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Pourquoi il est absurde de penser que Mario Draghi et la BCE pourraient sauver l’Europe à eux seuls
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Pourquoi il est absurde de penser que Mario Draghi et la BCE pourraient sauver l’Europe à eux seuls

Le pouvoir monétaire incarné par Mario Draghi est fort. Mais cette puissance redoutable se heurte à la récession de la grande majorité des pays membres de l’Euro. La gestion monétaire Européenne ne peut donc répondre seule aux défis réels auxquels doit faire face la création d’un nouveau système Européen.

Franck Margain

Franck Margain

Franck Margain est vice-Président du Parti Chrétien Démocrate et conseiller régional UMP en Ile-de-France.

Après des études en finances, il est devenu cadre dans une grande banque internationale.

 

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Le Traité de Maastricht comme celui de Lisbonne ont jeté les bases de la construction monétaire européenne : la monnaie unique, les mécanismes de solidarité, le budget européen et bien sur la Banque Centrale, outils mis à disposition des hommes politiques. Ceux-ci pensaient à juste titre qu’une construction monétaire appellerait logiquement avec le temps une intégration politique. Ils ont décidé dès le premier traité de donner une indépendance totale à la banque centrale et se sont défaits ; par la même, d’une quantité non négligeable de leurs pouvoirs. Les chefs de gouvernement n’ont plus la possibilité de mener leur politique monétaire ; qu’elle soit accommandante, restrictive….

Le temps de l’économie n’est pas celui de la politique, le déséquilibre se creuse.

Les peuples souverains ont été spoliés, ils élisent des représentants, sans responsabilité sur la politique monétaire.

Le patron de la banque centrale devient, dans ce système l’homme à la puissance redoutable, celle de maintenir un état malade en vie (Irlande), de le défaire (Grèce), de lui imposer un nouveau gouvernement (Italie), de relancer l’activité (injection de liquidités par rachat illimité de dettes souveraines) de soumettre le système bancaire à son contrôle etc…

La volonté de Monsieur Draghi de sauver l’Euro et le système Européen est claire, il a bataillé et gagné toutes les résistances les plus fortes, il mène une politique les plus accommodantes vues depuis des décennies, le pouvoir monétaire est fort, plus fort encore que ne l’auraient imaginé ceux qui l’ont transféré.

Malgré des mécanismes sophistiqués, des indicateurs pertinents, des outils affûtés, cette puissance redoutable se heurte à la récession de la grande majorité des pays membres de l’Euro, à la révolte des peuples, au désespoir des entrepreneurs et à l’abandon des familles. C’est ici la limite de la toute puissance de la BCE.

La gestion monétaire Européenne ne peut répondre seule aux défis réels auxquels doit faire face la création d’un nouveau système Européen. La pensée générale ne semble pas vouloir revenir sur l’indépendance de la BCE qui, à mon sens, est trop forte. Aucun leader politique dans un quelconque pays de la zone Euro (même les dernières élections grecques le confirment) avocat d’une diminution des pouvoirs de la BCE ne reçoit un écho significatif dans l’électorat, donc acte.

Les gouvernants doivent changer de paradigme, plus d’ajustement monétaire (dévaluation injection/ retrait de liquidité) actionné au besoin d’une politique conjoncturelle. L’Europe de l’Euro devra jouir de plus en plus de pouvoirs politiques afin de pouvoir ajuster au mieux les leviers nécessaires à la croissance et l’amélioration du niveau de vie pour faire face à l’orthodoxie budgétaire décidée par la banque centrale.

Les pays membres doivent harmoniser leur rythme d’activité, leur cycle économique, leur compétitivité, c’est la conséquence d’une rigidité monétaire. Si l’on regarde les Etats-Unis; la Californie est en situation comparable à l’Espagne, mais sa capacité à résoudre ses difficultés financières se trouve dans sa capacité à créer de la croissance, de l’attractivité, non financée par le déficit. La réserve Fédérale veille sur l’équilibre financier de l’ensemble des Etats (aujourd’hui en grand déséquilibre global très similaire à celui de l’union européenne).C’est aux différents états membres de mener les politiques économiques créatrices de meilleures conditions de vie. Le pouvoir central harmonise le budget fédéral, accompagne les Etats en difficulté conjoncturelle. C’est le fédéralisme, redouté par le vieux continent.

Les pays Européens doivent inventer des solutions nouvelles. Des délégations de pouvoirs, aujourd’hui souverains, à Bruxelles sont inévitables, face à un pouvoir monétaire central régalien.

Bruxelles n’a pas les outils pour valoriser la richesse créée par les citoyens européens, la politique de commerce international n’est pas commune, si les Pays bas décident d’un partenariat avec l’Inde alors le moins-disant fait loi, la force de négociation de l’Europe est potentiellement grande pour peu qu’on la canalise dans une voix représentative de tous.

Une politique européenne de défense comme une diplomatie s’imposent petit à petit, l’Europe sur la carte mondiale pèse à part égale avec les grandes puissances. Il en va de même sur le temps de travail, les retraites, les charges, elles s’harmonisent par obligation, il serait pragmatique de créer des outils de gestion plutôt que de subir ces changements au forceps. Que dire des infrastructures (routes, aéroports, voies ferrées, voies fluviales) très éloignées du minimum nécessaire à une activité économique fluide et efficace.

Les revendications des peuples européens sont le reflet de leur inquiétude et l’incohérence actuelle dans laquelle se trouve l’Europe. Le pouvoir monétaire de la BCE doit être balancé par un pouvoir central plus fort, capable d’affirmer la puissance cumulée des Etats qui depuis 50 ans souhaitent liés leur destin entre eux.

Sans avancement politique alors les revendications des peuples deviendront révolution. Les efforts demandés par le pouvoir monétaire central, qui certes sont la conséquence d’erreurs politiques locales évidentes (état providence, corruption, spéculation) ne seront plus acceptés.

Le destin d’un peuple se construit toujours autour d’un leader politique, muni d’une vision d’homme d’état, pas autour d’un Banquier Central si charismatique et rigoureux soit il.

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