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Pourquoi le développement des aliments sans gluten pourrait finalement avoir plus de justifications scientifiques que ce que l’on croyait
©Pixabay

Plus qu'un effet de mode ?

Pourquoi le développement des aliments sans gluten pourrait finalement avoir plus de justifications scientifiques que ce que l’on croyait

Les aliments à base de gluten contiennent également des sucres fermentables qui rendent plus difficiles le processus digestif.

Gabriel  Perlemuter

Gabriel Perlemuter

Gabriel Perlemuter est le co-auteur du livre Les bactéries, des amies qui vous veulent du bien (éditions Solar).

Il est également Professeur des Universités en hépato-gastroentérologie (maladies du foie et du tube digestif). Il enseigne à l'université Paris-Sud et dirige une équipe de recherche à l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) sur le microbiote intestinal et le foie. Il est chef du service d'hépato-gastroentérologie et nutrition à l'hôpital universitaire Antoine-Béclère à Clamart. Gabriel Perlemuter est membre de plusieurs sociétés savantes (Association française pour l'étude du foie, Société nationale française de gastroentérologie, Association européenne pour l'étude du foie). Il est auteur de nombreuses publications scientifiques et didactiques, et donne régulièrement des conférences nationales et internationales sur l'implication de nos bactéries digestives, notre microbiote, dans notre santé.

 

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Atlantico : Cela fait des années que le "sans gluten" est à la mode. Des études nous montraient à cette époque que personne n'était intolérant à cette protéine. Pourtant, une nouvelle étude réalisée par la Mayo Clinic aux Etats-Unis, reprise par le Washington Post (voir ici) révèle que beaucoup de personnes sont vraiment intolérantes au gluten. Quel constat pouvons-nous véritablement établir en France ?

Gabriel Pelemuter : Ce n’est pas vrai de dire que personne n’est intolérant au gluten. Tout d’abord, il convient de rappeler qu’il existe deux types d’intolérance au gluten : l’intolérance coeliaque et l’intolérance non-coeliaque. La première est une véritable réaction immunitaire, où l’on retrouve donc des anticorps spécifiques et où le patient est obligé d’arrêter complètement le gluten pour aller mieux et se remettre de sa maladie. On estime, globalement, que la prévalence de cette maladie est d’environ 1% de la population des pays occidentaux. Pour ce qui est l’intolérance non-coeliaque au gluten, la détection est beaucoup plus compliquée puisqu’il n’existe aucune méthode, prise de sang, etc. permettant de poser ce diagnostic, hormis ce que peut raconter le patient. Il n’y a pas d’études en France qui mesure ce type de prévalence. Des études ont été faites aux Etats-Unis comme vous le mentionnez, mais également aux Pays-Bas, où l’une d’entre elles a révélé que 5% de la population témoigne d’une intolérance non-coeliaque au gluten. 

Comment expliquer que certaines personnes se disent sensibles au gluten alors qu'elles ne souffrent pas d'intolérance coeliaque ?

Ceci est extrêmement compliqué, ce qui explique que beaucoup de personnes, notamment des médecins, n’y croient pas. Néanmoins, des patients affirment en consultation qu’ils se sentent mieux lorsqu’ils ne consomment pas de gluten. Ce qu’on ne sait pas, c’est si ces personnes se déclareraient elles-mêmes intolérantes au gluten si on leur préconisait un régime particulier à base de gluten, mais sans leur indiquer cette présence. Il peut y avoir un effet psychologique à se sentir mieux si on ne mange pas de gluten. Toutefois, certaines études chez l’animal suggèrent que le gluten permet d'augmenter de façon anormale la perméabilité intestinale à certains toxiques. Il faut néanmoins faire attention à certaines études commanditées par des acteurs de l’industrie agro-alimentaire qui ont tout intérêt à montrer les effets néfastes du gluten sur la santé en vue de vendre leurs produits.

Il faut savoir aussi que l’Homme, pendant des dizaines de milliers d’années, a mangés des fibres. Dans le cadre de l’alimentation occidentale, notre régime alimentaire a été modifié, avec désormais beaucoup plus de céréales, de pâtes, de riz, de pommes, de terre, etc. Ces modifications, en défaveur des fibres, ont pu favoriser de telles intolérances digestives.

Les aliments qui contiennent du gluten révèlent également une présence de sucres qu’on appelle les sucres fermentables. Ainsi, un régime sans gluten permet de réduire par la même occasion la consommation de ces sucres. Quand on fermente moins dans le tube digestif, on produit moins de gaz, ce qui améliore le processus digestif. 

Existe-t-il des traitements pour que l'organisme puisse assimiler cette molécule plus facilement ?

Non, il n’existe pas de tels traitements. Il est important de souligner que le sans gluten ne veut pas nécessairement dire bon pour la santé : vous pouvez avoir des aliments sans gluten extrêmement caloriques. 

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