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Pourquoi à force lutter contre les voitures à Paris, on en oublie les gens qui sont dedans
©BERTRAND GUAY / AFP

Bonnes Feuilles

Pourquoi à force lutter contre les voitures à Paris, on en oublie les gens qui sont dedans

Comme le constate chaque année l’organisme officiel de surveillance de la qualité de l’air, Airparif, tous les polluants de l’air de Paris sont en très nette diminution. Mais l'angoisse des Parisiens à propos de leur air ne fait qu'augmenter. Quelle est la clé de ce paradoxe ? C'est ce que s'est demandé Christian Gérondeau dans son dernier essai, L'air est pur à Paris..., publié chez L'Artilleur. Extrait 2/2.

Christian Gérondeau

Christian Gérondeau

Christian Gérondeau est polytechnicien et expert indépendant. Il travaille depuis plus de dix ans sur les questions environnementales.

Il est l'auteur du livre "Ecologie la fin" aux Editions du Toucan et "L'air est pur à Paris: mais personne ne le sait!" aux éditions de L'Artilleur.

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Lorsqu’on voit l’acharnement avec lequel les responsables actuels de la ville de Paris veulent bannir la voiture de ses artères, il faut se rendre à l’évidence: ils sont victimes de l’effet safari. Pas plus que les fauves qui voient passer sans réagir dans les savanes africaines les véhicules qui transportent les touristes, ils n’ont compris qu’il y avait en leur sein des êtres humains.

Ils n’ont pas compris que dans les voitures qui sillonnent la voirie de la capitale, se trouvaient des habitants de Paris, de banlieue ou d’ailleurs qui allaient travailler, faire des achats, rendre visite à des médecins, transporter des personnes âgées ou des enfants, sans oublier les artisans et les ouvriers qui se rendent sur leurs chantiers.

Ils ne savent pas qu’en France près de 90% des déplacements motorisés qui prennent place chaque jour sont effectués en voiture par des citoyens de tous milieux et de tous niveaux de revenu, et que l’automobile est ainsi devenue le vrai mode de transport social de notre temps. Ils font partie de la grande cohorte de ceux qui attribuent des valeurs morales aux différents modes de transport, les uns étant supposés vertueux, et les autres, c’est-à-dire essentiellement l’automobile et le camion, accusés de tous les maux. À cette aune, les dizaines de milliers de Franciliens qui vont chaque jour travailler dans le quartier de La Défense, essentiellement des cadres, seraient de bons citoyens parce que la quasi-totalité d’entre eux s’y rendent en transport en commun. En revanche ceux, presqu’aussi nombreux, qui ont un emploi sur l’aéroport de Roissy, essentiellement des personnels de service aux revenus modestes qui s’y rendent presque tous en voiture compte tenu des dimensions du lieu, seraient au contraire éminemment blâmables!

Pourtant, les utilisateurs franciliens de la voiture, qui résident et travaillent pour la plupart en grande couronne acquittent chaque année 5 milliards d’euros de taxes spécifiques, alors que ce sont les riches habitants de Paris et de sa banlieue proche qui bénéficient de l’essentiel des 5 milliards de subventions que reçoivent les transports publics...

La vérité, c’est que chaque mode de transport a ses domaines de compétence. Les transports en commun sont indispensables dans le centre des grandes villes et pour leurs liaisons avec la banlieue. Partout ailleurs, ce sont les véhicules individuels qui seuls peuvent répondre à l’essentiel des besoins. C’est là affaire de géographie et de densité de l’habitat et des emplois, et c’est pourquoi neuf dixièmes des habitants de notre pays ont recours quotidiennement à l’automobile, les transports en commun n’étant véritablement utilisés régulièrement que par un dixième d’entre eux.

Fort heureusement, les véhicules routiers sont de plus en plus propres, les émissions de la plupart des produits ayant été divisées par vingt ou trente au cours des années récentes quand ils n’ont pas entièrement disparu comme c’est le cas pour le plomb ou le soufre. Quant à l’influence que pourrait avoir une modification des conditions de circulation à Paris sur les émissions mondiales de CO2 à une époque où les pays en développement acquièrent chaque année des dizaines de millions de camions et de voitures nouvelles, elle relève clairement de l’illusion.

Extrait de L'air est pur à Paris... de Christian Gérondeau, L'Artilleur, 2018.

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