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La dégradation continue du marché du travail depuis 2008 complique sérieusement l'insertion des jeunes, même s'ils sont diplômés du supérieur.
La dégradation continue du marché du travail depuis 2008 complique sérieusement l'insertion des jeunes, même s'ils sont diplômés du supérieur.
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Pourquoi la France s’obstine à former des jeunes qui ne trouveront pas de travail (ou du moins pas celui qu’ils souhaitent)

D'après une étude réalisée par l'Apec et publiée jeudi 1er octobre, 40% des jeunes diplômés sont toujours sans emploi un an après leur sortie d'études. Et la situation tend à s'aggraver ces dernières années.

Yannick L’Horty

Yannick L’Horty

Yannick L’Horty est Professeur à l’Université Paris-Est, directeur de la fédération de recherche « Travail, Emploi et Politiques Publiques » du CNRS.

Il est spécialiste du marché du travail et de l’évaluation des politiques publiques dans le domaine de l’insertion et de l’emploi.

Dernier ouvrage paru : Les nouvelles politiques de l’emploi, Collection Repères, la découverte.

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Atlantico : Quels sont les secteurs sans réels débouchés ?

Yannick L'Horty : Oui, la dégradation continue du marché du travail depuis 2008 complique sérieusement l'insertion des jeunes, même s'ils sont diplômés du supérieur. Le phénomène est global et touche tous les secteurs d'activité et tous les domaines professionnels, même si certains secteurs et certains métiers sont moins pénalisés que d'autres. Les filières qui résistent le mieux sont celles qui ont le plus développé l'alternance et qui ont des objectifs professionnels bien ciblés. Les filières de formation qui offrent le moins de débouchés sont aujourd'hui plus qu'hier les filières les plus généralistes qui sont dépourvues de cibles professionnelles avérées. La situation la plus difficile est celle des étudiants à l'Université qui ont échoué en licence. 

Les jeunes diplômés ayant trouvé un emploi exercent-ils dans leur domaine d'étude ?

Il est de plus en fréquent que les jeunes acceptent un emploi que l'on peut qualifier d'alimentaire à défaut d'avoir trouvé immédiatement un emploi dans leur filière de formation et en adéquation avec leur niveau d'étude. Beaucoup de jeunes acceptent aussi un déclassement, c'est-à-dire un emploi qui ne requiert pas leur niveau d'étude, tandis que d'autres acceptent un emploi de mauvaise qualité en dehors de leur filière de formation, en attendant de trouver mieux. Il est logique que ces stratégies deviennent plus fréquentes en temps de crise. La difficulté pour ces jeunes est de maintenir leur effort de recherche pour leur premier choix d'emploi afin de parvenir à se rapprocher progressivement de leur cible. Mais c'est de plus en plus difficile.  

Les diplômés de l'université sont ceux qui souffrent le plus de l'absence d'emploi alors que François Hollande vise 60 % d’une classe d’âge dans l’enseignement supérieur dans dix ans. Comment expliquer que certaines filières soient encore promues alors que les résultats ne sont pas bons ?

L'université ne joue pas à arme égale dans la concurrence exacerbée avec les écoles. Elle ne sélectionne pas les étudiants à l'entrée, y compris dans les filières très attractives à capacité limitée. C'est l'application informatique APB (admisssion post-bac) qui détermine de façon très opaque les listes d'admis. L'admission à l'Université ne tient compte ni des débouchés professionnels, ni des capacités réelles des bacheliers à suivre telle ou telle filière. Ce système dans son ensemble conduit à un problème massif d'orientation. Les universités font beaucoup d'effort pour s'adapter, avec parfois un dévouement et un engagement réel pour développer de nouvelles filières avec des débouchés professionnels concrets. Mais c'est le système dans son ensemble qui créé les difficultés et qui provoque l'échec élevé en licence et les difficultés des étudiants à s'insérer. En l'absence d'une vraie réforme, ces difficultés ont de bonne chance de perdurer. 

Dans ce contexte, quelles perspectives pour les jeunes sur le marché de l'emploi dans l'avenir ?

Certains domaines de formation ont des perspectives structurellement favorables, comme les professions de santé, le métier d'avocat, le développement informatique. D'autres vont bénéficier d'un retournement du cycle macroéconomique. Le bon revers de la médaille est que l'on sait que les jeunes seront les premiers à bénéficier de la reprise, surtout dans les secteurs qui sont les plus cycliques et pour les domaines professionnels qui sont les plus sensibles aux retournements conjoncturels. Il y aussi des filières qui peuvent offrir une position de refuge en attendant la reprise, c'est le cas des emplois publics, qui sont mal connus et des possibilités de poursuite d'études, qui méritent d'être explorés dans le contexte actuel. 

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