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Pourquoi il est si difficile de retenir les noms des gens que l’on rencontre dans les soirées
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Bonjour... euh ?

Pourquoi il est si difficile de retenir les noms des gens que l’on rencontre dans les soirées

Le déclin de la mémoire ne commence pas avec le troisième âge ... Les jeunes adultes sont déjà moins performants que les étudiants pour retenir des informations entendues lors d'une soirée par exemple, dans une ambiance de bruit et de conversations multiples.

Sandrine Bélier

Sandrine Bélier

Sandrine Bélier est docteur en psychologie cognitive. Elle est consultante pour ArnavA, cabinet de consultant spécialisé en évaluation des compétences.

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Atlantico : Selon une étude de l'université de Georgia Tech, un jeune adulte perd 10% de ses capacités de mémorisation lorsque les informations qu'on lui transmet sont émises dans une atmosphère bruyante ou distrayante (soirée animée, musique dans une voiture...) Par quel mécanisme un bruit extérieur "court-circuite" en partie nos capacités cérébrales ?

Sandrine Bélier : L'être humain est doté d'une capacité d'attention sélective qui lui permet de sélectionner parmi divers stimulis ceux qui lui semblent pertinents. Un mécanisme se passe au niveau frontal : l'inhibition des interférences. Constamment, ce mécanisme évite de nous laisser distraire par des conversations ambiantes, de la musique à la radio en conduisant etc. Cela filtre les informations qui nous entourent, pour nous concentrer sur l'information vraiment pertinente à l'activité en cours. Or cette capacité de filtrage décline avec l'âge. L'inhibition des interférences peut s'altérer et on peut donc plus facilement être distrait ou dérangé par une conversation bruyante, ou une musique. L'attention est un élément au centre de notre cognition puisque c'est cela qui nous permet d'apprendre, c'est pour ça que cette capacité se développe au cours de l'enfance. 

Alors que les adolescents et les étudiants ayant participé à l'étude n'avait aucun problème à retenir les information dans un environnement, les jeunes adultes eux faisaient partie de ceux dont les capacités cognitives déclinent. Qu'est-ce que cela nous apprend du moment où nous commençons à perdre des capacités cérébrales ?

Le déclin est très hétérogène, mais nous finissons tous par perdre nos capacités cognitives. Cela dépendra des individus, de l'éducation reçue, des stimulations par les études, des activités du quotidien, la résistance au stress, le mode de vie (sommeil, alimentation, drogue médicaments...) En mettant de côté ces différents facteurs, on commence en effet à décliner autour de la trentaine, voire 25 ans pour les plus précoces. Le déclin ne touche cependant pas toutes les capacités cognitives. Certaines personnes vont perrde en méorisation pure, d'autres en attention. 

Les implications d'un environnement bruyant peuvent se retrouver ailleurs que dans une soirée ou dans une voiture : dans un bureau animé par exemple, ou en écoutant de la musique au travail. Doit-on en déduire qu'il vaut mieux travailler au maximum dans un environnement silencieux et pas en open space ou avec un casque sur les oreilles ? En quoi cela remet en cause l'organisation du travail ? 

On est toujours meilleur quand on ne fait qu'une seule tâche à la fois. Inhiber l'information non pertinente est souvent une manière de faire deux choses à la fois. Sur les open space, certaines personnes sont plus habiles à s'isoler mentalement, mais cet environnement de travail reste problématique. Celui qui n'a pas cette capacité d'isolation aura donc des résultats moins bons dans ce type d'environnement de travail. C'est pour cela que certains mettent en place des stratégies : bouchons d'oeil (et de préférence bien voyant pour inciter à parler moins fort), ou exercice sur ses capacités d'inhibition (s'exercer à travailler en écoutant de la musique classique sans parole, puis parole en anglais et enfin parloes en français). Mais en l'absence d'entraînement, il n'y a pas d'autres moyens d'éviter cela. Par exemple, au cours d'une conversation, dans une soirée par exemple, si vous entedez votre prénom être prononcé (le prénom est le mot que l'on entend le plus dans sa vie), notre attention sera directement captée. Et avec une avancée en âge on a plus tendance à se laisser distraire, d'autant que certaines maladies neurodégénératives contribuent à affaiblier les cpacités d'inhibition.     

Le bruit étant souvent omniprésent notamment en ville, comment peut-on malgré tout maximiser nos capacités de mémorisation dans un environnement peu propice ?

On assiste à un changement du comportement cognitif via les nouvelles technologies qui sollicitent beaucoup plus nos capacités intentionnelles. La stimualtion nous oblige à trier plus rapidement le flots d'informations, mais on laisse moins de temps au cerveau pour être créatif et sans informations à traiter. Nous poussons également moins à la mémorisation car on sait que l'on peut accéder à l'info rapidement. Nous sommes devenus des "machines" filtrant et traitant plus vite une information que nous retenons de moins en moins. C'est du moins la tendance, celle de "l'externalisation" de la mémoire. 

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