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Pourquoi l’abus de Facebook nous pousse à nous sentir moche
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Tu t’es vu quand t’as lu un statut ?

Pourquoi l’abus de Facebook nous pousse à nous sentir moche

Facebook est devenue une place publique où les photographies circulent à grande vitesse au point d'influencer l'image que les utilisateurs peuvent avoir d'eux-mêmes. Cette sur-exposition du physique, de la personne, pointe le problème de l'image de soi dans la société et de la comparaison aux autres, dans cette sphère digitalisée amplificatrice de complexes physiques.

Dominique Wolton

Dominique Wolton

Dominique Wolton a fondé en 2007 l’Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC). Il a également créé et dirige la Revue internationale Hermès depuis 1988 (CNRS Éditions). Elle a pour objectif d’étudier de manière interdisciplinaire la communication, dans ses rapports avec les individus, les techniques, les cultures, les sociétés. Il dirige aussi la collection de livres de poche Les Essentiels d’Hermès et la collection d’ouvrages CNRS Communication (CNRS Éditions).

Il est aussi l'auteur de nombreux ouvrages dont Avis à la pub (Cherche Midi, 2015), La communication, les hommes et la politique (CNRS Éditions, 2015), Demain la francophonie - Pour une autre mondialisation (Flammarion, 2006).

Il vient de publier Communiquer c'est vivre (Cherche Midi, 2016). 

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Atlantico : En quoi les réseaux sociaux et particulièrement Facebook alimentent une obsession du physique ?

Dominique Wolton : Cette obsession du physique n’a pas commencé avec les réseaux sociaux. Les milieux de la mode, du cinéma, de la photographie, etc. ont largement diffusé l’image d’une femme belle, jeune et éternellement mince par exemple. Ce qui est ressorti de positif de cette diffusion est le lien que l’on peut faire avec l’émancipation féminine. Cela a permis l’affirmation d’une identité, d’un style, d’un comportement. Mais tout cela s’accompagne également d’une culture du narcissisme et du problème de l’image de soi. L’arrivée des réseaux sociaux a amplifié ce narcissisme ambiant avec et de manière sous-jacente la question de la relation à l’amour. Tout le monde cherche quelqu’un. Cette exhibition n’est-elle pas un moyen parmi d’autres pour essayer de se séduire humainement, et non techniquement ? Ne risque-t-elle pas de rendre encore plus compliquée la rencontre réelle ? Les réseaux sociaux finalement n’alimentent pas l’obsession physique mais ils la rendent plus visible, notamment grâce à la facilité des échanges.

Pourquoi les visuels/photos des amis deviennent un élément de comparaison et de complexe chez les femmes/hommes ? Qu'est-ce que cela traduit sur notre société digitalisée ?

C’est justement le narcissisme sans autre objet que de se montrer soi-même qui fait que ces photos sont un élément de comparaison et donc de complexe. Il est plus simple de se mentir sur les réseaux sociaux que d’affronter la question de l’altérité. Cela peut apparaître comme une facilité mais c’est également un piège. La société digitalisée se perd dans la quête de soi. Elle confond la vitesse de circulation des informations et l’image avec la communication. Ce n’est pas parce qu’on a 25 000 tweets qu’il s’agit de communication humaine ! C’est une illusion technique qui trahit bien une aspiration humaine.

La sur-utilisation de Facebook peut-elle engendrer à des troubles psychiques graves ? Qu'est-ce que cela nous dit en termes de relations sociales ?

A chaque nouvelle technologie, comme la radio ou la télévision, on attribue des troubles psychiques graves. Après tout, peut-être, mais je dirais plutôt que Facebook et les réseaux sociaux en général accélèrent certaines dérives. Ce qui crée vraiment les troubles psychiques, c’est la solitude. C’est notre société qui plonge les gens dans la solitude et provoque en eux le besoin de chercher quelqu’un. Et cela induit deux choses : la liberté individuelle, ce qui est positif, et la solitude. Les gens sont perdus et recherchent des communautés, du groupement.

Facebook est-il un monde fantaisiste parce que les utilisateurs choisissent les meilleures photos postées ?

Si les réseaux sociaux étaient réellement un monde fantaisiste, il y aurait des détournements d’image, des inventions, etc. Si l’on observe les choses de plus près, on se rend compte que ce monde est plutôt conventionnel. Cette nouvelle technologie fascine tout le monde, mais en réalité elle est plutôt banale et conformiste. Il ne faut pas s’affoler mais il ne faut pas joindre le narcissisme désespéré dans la recherche de la relation avec autrui et le lien définitif.

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