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Gabriel Cohn-Bendit : 
"La stratégie des Verts 
vis à vis du PS est aberrante"
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Ecolos démagos

Gabriel Cohn-Bendit : "La stratégie des Verts vis à vis du PS est aberrante"

Europe Écologie Les Verts met en avant une manœuvre politique destinée à faire plier François Hollande sur la question du nucléaire. Une attitude que ne partage pas Gabriel Cohn-Bendit.

Gabriel Cohn-Bendit

Gabriel Cohn-Bendit

Militant de l'éducation alternative.

Fondateur du Lycée expérimental de Saint-Nazaire.

Fondateur du Groupement des Retraités et Educateurs sans Frontières (GREF) et du Réseau Education Pour Tous en Afrique (REPTA).

Ancien militant du Parti Communiste Français et du Parti Social Unifié.

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Atlantico : Que pensez-vous de la stratégie d'EELV envers le PS et des propos tenus par Cécile Duflot, qui conditionne toute alliance avec le PS à la mise en place d'un calendrier de sortie du nucléaire, précisant que "tous les écologistes sont prêts à renoncer à avoir des députés" ?

Gabriel Cohn-Bendit : Je la trouve aberrante. Cette histoire de bras de fer, de menace à faire trembler le parti socialiste parce qu'il n’y aura pas de ministre écologiste, c’est ridicule. François Hollande s’est laissé un peu enfermé, à la limite de se faire traiter de pro-nucléaire puisqu’il veut être réaliste concernant les besoins en énergie électrique.

Je trouve absurde de dire que si nous ne sortons pas en cinq ou dix ans du nucléaire, c'est que l'on est un pro-nucléaire. L’un des arguments de Dany (Cohn-Bendit) est que si nous n’annonçons pas une sortie, cela ne se fera pas. Il est vraisemblable que cela ait été le cas jusqu’à maintenant, mais je ne vois pas pourquoi François Hollande ne dirait pas qu’il n’a aucune sympathie pro-nucléaire, qu’il est pour une sortie mais qu’il est nécessaire d'être réaliste quant au temps nécessaire pour mener à terme un pareil processus. Il ne faut pas promettre des choses qui ne seraient pas sincères.

Il subsiste très peu de pro-nucléaires disant que Fukushima "ce n’est rien, ça ne se reproduira plus jamais". Je crois que beaucoup de pro-nucléaires ont changé d’avis depuis cette catastrophe. Il est essentiel d'en sortir, et ensuite d'en discuter : en combien de temps et comment peut-on réduire la consommation d’énergie ? En combien de temps des énergies alternatives peuvent-elles être mises en place de manière efficace et se suppléer au nucléaire ? Ce sont mes interrogations aujourd’hui.

Est-ce réellement un scénario plausible ou au contraire une stratégie contre-productive, voire suicidaire ?

Ce bras de fer, « où vous annoncez que vous sortez en 15 ans, ou nous claquons la porte », me parait aberrant et inefficace. C’est aussi lié au problème des présidentielles. Ces dernières sont, surtout depuis le 21 avril 2002, l’élection la moins favorable aux écolos, étant donné qu'ils ne figurent pas parmi les favoris. Le danger serait que les écolos prennent tellement de points que le PS ne soit plus en deuxième position. Ils ont voté écolo aux européennes et aux régionales, ils voteront Hollande au premier tour, donc le bras de fer avec un score de 3 ou 4 %, c’est un peu aberrant.

Hollande a fait campagne sur un certain nombre de valeurs. Il est évident qu’il ne va pas reprendre celles de Martine Aubry ou d'EELV. Les Verts n'ont pas le monopole de l'écologie. Nous sommes en train de former un groupe de gens prêt à soutenir François Hollande et à négocier avec lui mais pas dans le cadre d'un bras de fer, plutôt pour avancer et clarifier un certain nombre de questions.

Aurélie Filippetti parle de « flingue sur la tempe ».

C’est un jouet que possèdent les Verts, ce n’est pas un vrai pistolet. Il n’y a pas besoin que les Verts disent oui pour qu’il y ait des ministres écolos. Il existe suffisamment d’écolos en dehors des Verts. Nous sommes nombreux à être dehors. Donc, il pourra toujours y avoir des ministres écolos.

On est en train de discuter, de se réunir pour voir comment nous pouvons faire avancer les choses sans menaces, sans mouvements de menton.

Quel futur pour cette négociation ?

Le problème important pour Hollande est de définir une vraie stratégie de sortie, et il est délicat de lui demander à quelle date exactement. Il a déjà dit qu’il voulait une réduction de 50% en 10-15 ans. Là encore, il n’est pas nécessaire de donner de date, mais il est essentiel de dire que c’est une stratégie de réduction importante de l’énergie, de remplacement par le renouvelable, et là nous pouvons voir à quelle vitesse nous pourrons aller.

Je suis un pragmatique, et je n’aime pas les menaces.

 

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