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Pourquoi la légère embellie sur le front du chômage n’est pas près de bénéficier aux chômeurs les plus éloignés de l’emploi
©Reuters

Diable et détails

Pourquoi la légère embellie sur le front du chômage n’est pas près de bénéficier aux chômeurs les plus éloignés de l’emploi

Si le mois de janvier 2015 est porteur de bonnes nouvelles sur le front de l’emploi, l’attention doit désormais se porter sur les 43.3% de chômeurs qui forment les bataillons du chômage de longue durée. Une catégorie exclue du marché de l’emploi.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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20 100 chômeurs de catégorie A de moins pour le mois de janvier 2015, et ce, malgré un début d’année pour le moins chaotique pour le pays, la surprise est réelle. En réalité, la bonne nouvelle était attendue pour le mois de février, car les indicateurs PMI décrivaient encore une activité dégradée pour le mois de janvier, et une réelle amélioration de la situation de l’emploi pour le deuxième mois de l’année.

Il était surtout temps. Car au sein de la zone euro, le taux de chômage avait commencé sa lente,  très lente décrue, au mois de mai 2013. Il y a 18 mois. Passant alors de 12.03% à 11.36% à ce jour. Pour la France, le départ est donc lancé, et malgré un chemin qui s’annonce sinueux, la tendance positive devrait s’installer, et même s’améliorer.

Si pour le moment, seule la catégorie A bénéficie d’une baisse du nombre de chômeurs, la tendance reste positive pour l’ensemble. En effet, cette catégorie prend en compte les personnes n’ayant aucune activité, et c’est bien celle-ci qui est prise en compte pour justifier l’amélioration. Par effet de bascule, les catégories prenant en compte des personnes ayant travaillé dans le courant du mois sont en progression. Ainsi, la catégorie en totale inactivité baisse alors que les catégories prenant en compte ceux ayant un nombre minimum d’heures de travail augmentent.

Par contre, pour ceux qui sont le plus éloignés de l’emploi, le contexte ne change pas. En effet, le nombre de chômeurs de longue durée continue de progresser, de 15 400 personnes de plus que le mois dernier. Pour un total de 2.429 millions sur la France entière et pour les catégories A, B et C.

Dares : Chômeurs de longue durée. France entière. Catégories A, B et C.

Une hausse inédite, notamment dans la proportion du chômage de longue durée en comparaison de l’ensemble. En février 2015, 43.3% des chômeurs sont des chômeurs de longue durée, c’est-à-dire depuis plus d’un an.

Dares : % des chômeurs inscrits depuis plus d’un an

Car la reprise de l’activité économique ne bénéficie pas à tous de la même façon. Plus les personnes sont proches de leur dernier emploi, plus elles sont susceptibles d’en retrouver un rapidement. Mais si le chômage s’installe dans la durée, la situation se complique. Il s’agit notamment de la conclusion d’une étude menée par les économistes Rand Ghayad et William Dickens de la Réserve fédérale de Boston.

Après avoir envoyé 4800 CV reprenant des caractéristiques identiques, mais avec des durées de chômage différentes, les deux auteurs parviennent à un constat brutal. Les chômeurs de longue durée sont tout simplement exclus du processus du recrutement. Et pourtant, le chômage de longue durée aux Etats Unis commence à partir de 6 mois d’inactivité, et à partir d’une année, comme cela est le cas en Europe.

Les résultats de l’étude sont ici frappants. S’il existe un biais naturel pour une société de contacter un candidat ayant déjà une expérience dans l’industrie considérée, la durée d’inactivité prime. C’est ainsi que des personnes n’ayant aucune expérience dans le secteur demandé, mais étant au chômage depuis un temps court ont plus de chance d’être contactés qu’une personne ayant la bonne expérience mais étant au chômage depuis plus de 6 mois.

Selon cette expérience, la durée d’inactivité est donc le plus fort déterminant pour retrouver un emploi.  Et les chômeurs de plus de 6 mois ne sont presque jamais contactés. Selon l’auteur «  Ce n’est pas tant que les entreprises cherchent le bon profil » « mais que les employeurs filtrent les chômeurs de longue durée ».

Voilà pourquoi la proportion de chômeurs de longue durée n’a commencé à baisser que deux ans après la tendance générale aux Etats Unis, pour en arriver encore aujourd’hui à un niveau supérieur à celui constaté avant la crise :

Et dans ce processus, la France a pris 5 ans de retard.

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