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Pourquoi le G7 n'est plus qu'une longue opération de communication
©Capture d'écran // Euronews

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Pourquoi le G7 n'est plus qu'une longue opération de communication

Le G7 se tient à Biarritz depuis ce samedi et jusqu'à lundi soir. Un G7 marqué par la quantité de sujets évoqués, sujets qui paraissent pourtant échapper au contrôle des pays présents à la table des discussions.

Mathieu  Mucherie

Mathieu Mucherie

Mathieu Mucherie est économiste de marché à Paris, et s'exprime ici à titre personnel.

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Atlantico : Le G7 se tient à Biarritz depuis samedi jusqu'à ce lundi. Alors que des grandes puissances mondiales telles que la Chine ou l'Inde ne seront pas à la table des discussions, quel est véritablement l'impact du G7 ? 

Mathieu Mucherie : Le premier problème du G7 est celui du périmètre. Il avait été construit comme un club dans les années 70 et n'a pas bougé depuis. Or, l'économie mondiale a quant elle grandement évolué tout comme les sujets de préoccupation. Ainsi, si le G7 entend aujourd'hui régenter et superviser les questions d'émissions de CO2 et des inégalités économiques mondiales, son périmètre n'apparaît plus comme étant pertinent puisque ni la Chine, ni l'Inde ne sont présentes à la table des discussions. Cela étant dit, il n'y pas de solution parfaite. Le G20 semble être une meilleure alternative, un meilleur périmètre mais avec tant de pays autour de la table on perd bien entendu la dimension de club.

Au-delà de la question du périmètre, il y a également la question de l'efficacité du G7. Si ce dernier avait une vraie prise sur le réel économique et financier dans les années 80 -notamment en raison d'accords sur les taux de change, qui décidés lors des G7, avaient transformé l'univers économique et financier mondial- cette dimension a aujourd'hui disparu. A l'heure actuelle, aucune discussion ni prise de décision ayant lieu au cours du G7 n'a d'impact sur les marchés financiers. De ce fait, il serait bien difficile de montrer les ramifications concrètes de réunions telles que le G7. Cela est dû en partie à la problématique du périmètre mais aussi à l'incapacité à déboucher, dans le cadre du multilatéralisme, sur autre chose que du théâtrale et du marketing. 

A titre d'exemple, Emmanuel Macron a mis l'accent avant même le début de la réunion sur les feux en Amazonie alors que, le Brésil n'étant pas présent, cela ne semble pas être le sujet le plus pressant à aborder ; d'autre part, le jour même la guerre économique entre la Chine et les Etats-Unis avait été relancée par Donald Trump à coup de hausse de taxes douanières et de tweets fustigeant la République Populaire. Une montée des tensions qui tout en étant palpable est passée totalement inaperçue puisque le chef d'Etat français a préféré rebondir sur la question amazonienne en raison de problèmes politiques intérieurs liés à la ratification du CETA. 

On se rend donc ici compte d'un autre problème du G7 : ce sommet est de plus en plus utilisé pour régler ses comptes avec l'opinion publique, de manière à se faire bien voir par ses concitoyens. Il y a donc un vrai problème de théâtralisation de ce genre d'instances. Prenons par exemple le FMI : il ne sert plus à grand chose comme l'ont illustré les crises économiques en Grèce et plus récemment en Argentine. Ce problème est commun à toutes les instituions multilatérales qui traversent aujourd'hui de grandes périodes crises. Périodes de crises qui étaient déjà à l'ordre du jour avant l'arrivée de Donald Trump mais ont été accentuées par l'élection de plusieurs dirigeants populistes et par le décorum qui est omniprésent au sein de ces institutions. 

On traverse donc une vraie crise de la supervision qui laisse le champs libre à des acteurs non élus, tels que les Banques centrales et la BRI. Acteurs qui prennent aujourd'hui des décisions très importantes, ce qui est triste puisque leur rôle premier n'est pas de décider mais d'orienter les technocrates. 

Ce week-end, les discussions seront centrées sur des thèmes tels que l'Amazonie, le changement climatique, ou encore les inégalités économiques. Des sujets de conversations qui semblent être hors du contrôles des pays réunis à Biarritz, n'est-ce pas là donc davantage affaire de communication que réelle réunion d'importance ?

Oui, effectivement l'agenda est trop large, or qui trop embrasse mal étreint. La situation était déjà la même dans tous les G7 depuis une trentaine d'année, mais ceci s'est renforcé dans la période récente et l'est davantage encore lorsque le G7 est dirigé par la France. En outre, il y a une tendance française à ne jamais toucher le monde réel, à parler de sujet toujours trop vastes..

Une tendance qui sans être récente a été davantage encore accentuée par l'arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir. Avec lui, on va par exemple, parler de CO2 à la manière de Greta Thunberg : sans jamais aucune solution économique concrète. Tous les sujets sont abordés, les discours sont beaux mais aucune solution tangible n'émerge. D'autant plus que sur la plupart de ces thématiques la France est quelque schizophrène : elle demande à tout un chacun de faire des efforts mais cela ne l'a pas empêché d'exploiter le chardon à son maximum, elle appelle au développement de transports durables tout en étant très en retard sur l'électrique.... 

La théâtrocratie ne fait qu'empirer depuis que Macron dirige le pays et les exemples, lors de ce G7, ne manquent pas. Celui du Brésil est particulièrement parlant. Mais on peut également citer la question de la réglementation de la vitesse des cargos qui a beaucoup été abordée. On veut la réduire, c'est peut-être une bonne idée, mais aucune étude sérieuse ne semble avoir été réalisée ce qui est typique de l'effet d'affichage omniprésent en France. 

En contre partie, la thématique de la guerre des changes ou du moins des tensions très claires entre les monnaies n'a pas été réellement traitée alors que, normalement, c'est là toute l'utilité du G7. On voudrait des décisions concrètes mais sans la présence de la Chine, c'est impossible. Dès lors, tous les pays concernés vont tenter d'abaisser la valeur de leur monnaie donnant lieu à un ralentissement de l'économie mondiale. Ralentissement qui comme toujours sera plus largement ressenti par l'Europe et le Japon, les deux grands cocus de l'économie mondiale et n'aura guère d'impact sur les Etats-Unis qui en sont pourtant à l'origine. 

Ainsi, les bons sujets, ceux qui sont réellement importants et urgents, ne sont pas abordés et ne peuvent guère l'être sans la présence chinoise. Pensons par exemple à l'Iran, une décision pourrait très bien être prise mais devenir aussi vite caduque si la Chine en décidait ainsi. Viennent ensuite le problème de l'affaiblissement du multilatéralisme -mentionné plus haut- ainsi que l'affaiblissement des pays présents à la table. Le tout rendant le G7 dépassé et quelque peu vide de sens.

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