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Pour la France en 2017, qui est Monsieur X ?
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Tribune

Pour la France en 2017, qui est Monsieur X ?

En 1963, dans L’Express, Jean Ferniot dressait le portrait de "monsieur X", le seul candidat de gauche capable de battre le Général de Gaulle, d’après lui. Quelques mois plus tard, le mystère fut percé : il s’agissait de Gaston Defferre. A l'heure où chacun encense le Général dans son discours, tout en s'empressant de le trahir dans ses actes, le "monsieur X" de 2017 sera celui qui se saisira de son héritage et saura l’apporter aux Français. Il faut espérer qu’il y a, quelque part en France, cet homme qui sera candidat à la présidence de la République.

Vijay  Monany

Vijay Monany

Vijay Monany est conseiller départemental (LR) de la Seine-Saint-Denis

 
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Sarah  Knafo

Sarah Knafo

Sarah Knafo est étudiante à Sciences Po. 

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Pendant que tous ses amis politiques se pressent dans des conventions, des colloques et des groupes de travail, monsieur X prend de la hauteur ; il fréquente le moins possible les manifestations politiques, il se méfie des effets d’annonce et des faux programmes jetés à la vue de téléspectateurs désabusés. Il pense, il crée, il ne fait pas de coup-sur-coup médiatique mais se prépare à assumer des responsabilités.

Monsieur X est prêt, bien qu’il livre peu ses pensées. Il reste vague dans ses déclarations, il a peur que l’on se méprenne sur ses ambitions. S’il va à la bataille, ce ne sera pas parce qu’un matin il se serait dit "pourquoi pas moi ?", mais parce qu’il aurait, humblement, le sentiment d’un devoir, parce que les circonstances auront fait de lui, et même contre son gré, le meilleur candidat possible.

Face à lui, se presse et se bouscule une multitude de candidats tantôt insignifiants, tantôt dangereux. Ils guerroient déjà dans ce piège diabolique des primaires, ils inventent des slogans plus que des solutions, ils se créent des lignes de fracture artificielles pour mieux justifier leur candidature égocentrique. Qui, parmi eux, pour comprendre à la fois les problèmes identitaires et les problèmes sociaux que nous traversons ? Qui pour défendre l’héritage historique de la France, sans s’enfermer dans une mythologie abstraite ? Qui pour défendre une certaine idée de la civilisation, de l’autorité, de la décence commune ? 

Alain Juppé ne propose un Etat fort que pour les titres de ses livres. Il croit au multiculturalisme heureux, alors que tant craignent la guerre civile, à l’heure où des Français tuent des Français sur le sol français en hurlant "Allah Wakbar". Emmanuel Macron est son jumeau juvénile. NKM sa pâle copie féminine. François Fillon joue au géopoliticien de cette élection, mais derrière son tropisme russe qui plait à certains, il y a également son programme économique libéral, pour ce que le libéralisme a de pire : son obsession de la dette et des déficits, de l’austérité et du sacrifice. Nicolas Sarkozy ne propose pas, n’innove pas et ne rassemble pas. Marine Le Pen préempte la contestation mais ne fait qu’apporter des réponses rhétoriques au système qu’elle exècre, toute persuadée qu’elle est de ne pas remporter l’élection en 2017. Est-il besoin d’enfoncer François Hollande plus bas qu’il ne s’enfonce lui-même ? On pourrait, à la limite, dire de lui ce que disait Françoise Giroud à propos de Jacques Chaban-Delmas en 1974 : "on ne tire pas sur une ambulance". 

Finalement, de l'ensemble des candidats qui se présente aujourd’hui, François Fillon a un programme, Jean-François Copé, une méthode, Nicolas Sarkozy, une revanche à prendre, Bruno Le Maire, un coup à jouer. NKM a un album photo à compléter, Alain Juppé, une case à cocher, tel ou tel autre, un ministère à décrocher… Seul monsieur X n'attend rien de cette élection. Il n'y court pas comme pour arracher un graal ; il y est porté, peut être malgré lui, par l’espoir des Français.

Il est à déplorer qu’il n’y ait aujourd’hui que deux types de programmes politiques : d’abord l’adaptation au monde comme il va, par la flexibilisation de l’économie, ensuite l’extension des droits des individus avec, le plus souvent, une protection européenne et universelle, s’appliquant tant aux citoyens qu’aux étrangers. Ces deux programmes - qui coexistent parfois - détruisent l’échelle de la nation comme socle de la politique. A rebours, monsieur X est capable de penser une action collective qui soit française, qui ne fasse de la France ni la variable d’ajustement de la mondialisation, ni le relai de la protection universelle des droits de l’Homme. 

La situation politique est donc absolument ouverte, car une armada d’orphelins politiques cherche, non pas un parti mais une incarnation. Il leur faut un homme pour représenter à la fois les gaullistes, les bonapartistes, l’électorat traditionnaliste, chevènementiste, les "vieux RPR", les jeunes Manif’ pour tous, la France périphérique de Guilluy, la France ouvrière, la France oubliée, celle de la "fracture sociale".

Aussi cet électorat se retrouve-t-il devant une situation éminemment paradoxale : alors que la France doit se redresser en recouvrant sa souveraineté, la droite propose des candidats unanimement soumis aux autorités européennes. Alors que la France a plus que jamais besoin de solutions nouvelles, droite comme gauche ne présentent, pour l’instant, que des candidats qui ont été ministre, Premier ministre ou président de la République. Alors que le peuple de droite s’est massivement mobilisé contre la loi Taubira, la droite se "terranovise" et ne compte pour l’instant dans ses rangs que des candidats qui y voient "le sens de l’Histoire". Entre le renoncement poli de Bruno Le Maire, qui avouait dès le mois de novembre 2014 qu’il ne reviendrait pas sur le mariage pour tous et le reniement décomplexé de Nicolas Sarkozy sur cette question, Monsieur X tranche par la fermeté de ses convictions et la solidité de ses valeurs. Monsieur X se trouvait d’ailleurs en tête de cortège lors des grandes mobilisations de la Manif pour tous. Il n’a pas eu peur, lui, de se mêler à cette foule de familles françaises, au risque de déclencher la raillerie des élites parisiennes. Il en a pris son parti, il n’a pas eu peur des apparences. La fermeté de ses convictions le protège contre l’esprit du temps. Lui sait que vivre avec son temps n’oblige pas à se prosterner devant toutes les bêtises de l’époque.

Car aller chercher Monsieur X parmi ceux qui ont défilé contre le mariage pour tous n’est pas seulement une garantie en matière sociétale ou familiale. C’est le gage que, désormais, le pouvoir ne cèdera plus aux sirènes de la  fausse modernité, elle est l’assurance que la France n’abdiquera plus ses valeurs devant celles de la gauche libérale-libertaire. Car Monsieur X sait qu’il n’y a pas de sens de l’histoire en matière sociétale. Monsieur X a lu Kolakowski ; il sait que ce que certains appellent le progrès entraîne nécessairement une perte, qui n’est jamais compensée par un gain.

Monsieur X ne définit néanmoins pas sa ligne politique sur l’unique opposition entre conservatisme et progrès. Il a compris que réduire le débat à cela, c’était le tuer : si tout n’est pas à jeter, tout n’est pas bon à garder. Il se méfie autant de l'idéologie socialiste que de l'idéologie libérale. Il prend en compte à la fois le clivage identitaire et le clivage inégalitaire, qui devraient être les deux axes du débat politique d’aujourd’hui. Il sait que la France souffre de voir son mode de vie et sa culture menacés. Il sait aussi, et mieux que personne en politique pour l’avoir vécu, que les Français souffrent de la violence sociale. Il ne fait pas d’économisme. Il ne résume pas tout à l’identité. En cela, il n’est pas un adepte du bouc-émissaire : il ne cache pas la crise sociale sous le tapis de l’immigration. Il ne cache pas non plus "l’insécurité culturelle" derrière un paravent de mesurettes sociales ou sociétales. 

Il veut éviter que la France ne se défasse. Il sait que c’est parce que la France est si diverse qu’elle a tellement été obsédée par son unité et par l’égalité. Il ne méprise pas les identités régionales : il place l’unité de la France au-dessus de tous les particularismes - régionaux, mais aussi religieux, sexuels et politiques. 

Il n’a d’ailleurs jamais masqué les problèmes du pays en accusant un adversaire politique de tous les maux. C’est même à cela que l’on reconnait l’homme chargé de l’intérêt national, qui ne tombe pas dans le "manichéisme électoral" des politiciens, selon le mot de Malraux. Il a eu le sens du compromis mais il refuse les compromissions ; il a pu être en désaccord avec sa famille politique : il ne l’a jamais masqué.

C’est que, en la matière, Monsieur X a fait preuve de constance. S’il est en âge raisonnable de gouverner la France, - Monsieur X a près de soixante ans - il a donc eu à se prononcer à l’occasion du referendum sur le traité de Maastricht en 1992. Sans doute se trouvait-il à l’époque dans les rangs de Charles Pasqua et de Philippe Séguin, dans les rangs de cette droite qui avait compris il y a 25 ans déjà qu’on ne pouvait pas avoir une monnaie commune pour des économies qui ne se ressemblaient pas, ni pour des nations qui voulaient rester souveraines. Monsieur X a compris que la souveraineté ne se partageait pas, qu’on ne pouvait pas transférer la souveraineté monétaire sans abdiquer dans le même temps la souveraineté politique. Il refuse la dépolitisation de l’Union européenne, par la mise en place de règles automatiques, par un carcan institutionnel contraignant, par une technocratie a-démocratique, a-sociale, a-politique. 

Au fond, Monsieur X est un gaulliste, c’est-à-dire qu’il partage avec le Général de Gaulle une certaine idée de la France, que lui inspirent le sentiment autant que la raison. Monsieur X a lu, il connaît l’histoire de France. Comme De Gaulle, il a de la France une conception presque charnelle. Pour Monsieur X, la France ne se réduit pas à un Produit Intérieur Brut. Pour Monsieur X, la France ne se réduit pas non plus aux Français du moment. Monsieur X sait que si la France est grande, elle est aussi fragile : Monsieur X croit fermement que la France n’est éternelle que si elle le veut.

C’est dans cette conviction que réside la force de Monsieur X. Il n’a pas besoin, pour être le candidat qu’il faut, de posséder ces qualités qui plaisent aux journalistes pendant une campagne électorale – la pensée-slogan, le jeunisme, les promesses de campagne – mais qui déçoivent les Français aussitôt l’élection acquise.

Nous ne rechercherons pas chez Monsieur X la capacité à entraîner les foules avec des promesses, nous ne rechercherons pas non plus chez lui une quelconque expérience du pouvoir, car nous savons bien qu’elle ne garantit rien. Nous ne serons pas davantage sensibles à ses compétences en matière de communication, nous ne regarderons pas s’il "passe bien à la télé" : nous savons que les Français rejettent aujourd’hui ceux qui leur envoient de la poudre aux yeux.

Nous ne chercherons chez Monsieur X aucune autre légitimité que son amour pour la France, aucune autre compétence que celle qui consiste à affirmer ses convictions, aucune autre expertise que celle qui consiste à comprendre les aspirations les plus profondes de notre pays, celles de la France d’aujourd’hui et celles de la France de toujours.

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