections, notamment des interrogations ou des craintes. Et malgré cette importante différence potentielle, on manifeste son désir de l’accueillir, de bien le recevoir, d’entrer en relation avec lui. Pour vraiment saisir combien la démarche est positive, il faut bien évidemment passer outre le fait que l’on peut avoir envie de rire lorsque de personnes qui cherchent à communiquer avec des extra-terrestres. Il faut uniquement retenir le fait que ce n’est pas un mouvement de rejet qui domine mais l’accueil et la bienveillance envers la différence.

Dans ce qui est proposé pour l’envoi, on note également une forte influence des valeurs écologiques et de ce que l’on estime être les tendances de l’époque (la science, le storytelling, internet etc.).

Seuls deux termes négatifs apparaissent ("guerre" et "solitude"), noyés dans cet océan de positivité.  

Peut-on compter sur nous-même pour envoyer une bonne représentation de ce que nous sommes, que ce soit dans une attitude positive ou négative ?

Nathalie Nadaud Albertini : Autrement dit, pouvons-nous être objectifs en parlant de nous-mêmes ? Non, bien sûr que non. On accentue toujours certains traits, positifs ou négatifs. Ici, c’est une vision idéale de nous-mêmes et de notre époque que l’on donne. A cet égard, il est très frappant de comparer la façon dont on décrit la vie sur Terre dans ce message avec la représentation qu’en donnent par exemple les JT. Dans un cas, on a une vision idyllique ou quasi-idyllique, et, dans l’autre, on a la concentration de tout ce qui ne va pas (dans un JT, on parle essentiellement de ce qui ne va pas). Aucune des deux représentations ne sont fidèles à ce que vit chacun de nous au quotidien.

Par ailleurs, l’exercice demandé aux internautes est compliqué. Il s’agit de donner ce qui pour nous représente de façon résumé et symbolique la vie sur Terre. Au final, on se dit qu’il faut parler de l’essence de la vie. Cela incite la plupart des gens à passer outre les bassesses humaines pour tendre vers un idéal plus grand.

Donc non la représentation n’est pas fidèle, mais elle est jolie et rafraichissante à un moment où l’on parle beaucoup de crise, de guerre, de difficultés du vivre ensemble.  

Les chances pour que la sonde soit récupérée par leurs destinataires sont, selon les experts, tout à fait infimes. Quelle est, au-delà de la perspective enivrante de rentrer en contact avec des extraterrestres, la nature de cette démarche ?

Nathalie Nadaud Albertini : Finalement, cette démarche exprime les normes, les valeurs et les idéaux de notre époque. Puisque les gens vont parler de ce à quoi ils tiennent vraiment, de ce qui leur semble fondamental aujourd’hui. Ainsi, ils parlent des normes et des valeurs qui leur paraissent souhaitables à notre époque. Si on avait fait la même chose au XVIIIème siècle, il y a fort à parier que l’on aurait compté beaucoup plus de termes liés à la Raison. A l’heure actuelle, c’est d’un individu positif et ouvert à l’Autre et à la nature dont on parle. C’est ce que l’on aspire à être. Et c’est sous ses traits que l’on veut se présenter et se représenter.

Francis Rocard : Elles sont infimes et partent du postulat selon lequel les extraterrestres existent, et surtout supposent qu'ils ont l'intelligence nécessaire au développement des technologies capables de capter ces ondes et de les interpréter c’est-à-dire au moins aussi intelligents que nous (ou dans le même registre d'intelligence).

Neanmoins, si la sonde ne parcourra qu'une minuscule portion de la galaxie à l'échelle humaine, elle l'aura traversé en intégralité en plusieurs centaines de milliers d’années. La dimension est donc symbolique, à très long terme, et s'il y a peu de chances pour que ces sondes ne trouvent leurs destinataires, la probabilité pour que cela se fasse trouve des chances dans l'infinité du temps, 

Qu’est-ce qui a été fait à aujourd’hui en matière de prise de contact avec d’autres formes de vie extra-terrestres ?

Francis Rocard : Il y a eu deux types de tentatives de prises contact avec les extra-terrestres à ce jour. La première  correspond à celle employée par la sonde New horizons, c'est-à-dire profiter d'une mission d'exploration dans l'espace pour envoyer un message une fois que la sonde a réalisé ce qu'elle devait faire.  Le nombre de ces sondes reste très limité puisqu’elles sont aujourd'hui 5 : Pioneer 10 et 11, Voyager 1 et 2, et New Horizons - qui s'apprète à sortir du système solaire.

Concernant le type de message : on a généralement choisi une plaque en métal gravée de messages symboliques. Par exemple, la position du soleil dans notre galaxie, le dessin d'une femme et d'un homme... Sur les sondes Voyager, il y avait en plus un disque qui contenait de la musique (90 minutes au total), pour certaines célèbres (des années 70).

Le deuxième type de tentative s'apparente à des envois d'ondes radio dont l'interprétation par les extraterrestres laisserait supposer qu'elles ne sont pas naturelles, et qu'elles viendraient donc d'une source intelligente. Ca a également tenté dans les années 70, avec le téléscope d’Arecibo, situé dans un ancien cratère de volcan.

 

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