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Pourquoi l'UMP ne parvient plus à recruter des candidats pour les municipales ?
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Pourquoi l'UMP ne parvient plus à recruter des candidats pour les municipales ?

Alors que l'échéance approche, l'UMP peine à trouver des candidats aux municipales. Pourquoi ce manque d'intérêt des aspirants potentiels ? S'agit-il d'un problème propre à l'UMP ou d'une baisse de l'envie d'engagement en politique ?

David Valence

David Valence

David Valence enseigne l'histoire contemporaine à Sciences-Po Paris depuis 2005. 
Ses recherches portent sur l'histoire de la France depuis 1945, en particulier sous l'angle des rapports entre haute fonction publique et pouvoir politique. 
Témoin engagé de la vie politique de notre pays, il travaille régulièrement avec la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol) et a notamment créé, en 2011, le blog Trop Libre, avec l'historien Christophe de Voogd.

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Atlantico : Le 6 février, lors d’une réunion publique à Agen, Jean-François Copé avait appelé à appâter par "petites annonces" les sympathisants pour qu’ils figurent sur les listes UMP aux municipales. A un an des élections, dans certaines fédérations, on avoue peiner à trouver des volontaires capables de conduire une liste. Comment expliquez-vous cette crise des vocations que semble traverser l’UMP ?

David Valence : Vous l'avez dit, nous sommes à un an des élections. Pour ces municipales, premières élections depuis sa défaite au second tour des législatives de juin 2012, l'UMP souhaite aller plus vite qu'à l'ordinaire. En septembre 2013 aura en effet lieu un nouveau scrutin pour élire le Président du parti. Tout laisse à penser que le conflit entre "fillonistes" et "copéistes" et, plus profondément, entre les tenants de la "ligne Buisson" et ceux d'une droite plus rassembleuse resurgira à cette occasion. Pour des raisons pratiques, l'UMP cherche donc boucler l'essentiel de ses listes dans les villes grandes et moyennes avant la période estivale, et surtout avant que la fièvre des élections internes la ressaisisse.

Le problème est que le conflit entre François Fillon et Jean-François Copé a laissé des traces profondes chez les sympathisants de droite. Ils sont orphelins d'un leader, d'un chef. Prise entre deux élections internes, dont la première a été catastrophique en termes d'image, cette mise en ordre de marche de l'UMP pour les municipales est très difficile. D'autant que la question se pose de l'adaptation du discours de l'UMP aux habitants des métropoles, des villes-centres et même des villes moyennes. 

S’agit-il d’un désintérêt pour la politique en général ou la situation est-elle propre à l’UMP ?

Je ne parlerais pas de désintérêt pour la politique. C'est un lieu commun ressassé jusqu'à l'écoeurement ! Il suffit d'écouter nos amis étrangers pour comprendre au contraire que, vue de Berlin, de Madrid, de Washington ou de Brasilia, la France est très politisée, et que la politique y tient une place extraordinaire par rapport à la "société" ou aux acteurs de l'économie, par exemple.

Il y a des causes structurelles et générales à la situation que connaît l'UMP. Notons d'abord que les élections municipales, sauf dans les très grandes villes, sont traditionnellement moins politisées que les régionales ou les européennes, par exemple. Les partis ont donc toujours du mal à "organiser" ce scrutin, car leur grille de lecture parfois un peu simpliste (droite contre gauche) s'adapte mal à la réalité de listes municipales où, pour gagner, il faut rassembler souvent bien au-delà de sa famille politique.

D'autre part, les responsabilités municipales sont très chronophages, y compris dans les très petites communes de moins de 500 habitants. Sans parler d'une montée de l'individualisme, autre lieu commun assommant, plusieurs phénomènes mettent aujourd'hui à mal les modèles traditionnels du "notable", d'une part, souvent médecin, pharmacien ou avocat, et du "militant", d'autre part volontiers syndiqué et issu des petits fonctionnaires, des enseignants ou des employés. Deux modèles très différents de recrutement des élites locales, et dont étaient issus presque tous les élus municipaux de droite et de gauche dans les années 70, par exemple!

Aujourd'hui, la mobilité croissante des Français tout au long de leur vie, mais aussi au quotidien ; l' heureuse évolution des rapports de couple, qui conduit les femmes à refuser que leur mari multiplie les obligations hors du foyer, et se désintéresse de l'éducation des enfants ou de l'économie domestique ; enfin, l'évolution du rapport des citoyens à la politique, les Français s'accommodant moins de logiques de stricte autorité et aspirant au contraire à la transparence et à la démocratie participative : tout cela contribue à modifier les filières d'accès à la vie politique en France.

Or, de cette modification, les formations politiques n'ont pas toujours tenu compte. L'UMP, en particulier, ne s'est pas interrogée sur les causes de la vague rose qui a submergé tant de villes en 2008 : Amiens, Reims, Metz, Strasbourg, Dijon, Saint-Étienne, Toulouse, Caen et Rouen, pour se limiter aux villes d'une certaine importance. Mais le phénomène avait emporté également bien des villes moyennes. Depuis lors, tout se passe comme si l'UMP considérait que le fléau de la balance reviendra automatiquement de son côté. Or, il faudra bien que ce la droite analyse les raisons structurelles qui la mettent en difficulté dans les villes-centres, si elle souhaite en reconquérir certaines. La droitisation du discours de l'UMP est peut-être une des causes de cette désaffection, de même que le vieillissement de certaines des filières de recrutement de ce parti.

On dit souvent que l’UMP est un parti  dont les militants sont vieillissants. Qu’en est-il ?

Ce constat doit être fortement nuancé selon les territoires. Cette difficulté à recruter des jeunes se manifeste surtout en milieu rural, où les jeunes salariés qui restent déménagent plus qu'autrefois, s'engagent peu et votent plus volontiers pour l'extrême droite que pour la droite modérée. C'est vrai également dans les villes moyennes et grandes, où l'UMP a du mal à recruter en dehors de ses réseaux traditionnels.

En revanche, dans les banlieues dites "difficiles" et dans les anciens fiefs urbains ou périurbains du Parti communiste, par exemple, l'engagement à droite est presque une provocation, un geste de refus du monde dans lequel on vit : il attire plus les jeunes qu'ailleurs.

En revanche, le FN semble attirer de plus en plus de jeunes. La concurrence de l'extrême droite peut-elle être une menace pour l’UMP ?

C'est évidemment une sérieuse menace ! D'autant que l'abaissement du seuil de la proportionnelle à 500 ou 1 000 inscrits va avoir pour effet mécanique de politiser des élections jusque-là peu clivées, dans les communes de 1 000 à 3 500 habitants. Dans des dizaines d'entre elles, le Front national réussira à constituer des listes, sans doute à obtenir des élus et donc à améliorer son implantation.

Par nécessité mais aussi par calcul, le Front national présente beaucoup de jeunes depuis le début des années 2000. Le message implicite est clair : dans ce parti, il serait possible d'accéder rapidement à des responsabilités significatives, bref, ce serait là que "ça bouge" pour les jeunes qui souhaitent s'engager.

Le vieillissement des élites locales de l'UMP, pour beaucoup issues des vagues bleues du début des années 1990 (cantonales et régionales de 1992, législatives de 1993, municipales de 1995) doit absolument être compensé par un renouvellement des profils, des origines et des générations à l'occasion des scrutins de 2014 (municipales) et 2015 (cantonales, régionales). Faute de quoi la droite et le centre-droit aborderont, beaucoup plus tard, les législatives de 2017 avec un léger handicap, faute d'élus locaux représentatifs à présenter. 

Comment l’UMP peut-il recruter davantage notamment chez les jeunes ? 

En leur proposant plus rapidement d'exercer des responsabilités, d'abord! A 28 ou 29 ans, on est en âge d'être élu conseiller municipal, on travaille, bref l'heure des responsabilités peut déjà sonner. Il ne faut pas attendre que les "jeunes" aient 45 ans non plus pour en faire des candidats à la députation !

Quelques mesures simples permettraient peut-être à l'UMP de renouveler son personnel. D'abord, la fixation d'objectifs précis pour le renouvellement des listes municipales et la mise en avant de nouvelles personnalités. Ensuite, l'édiction d'une impossibilité, pour les élus de ce parti, d'exercer un mandat électif après 75 ans. Un député UMP des Vosges, François Vannson, vient d'ailleurs de déposer une proposition de loi organique fixant à 75 ans révolus l'âge auquel il serait possible de se présenter à une élection.

L'UMP pourrait aussi interdire à ses élus d'exercer plus de quatre mandats consécutifs dans le temps, à la même fonction. Mieux encore, elle pourrait imposer un renouvellement de ses cadres en ne rendant possible qu'un seul renouvellement des fonctions à tous les niveaux de son organisation (président de fédération, secrétaire départemental, délégué de circonscription).

Avec l'impopularité exceptionnelle de l'exécutif, la droite et le centre-droit tiennent une belle occasion de se "refaire une santé" lors des élections locales de 2014-2015. Mais sans un renouvellement ambitieux du discours, du personnel politique et des méthodes, les promesses de vague bleue ne seront pas honorées.

Propos recueillis par Alexandre Devecchio

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