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étudiants université détresse difficultés Covid-19 coronavirus
©DAMIEN MEYER / AFP

Tribune

Pour répondre à la précarité étudiante, appliquons « l’esprit commando »

Pour venir à bout des obstacles, le politique doit retrouver son esprit d’origine, cet « esprit commando » qui impulse et accompagne des projets audacieux en réunissant autour de lui des partenaires aux compétences complémentaires et aux sensibilités différentes.

Florence Berthout

Florence Berthout

Florence Berthout est maire divers droite du 5e arrondissement de Paris.

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Depuis le début de la crise sanitaire en mars dernier, la précarité étudiante occupe l’espace politique et médiatique.

Pourtant, les difficultés rencontrées par nos étudiants ne sont pas une révélation et on ne compte plus les alertes des associations représentatives à ce sujet. Depuis leur première édition en 1994, les différents rapports de l’Observatoire de la Vie étudiante montrent la lente mais certaine érosion de leurs conditions de vie, tant sur le plan économique que de la santé.

En 2006 par exemple, plus du quart des étudiants jugeaient leurs ressources insatisfaisantes et 13% avaient une activité rémunérée très concurrentes à leurs études.

Depuis, rien ou presque n’a été fait. La situation s’est aggravée, proportionnellement à l’augmentation du coût de la vie et des loyers. Alors que le loyer moyen était en 2006 de 520€ à Paris, il est aujourd’hui de 880€. Idem pour le reste de la France : 390€ en 2006, 530€ à présent !

La Covid-19 n’a fait qu’empirer et éclater au grand jour un mal latent depuis plusieurs années. Les activités rémunérées – qui représentaient un tiers du budget étudiant – ont quasiment disparu et les aides familiales sont moins régulières du fait de la conjoncture économique.

A cela s’ajoute un isolement subi, une absence totale d’interactions avec les pairs et les professeurs qui favorise le décrochage et donc toujours plus d’incertitudes quant à l’avenir des étudiants. Incertitudes qui pèsent lourd sur la santé mentale des étudiants quand on sait qu’un sur dix d’entre eux déclare avoir des pensées suicidaires.

Ce constat est un terrible aveu d’échec. Pourtant le système d’enseignement supérieur français est parmi les plus généreux d’Europe et de nombreuses aides existent, mais elles sont inopérantes ou peu sollicitées. Les lourdeurs administratives pour en bénéficier, le regard souvent critique, parfois accusateur qu’elles suscitent suffisent à dégoûter celui qui en aurait le plus besoin.

Les étudiants ne demandent pas à être considérés en victimes mais qu’on leur donne la possibilité d’étudier et d’envisager l’avenir, leur avenir, sereinement. Ce n’est pas insurmontable.

Pour venir à bout des obstacles, le politique doit retrouver son esprit d’origine, cet « esprit commando » qui impulse et accompagne des projets audacieux en réunissant autour de lui des partenaires aux compétences complémentaires et aux sensibilités différentes.

C’est cet esprit qui a permis de monter en quelques mois dans la mairie une structure qui s’efforce de répondre aux besoins des étudiants les plus précaires. Cet exemple n’est heureusement pas le seul, et à tous les niveaux les acteurs se mobilisent et multiplient les initiatives : distribution de colis alimentaires pour les étudiants, cellule d’écoute et de soutien psychologique, repas à 1€ dans les restaurants universitaires, « chèque psy »…

Pour avancer, chacun doit prendre sa part avec beaucoup d’humilité. En tant que maire je voudrais faire plus, mais comme disait l’Abbé Pierre, « on ne peut pas, sous prétexte qu’il est impossible de tout faire en un jour, ne rien faire du tout ! »

On ne trouve de réponses à la crise qu’en s’affranchissant de la technostructure et en donnant à chacun la place qu’il doit avoir. 

Florence Berthout

Maire du Ve arrondissement de Paris

Florence Berthout a lancé il y a une semaine une épicerie solidaire à destination des étudiants habitant ou étudiant dans le Ve arrondissement.

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