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Michel Barnier.
Michel Barnier.
©Reuters

Éditorial

Pourquoi François Hollande n'a pas forcément intérêt à soutenir la candidature de Michel Barnier à la présidence de la Commission européenne

Le commissaire européen chargé du Marché intérieur et des Services financiers, Michel Barnier, souhaite se porter candidat du Parti populaire européen pour succéder à José Manuel Barroso à la présidence de la Commission européenne.

Pierre Guyot

Pierre Guyot

Pierre Guyot est journaliste, producteur et réalisateur de documentaires. Il est l’un des fondateurs et actionnaires d’Atlantico.

 

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Michel Barnier a annoncé la semaine dernière sa volonté de briguer la prochaine présidence de la Commission européenne, à la condition que le Parti Populaire Européen (PPE), qui regroupe les eurodéputés de droite et de centre droit, le désigne comme son candidat.

Il va donc falloir au commissaire français au marché intérieur et aux services faire la différence avec les autres postulants à l’investiture du PPE et ils sont nombreux !

Ses deux concurrents les plus sérieux sont l’ancien premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker et l’actuel premier ministre polonais Donald Tusk. Tous les deux ont pour eux d’être originaires de pays « importants » de l’Union européenne, par leur ancienneté au sein de l’UE ou par leur poids économique. Surtout, Jean-Claude Juncker peut compter sur le soutien de l’Allemagne, tout comme Donald Tusk pourrait bénéficier d’un coup de pouce d’Angela Merkel si le Parti Populaire Européen semblait être séduit par la candidature du chef du gouvernement polonais. Mais Jean-Claude Juncker traîne derrière lui comme un boulet l’échec électoral qui a précipité son départ l’année dernière et Donald Tusk, au contraire, pourrait hésiter au dernier moment à se porter candidat à la présidence de la Commission car cela signifierait abandonner son parti, à un an d’importantes échéances électorales en Pologne.

L’éventuelle candidature du jeune premier ministre finlandais Jyrki Katainen est elle-aussi fortement soutenue par l’Allemagne, mais son pays risque d’apparaitre comme de trop faible importance et de moindre influence aux yeux des députés européens. Même problème pour les anciens premiers ministres lituanien Andrius Kubilius ou letton Valdis Dombrovskis. Tous les deux ont été contraints récemment  de quitter la tête de leur gouvernement et tous les deux ont exprimé leur intérêt pour la présidence de la Commission européenne, mais il est peu probable que le PPE les choisisse.

La commissaire européenne aux droits de l’Homme Vivianne Reding est elle aussi sur les rangs, mais la bronca déclenchée l’été dernier par ses déclarations sur les Roms est pour elle un sérieux handicap. Il y a encore Enda Kenny, premier ministre irlandais qui peut faire valoir d’excellents résultats économiques dans son pays, mais dont la proximité avec David Cameron risque de ne pas plaire à des députés européens peu enclins à faire des cadeaux à ce partenaire, trop eurosceptique à leur goût, qu’est le Royaume-Uni…

Sur le papier, Michel Barnier a donc toutes ses chances pour obtenir l’investiture du PPE. Un soutien allemand à la candidature du commissaire français est tout à fait envisageable. Mais si le feu vert d’Angela Merkel est indispensable, celui de François Hollande l’est aussi et ce pourrait être là que le bât blesse.

Il n’est certes pas du tout impossible qu’un président de la République soutienne pour un poste international un candidat d’un autre bord politique que le sien  (Nicolas Sarkozy avait par exemple soutenu la candidature de Dominique Strauss-Kahn à la présidence du FMI),  mais la candidature de Michel Barnier aurait des conséquences très directes sur la politique franco-française.

D’abord parce que le PPE a de bonnes chances, lors du vote du Parlement de Strasbourg, de voir son candidat prendre la présidence de la Commission européenne.  En France, cela signifie que les listes de droite aux européennes pourraient faire valoir qu’en votant pour elles, les électeurs français  renforceraient les chances de voir un président français à la tête de l’Union. François Hollande acceptera-t-il d’offrir à la droite un tel argument électoral ?

L’autre raison qui pourrait faire hésiter François Hollande est la rareté des occasions d’envoyer un Français à la présidence de la Commission européenne (le mandat du dernier président français, Jacques Delors, date d’il y a presque vingt ans !). Une présidence de Michel Barnier annulerait presque automatiquement les chances de toutes celles et ceux qui, au Parti Socialiste, aimerait tenter leur chance dans les années qui viennent (et ils sont quelques-uns à y songer)!

Dans tous les cas, Michel Barnier est bien décidé à devenir président. Si ce n’est pas de la Commission européenne, il prévoit déjà que ce sera de la région Rhône-Alpes. Le commissaire européen, d’origine savoyarde, explique en effet en privé qu’à défaut d’être le candidat du PPE pour la présidence de la Commission, il se verrait bien se lancer dans la bataille des élections régionales en 2015 pour ravir à Jean-Jacques Queyranne une région dirigée par les socialistes depuis dix ans.

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