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Pourquoi le prince Charles pourrait bien faire sauter la couronne que sa sa mère se sera donné tant de mal à préserver
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Révolution de palais

Pourquoi le prince Charles pourrait bien faire sauter la couronne que sa sa mère se sera donné tant de mal à préserver

Le successeur d'Elizabeth II laisse de plus en plus transparaître sa volonté de réformer les habitudes de la Cour d'Angleterre. Celui qui est déjà régent aux côté de sa mère a bien l'intention de faire entrer les Windsor dans la modernité.

Antoine Michelland

Antoine Michelland

Antoine Michelland est grand reporter et spécialiste de la famille royale d'Anglerre pour le magazine Point de Vue.

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Atlantico : Une biographie sur le Prince Charles a récemment suscité la polémique en Grande-Bretagne. Selon l’auteur, Catherine Mayer, le futur souverain aurait l’intention de réformer la monarchie dans sa forme, et de prendre davantage part aux décisions politiques. Concrètement, quelles seront ses marges de manœuvres, et que peut-on dire de ses positions à venir ?

Antoine Michelland : On peut bien imaginer des réformes, mais celles-ci ne pourront se faire que par petites touches. Le prince de Galles aimerait par exemple que le prochain Roi ne soit pas sacré défenseur de la foi,  -c'est à dire de la religion anglicane -, mais des religions tout court. Ce projet ne manque pas de révulser une partie de l’opinon, attachée à la religion d’Etat. Il s’était également fait remarquer pas son attirance pour le soufisme, la liturgie catholique du Moyen-Âge. Son attachement au multiculturalisme ne manque pas non plus de susciter des critiques. Mais il n’est pas de la même génération qu’Elisabeth II, et a une connaissance du terrain, de la diversité religieuse qui existe au sein du royaume.

Parmi ses desseins, on peut également imaginer un changement dans le conseil du monarque. Aujourd’hui très nombreuse, l’équipe de conseiller pourrait être réduite à un entourage royal très resserré, et une famille compacte. Non seulement cela pourra permettre une diminution du budget royal, mais aussi du risque d'écarts médiatiques.

Comment pourra-t-il s’y prendre ?

On peut être sûr qu’il fera tout dans la manière la plus traditionnelle possible. Il connaît parfaitement le droit constitutionnel et est respectueux de la neutralité monarchique. Quand il s'exprime en tant que souverain, ses propos doivent être validés par le gouvernement par exemple, peu importe la sensibilité de celui-ci.

Pour autant, nul doute que le Prince engagé dans diverses causes ne fera pas un Roi moins sensible. Mais étant au courant des institutions de la monarchie, si prises de position il y a, elles ne seront pas forcément visibles : ses prises de position politiciennes se feront directement avec les ministères, pas devant les médias.

On peut dénombrer au moins deux actions importantes à ses yeux : tout d'abord une action sociale avec des résultats tout à fait considérables dans la lutte contre la pauvreté par exemple, contre l'exclusion des populations démunies. Les sommes qu’il réussit à récolter sont d'ailleurs astronomiques, de l’ordre de 120 millions d’euros, consacrées à l'insertion professionnelle ou au financement par micro-crédits d'entreprises. Ses performances sont d'ailleurs telles que le Premier ministre Tony Blair avait envisagé de créer un ministère dédié aux relations avec les fondations et les réseaux associatifs du Prince - ses budgets étaient d’ailleurs plus importants que ceux du ministère du Travail britannique. On a pu constater depuis quelques années la manière qu’il a de s’emparer des problèmes sociaux, comme à Middlethorpe Pottery, l'une des 6 villes les plus pauvres d’Angleterre.

Soucieux de la nature et de l'environnement des gens, son deuxième combat rejoint le premier : sa conception holistique de l'aide sociale a vocation à réconcilier l'homme et l'environnement. Le Prince Charles a été un pionnier du développement durable, de l’agriculture biologique. Il a montré son opposition à certains projets architecturaux qui "étouffaient" des habitants de Londres, sans manquer de bousculer certaines habitudes. On se souviendra de son refus de dénaturer la Cathédrale St Paul dans le cadre du projet porté par Jean Nouvel. De la même manière, il est très concerné par les sommets environnementaux, les forums sur le réchauffement climatique, et ce depuis toujours. Nul doute qu’il utilisera sa position pour peser sur ces questions, comme il le fait déjà en tant que Prince. Farouchement opposé aux OGM, le Prince est déjà souvent décrié par la communauté scientifique anglaise.

Comment définir la manière de gouverner de la reine Élisabeth II ?

Elisabeth II a été formée par Winston Churchill, qu’elle écoutait sans broncher. Elle n’a commencé à prendre de l’ampleur lors des visites hebdomadaires du Premier ministre qu'à partir du 5ème. A la différence d'Elisabeth II le prince Charles peut compter sur son expérience déjà assise du pouvoir. N’oublions pas qu’il est de facto le régent du pouvoir aux côtés de la reine. Les visiteurs officiels doivent venir le saluer dans sa résidence londonienne pour répondre au protocole. Mais il y a fort à parier que ces visites hebdomadaires seront l'occasion pour lui de s'exprimer avec force. Sa personnalité est très affirmée. En quelques mots, il faudra décrypter des nuances.

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