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Pourquoi le monopole de la Sécu est un échec
©BERTRAND GUAY / AFP

Cour des comptes

Pourquoi le monopole de la Sécu est un échec

La Cour des Comptes a confirmé que le fragile échafaudage comptable de la sécurité sociale obtenu en 2018 se brise comme un château de cartes dans des proportions alarmantes.

Nathalie MP Meyer

Nathalie MP Meyer

Nathalie MP Meyer est née en 1962. Elle est diplômée de l’ESSEC et a travaillé dans le secteur de la banque et l’assurance. Depuis 2015, elle tient Le Blog de Nathalie MP avec l’objectif de faire connaître le libéralisme et d’expliquer en quoi il constituerait une réponse adaptée aux problèmes actuels de la France aussi bien sur le plan des libertés individuelles que sur celui de la prospérité économique générale.
 
https://leblogdenathaliemp.com/

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On a failli croire que notre fabuleux monopole de la sécurité sociale, celui que le monde entier nous envie, était en bonne voie de combler son célèbre « trou » financier. Après une réduction régulière du déficit annuel depuis 2010, le gouvernement, guilleret et inconscient, avait même prévu un retour à l’équilibre des comptes dès cette année. De quoi parader une fois de plus à propos de cet esprit de solidarité et de justice sociale qui serait la marque inégalée de la moralité supérieure du modèle français.

Rappelons-nous ce qu’écrivait Emmanuel Macron dans sa Lettre aux Français en janvier dernier :

« La France n’est pas un pays comme les autres. Le sens des injustices y est plus vif qu’ailleurs. L’exigence d’entraide et de solidarité plus forte. » 

« Chez nous », ajoutait-il, la santé, l’éducation, la justice, etc. sont accessibles à tous, la retraite est payée par ceux qui travaillent et les accidents de la vie comme le chômage peuvent être surmontés grâce à la solidarité de tous.

Hélas pour nous, pure illusion que tout cela.

S’agissant des retraites, la réforme envisagée témoigne moins d’une volonté de simplification et de justice que d’une tentative (un peu voyante) de faire tomber les excédents des régimes bien gérés dans les caisses percées d’un État toujours à court d’argent des autres.

Quant à la santé, on peut difficilement oublier que derrière la façade du timide retour à l’équilibre esquissé en 2018 – un déficit annuel de 1,4 milliard d’euros quand même – se tient, plus présente que jamais, la grève prolongée des urgences après celles, nombreuses, d’infirmiers ou de médecins au bord de la crise de nerfs ; se tient la difficulté de plus en plus grande d’obtenir un rendez-vous dans un délai raisonnable ; se tient l’amplification des déserts médicaux et se tient une pénurie de médicaments de moins en moins anecdotique.

Et de toute façon, la Cour des Comptes a confirmé hier dans son rapport 2019 sur la sécurité sociale que le fragile échafaudage comptable obtenu en 2018(*) se casse à nouveau la gueule dans des proportions alarmantes : le solde serait déficitaire de 5,4 milliards d’euros en 2019 et en 2020.

Le gouvernement s’engage maintenant sur un retour à l’équilibre en 2023 – horizon parfaitement pifométrique, mais il faut bien faire semblant de piloter un petit quelque chose… Encore faudra-t-il « accentuer l’effort de maîtrise des dépenses », prévient la Cour des Comptes.

Forcément : côté prélèvements obligatoires (impôts et cotisations sociales), la France n’est effectivement pas « un pays comme les autres » ; nous payons déjà plus que tout le monde par rapport au PIB ! « Chez nous », comme dirait Macron, la santé est « gratuite », mais qu’est-ce qu’elle coûte cher !

Et voilà, c’est toujours la même histoire ! On garde le mammouth étatique (de la santé, de l’éducation…) en l’état, on lui applique deux-trois mesurettes de belle apparence et l’on s’imagine qu’on va pouvoir le faire gambader avec autant de pertinence qu’un système de soins (ou d’enseignement) mobile et décentralisé, focalisé sur les besoins des patients et fondé sur la responsabilité de chacun.

Au lieu de cela, tout est fait pour déresponsabiliser l’ensemble des acteurs. Le tiers payant généralisé est en train de transformer notre système de soins en une sorte de machine taillable et corvéable à merci tandis que les médecins, débordés, doivent compenser ces largesses en limitant leurs prescriptions selon des critères décidés de façon purement administrative et que les directeurs d’hôpitaux doivent chipoter sur le moindre paquet de pansements. Le cocktail idéal pour générer frustration et démotivation.

Dans le même temps, les pouvoirs publics, agissant au nom d’un « bien » purement idéologique, n’ont rien de plus pressé que d’étendre le monopole de l’État en direction de nouveaux « services » remboursés par la sécu dont l’aspect purement médical n’est pas forcément évident (cas de la « PMA pour toutes ») ou dont la pratique s’appuie notamment sur une démarche personnelle du patient (cas de l’expérience en cours pour intégrer les psychologues au système).

La réalité de notre système de santé est exactement celle que l’on retrouve inéluctablement (et malheureusement) dans tous les systèmes socialistes. Le libre choix des médecins et des patients, la loi de l’offre et de la demande et la clarification de l’information par le système des prix libres ont été évincés du système au profit d’une planification bureaucratique qui prétend savoir mieux que les médecins où, quand et comment ils doivent soigner, et mieux que les patients s’ils sont malades et où et quand ils doivent se faire soigner.

Tout ceci contribue à fausser complètement le marché de la santé et tend à rendre les médecins parfaitement identiques et interchangeables entre eux et à dévaloriser leur travail. Dans cette situation de fonctionnarisation rampante et de disparition de l’esprit d’émulation, comment s’attendre à ce que la profession cherche à se perfectionner en permanence ?

La politique que nous subissons va à l’encontre de la liberté des médecins, à l’encontre de la liberté des patients et à l’encontre du progrès humain. Ouvrons les yeux, le monopole de la santé est un échec. 

(*) Petite remarque en passant, la Cour des Comptes signale que les « bons » résultats de 2018 sont notamment imputable à la « forte hausse des prélèvements sur les revenus du capital, en lien avec l’instauration en 2018 du prélèvement forfaitaire unique (PFU). » Autrement dit la « flat tax » de 30 % sur les revenus du capital, ce fameux « cadeau aux riches » qui irrite tant les Insoumis et leurs clones d’extrême-droite !

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