Politiques, hommes d’affaires, médias : tout le monde veut aller en Chine. Mais personne ne sait pour quoi faire<!-- --> | Atlantico.fr
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Xi Jinping à Pékin, le 23 octobre 2022
Xi Jinping à Pékin, le 23 octobre 2022
©Photo AFP

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Il faut croire qu’après trois années de Covid, la Chine nous manquait puisque tout le monde veut y aller, mais personne n’est capable de nous expliquer pour quelle vraie raison. Il va pourtant falloir clarifier les objectifs et les conditions.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

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Plusieurs avions pleins à craquer vont donc partir en Chine pour une visite présidentielle de 5 jours. L’avion de la République avec le président Emmanuel Macron qui a invité la présidente de la Commission européenne, Ursula Van Der Leyen, et quelques parlementaires, sans parler d’une poignée de grands chefs d’entreprise et des représentants très nombreux de la presse. Il y aura, le jour même ou le lendemain, un avion ou deux affrétés par les organisations professionnelles pour emmener une pléiade de chefs d’entreprises moyennes. 

Alors on ne peut pas empêcher les Français et les Européens d’avoir envie de visiter la Chine après que ce pays soit resté près de trois ans à l’arrêt, tétanisé par le virus du Covid et incapable de réagir, sauf à s’en cacher. 

On ne peut pas s’offusquer de cette envie de faire un peu de tourisme. On ne peut même pas en vouloir à des industries d’essayer de renouer des relations commerciales et industrielles avec le plus grand marché potentiel du monde, dont le commerce représentait avant le Covid 15 % du commerce international. 

Ce qui est étonnant dans ce voyage officiel en Chine, c’est que chacun y va avec son projet , son ambition, ses préjugés peut-être, mais qu’il y a assez peu de cohérence et donc beaucoup de contradictions qui mériteraient d’être levées.  

Du côté politique par exemple, Emmanuel Macron fait ce voyage pour s’entretenir avec les dirigeants chinois, dont le premier d’entre eux, Xi Jinping, afin de dire haut et fort que la France soutient l’Ukraine dans sa résistance à l’agression Russe et de vérifier que la Chine n’a pas l’intention d’aider militairement la Russie en lui fournissant des armes. C’est donc clair et net. 

Mais parallèlement, dans l’entourage du président, on va multiplier les réunions pro-business afin de faciliter les contacts et de signer des contrats, ce dont le président français ne manquera pas de se féliciter à la fin du voyage. Ça n’est évidemment pas la première fois que les moyens de la diplomatie viennent épauler les hommes d’ affaires et c’est normal et logique.Tous les pays le font. 

On ne peut pas ignorer le pays qui représente le plus grand marché du monde, le pays où on a installé les usines qui approvisionnent en produits manufacturés la plupart des pays occidentaux. 

Mais on ne peut, non plus, passer sous silence les particularités de fonctionnement de la Chine, son idéologie, ses pratiques, sa gouvernance et ses rapports avec l’occident.

La Chine est un immense pays émergent de plus d’un milliard d’habitants, avec une histoire ( très ancienne) une culture, des traditions, une organisation et une gouvernance très autoritaire pour ne pas dire dictatoriale, surtout depuis la présidence de Xi Jinping.  On sait maintenant que ce pays est l’empire du mensonge. Depuis son adhésion à l’OMC, la Chine n’a pas respecté les principes de la réciprocité et a très peu ouvert son marché intérieur, on sait qu’il ne respecte ni les droits d’auteur, ni les brevets. On sait aussi, depuis le Covid, que le pays n’a pas été transparent  sur l’origine, les effets. On sait que ses réponses au virus n’ont pas été efficaces. On sait que tous les chiffres publiés sur la situation économique de la Chine sont inexacts et manipulés à des fins idéologiques ou politiques. On sait enfin que la Chine considère l’Occident, et notamment l’Amérique, comme des ennemis numéro 1 et qu’au niveau du discours au moins, Pékin est à peu près sur la même ligne que la Russie et la Corée du Nord. 

Ce diagnostic est partagé par la plupart des pays occidentaux et les gouvernements qui ont, notamment depuis le Covid, pris de la distance dans les relations économiques et commerciales possibles.  L’Amérique a d’ailleurs lancé une croisade contre la Chine pour rapatrier une partie des fabrications délocalisées. La présidente de la Commission européenne a accompagné très ouvertement cette croisade, en essayant d’embarquer l’Europe dans cette stratégie. Ce qui n’empêche pas les Allemands de protéger leur commerce avec la Chine. La Chine est le premier client de l’Allemagne et réciproquement. 

Ce qui n’empêche pas Mme Ursula Van der Leyen d’accompagner le président français dans cette opération séduction à Pékin. 

Et ce qui, a priori, agace profondément Thierry Breton, qui lui, rappelle que « le marché intérieur européen est vital pour Pékin ».  Ce qui veut dire que les rapports de force nous sont favorables et qu’il faut prendre garde à ne pas brader notre souveraineté. Thierry Breton, commissaire européen au marché intérieur et à l’industrie, prévient quand même que nous pourrions être moins naïfs et demande à ce que « nous fassions respecter les règles et notamment les règles commerciales ». 

En fait, les chefs d’entreprise qui font le voyage cette semaine partent surtout pour faire du tourisme. Si en plus, on leur ouvre quelques portes et qu’ils puissent faire du business pourquoi pas ? Mais ils ne sont pas dupes. 

N’empêche que ce type d’ exercice auquel se livre Emmanuel Macron n’est sans doute pas inutile. Mais il nécessiterait une clarification au niveau des objectifs, parce qu’on a évidemment besoin de cohérence. Il faudrait notamment répondre à trois séries de questions que se posent d’ailleurs les chefs d’entreprise. 

La première est de savoir si les logiques politiques et les logiques économiques peuvent être contradictoires. Peut-on durablement faire des affaires avec des partenaires qui ne respectent pas les règles les plus élémentaires de l’économie de marché ? La réponse est sans doute non puisqu’en cas de conflit militaire, on impose des sanctions aux entreprises. C’est ce qui se passe aujourd’hui avec la Russie et l’Iran. 

La deuxième question est de savoir si on ne pourrait pas exiger de nos partenaires commerciaux qu’ils fassent pour nous ce qu’ils demandent qu’on fasse pour eux . La mondialisation ne peut se développer que si les contraintes réciproques sont équilibrées. 

La troisième question est de s’interroger sur le fait que le moment est sans doute venu de repenser l’ensemble de la gouvernance mondiale , parce qu’on approche évidement des points de rupture. Emmanuel Macron et toute la délégation française sera très certainement bien traitée par les autorités chinoises. Pendant ce temps-là, le conseil de sécurité de l’ONU qui a pour vocation d’empêcher les conflits dans le monde est présidé par la Russie qui a quasiment déclaré la guerre à l’occident, avec le soutien discret de la Chine.  

Conclusion : on bien les relations internationales sont de plus en plus une vaste mascarade, ou alors elles ont transformé le monde en un volcan. 

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