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Le taux de criminalité global de Los Angeles a considérablement baissé depuis les années 2000.
Le taux de criminalité global de Los Angeles a considérablement baissé depuis les années 2000.
©Reuters

Petits conseils pour Marseille

Portrait de 5 villes qui sont parvenues à vaincre une violence endémique : l'exemple de Los Angeles

Los Angeles, ville historique de lumière mais aussi de criminalité, a vu son taux de criminalité baisser depuis les années 1990 et plus encore depuis les années 2000. Une victoire sur les gangs qui trouve ses origines dans une révision profonde des méthodes policières mais aussi de la participation citoyenne. Deuxième épisode de notre série.

Alain Bauer

Alain Bauer

Alain Bauer est professeur de criminologie au Conservatoire National des Arts et Métiers, New York et Shanghai. Dernier livre paru : Vivre au temps du coronavirus (Cerf)

Il est également l'auteur de Les polices en France (Puf, 2010), Les politiques publiques de sécurité (Puf, 2011), Dernières nouvelles du crime (Cnrs, 2013) et Le terrorisme pour les Nuls" coécrit avec Christophe Soullez (First, 2014).

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Atlantico : Depuis le début des années 2000, le taux de criminalité global de Los Angeles a considérablement baissé (voir ici) : pour 100 000 habitants, le nombre de meurtres est passé de 17,1 en 2002 à 7,7 en 2011, celui des viols, de 39,3 (2000) à 21,6, et celui des agressions de 879 (2001) à 230,5. Quel a été l’élément déterminant de cette baisse ininterrompue sur toute une décennie ?

Atlantico : Probablement une refonte globale de l'action locale du LAPD (Police) et du LASD (Shérif) autour d'hommes comme William Breton et Leroy Baca. Ils ont à la fois saturé la terrain, notamment sur les zones de confrontation, les frontières des gangs, et instauré des dispositifs "communautaires" en s'appuyant sur les différentes populations (mexicains, coréens, chinois, etc….). Le principe utilisé, comme à New York, est venu de l'article "Broken Windows" de Kelling et Wilson publié dans The Atlantic en 1982. Cette théorie voulait que l'absence de traitement du plus petit fait (un carreau cassé) entrainait une dynamique de dégradation et nécessitait alors des moyens bien plus importants pour résoudre un problème qui aurait pu être traité facilement et vite au début.

>>>  Lire les autres épisodes de la série : l'exemple de New York, l'exemple de Los Angeles, l'exemple de Rio je Janeiro <<<

De quelle nature était cette criminalité ? Tous les crimes et délits étaient-ils le fait d'une même population ?

La criminalité locale était marquée par la prévalence de gangs puissants (notamment les Bloods et les Crips), en conflits territoriaux permanents et utilisant les initiations pour commettre des crimes permettant l'inclusion par le sang. Si aucune communauté n'était immunisée, la poussée des gangs Maras ou de la MM (Mexican Mafia), ont surajouté à la criminalité ambiante.

Comment ce climat de violence s'était-il instauré ? Quels en étaient les facteurs ?

Par la concurrence à la fois sur le trafic des stupéfiants et l'immigration clandestine, les trafics au travers de la frontière mexicaine mais aussi en provenance du Pacifique, par un sentiment d'impunité avant que la lourde machine judiciaire américaine ne réagisse. C'est en Californie, sur le thème de l'ordre et de la sécurité, que Ronald Reagan, improbable candidat républicain, a commencé sa marche vers la maison blanche en 1966 en gagnant le siège de gouverneur contre le démocrate sortant favori des médias. Il révélait ainsi que la Californie libérale, "cannabisée" et ensoleillée d'Hollywood cachait un Etat ravagé par la violence et l'insécurité, en demande de retour à l'ordre. Les évènements de 1968 et de la guerre du Vietnam contribueront aussi en partie à un climat de tension fort.

Quels moyens ont été déployés pour endiguer le taux de criminalité à tous les niveaux ? La solution était-elle uniquement policière ?

D'abord, il fallut longtemps dépasser le stade habituel de "plus de". Il fallut réinventer les concepts policiers autour d'une action coordonnée avec les communautés locales, le secteur privé, les écoles. Il y eut une remise à plat des dispositifs existant. Une analyse de leur efficacité, un travail avec la recherche universitaire pour recaler toute la politique de sécurité locale (le chef du LAPD est nommé par le maire, le shérif est élu directement par la population).

La situation est-elle durablement apaisée, ou des pics de violence pourraient-ils réapparaître ? Pourquoi ?

Il reste des risques, notamment de conflits de territoires avec les bandes, mais la tendance est durablement à la baisse depuis le milieu des années 1990.

Quelles leçons en tirer ? Certains enseignements pourraient-ils permettre de lutter contre la situation que connaissent certaines grandes villes françaises comme Marseille ?

Paradoxalement, au delà de la réflexion sur les concepts définissant les politiques locales autour d'un objectif précis, il est très rare de pouvoir faire du copier coller dans les mesures, notamment en raison de la décentralisation réelle qui existe aux Etats Unis, pour la police comme pour la justice. Mais certaines techniques inventées pour interrompre les règlements de comptes peuvent sans aucun doute être envisagées.

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