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Pourquoi l’argent qui pourrait servir à la revalorisation des enseignants se trouve déjà dans le budget de l’Education Nationale
©Reuters

Cagnotte

Pourquoi l’argent qui pourrait servir à la revalorisation des enseignants se trouve déjà dans le budget de l’Education Nationale

Les enseignants sont entrés en grève ce mardi 26 janvier 2016, protestant pour beaucoup contre l'absence de revalorisation salariale. Le budget rocambolesque de l'éducation nationale ne permet pas aux professeurs l'accès à un salaire si élevé, puisqu'en moyenne, les enseignants français sont parmi les moins bien payés d'Europe... L'occasion de faire un peu de ménage dans les dépenses moins nécessaires que d'autres.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Atlantico : Pour augmenter les enseignants du primaire – ou tout simplement pour optimiser le fonctionnement de l’éducation nationale – peut-on imaginer une refonte de son fonctionnement ? Pourrait-on piocher dans certaines dépenses inutiles (ou trop élevées) pour financer certaines dépenses plus nécessaires ?

Eric Verhaeghe : Aujourd'hui, l'Education Nationale est largement plombée par des coûts de coordination et d'organisation qui tiennent à son effet taille. Dix mille écoles autonomes coûtent moins cher à coordonner que dix mille écoles toutes dépendants d'une hiérarchie unique et organisées depuis un centre commun. C'est pourtant ce dernier choix que fait l'éducation nationale en France, en privant les établissements de toute autonomie et en les rendant très dépendants des autorités rectorales qui les encadrent. Faute d'indépendance sur les programmes, sur les méthodes, sur les moyens, les établissements scolaires ont besoin d'une armée de petites mains ou d'administrants qui pensent tout à leur place. Cette difficulté explique pourquoi sur 1 million de salariés, 200.000 sont des administratifs. Pour 4 enseignants dans les classes, on compte un administratif affecté à des tâches de soutien. Ce chiffre n'intègre plus, précisons-le, les ouvriers, les cuisiniers, qui relèvent désormais des collectivités locales. 

Ce mardi 26 janvier, les enseignants du primaire sont entrés en grève pour revendiquer une revalorisation salariale. Pourtant, le budget de l’éducation nationale représente l’un des plus gros pole de dépense de l’Etat. Comment s’organise, d’un point de vue très concret et chiffré, la répartition de cette somme ?

L'Etat, on l'oublie trop souvent, ne représente même plus 60% de la dépense d'éducation en France. En tous, les Français consacrent près de 150 milliards à l'éducation, dont près de 90 milliards apportés majoritairement par l'Education Nationale (environ 65 milliards) et le reste par l'Enseignement Supérieur (23 milliards). Il faut comprendre que ces sommes (et le ministère évite de mettre ces chiffres en avant) sont essentiellement du salaire. La masse salariale de l'éducation nationale avoisine les 60 milliards d'euros. Tout est dit, bien entendu, dans ce chiffre. Les salaires des personnels de l'enseignement primaire coûtent 20 milliards, ceux du secondaire 30 milliards. Le décor est posé! Une grande partie des difficultés provient de la création de 60.000 postes sur le quinquennat qui, en réalité, ne sont pas financés. Ils grèvent toute possibilité d'augmenter les personnels présents. Les enseignants doivent choisir entre être plus nombreux mais mal payés, ou mieux payés mais moins nombreux. 

S’il fallait repenser l’organisation, de l’enseignant à l’administratif, comment pourrais-t-on s’y prendre ? Fondamentalement, quelle serait la réforme utile de l’éducation nationale ?

La seule réforme utile est connue depuis des années. C'est l'autonomie des établissements. Aujourd'hui, un chef d'établissement ne peut pas choisir son équipe et n'a pas de véritable autorité sur ses enseignants. On en mesure quotidiennement les méfaits. La politique éducative n'existe plus et l'enseignement public n'est pas managé. Les Français se sentent de plus en plus prêts à inscrire leurs enfants dans des écoles privées, parce que celles-ci sont ordonnées, dirigées, et ont une vision du service que les parents attendent. Les mesures à prendre pour réformer l'école ne reposent donc ni sur les programmes, ni sur les moyens à allouer, mais sur la gouvernance du système. Il faut que, localement, on puisse s'organiser, motiver, encadrer, sanctionner quand c'est nécessaire. Il faut que les enseignants entrent dans des logiques pluridisciplinaires et collectives avec une mesure de leur performance individuelle.

Le salaire de nos enseignants est parmi les plus bas d’Europe. Comment peut-on l’expliquer ?

Les explications sont nombreuses et irritent régulièrement les enseignants. L'une des toutes premières tient à l'amplitude de l'offre de formation en France. La scolarité commence à 3 ans, voire à 2 ans. Le cycle scolaire français dure donc 16 années. La France pratique volontiers le redoublement. Tous ces éléments expliquent que la masse des enseignants ne suffise pas à couvrir, à salaire égal avec les autres pays, les besoins éducatifs. Sur ce point, il faut aussi noter que l'école en France ne corrige pas les inégalités sociales. Plus le temps passe, moins elle les corrige. Pourtant, l'argument justifiant la scolarisation très précoce des enfants tenait à l'objectif de réduction des inégalités. Autrement dit, la faiblesse des salaires enseignants en France tient bien à un problème de stratégie éducative dans son ensemble: trop d'offre éducative et pas assez de salaire, pour une performance globale faible. 

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