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Emmanuel Macron salue le président du conseil européen Charles Michel d'un "check" du coude.
Emmanuel Macron salue le président du conseil européen Charles Michel d'un "check" du coude.
©Ludovic MARIN / AFP

Bonnes (et sereines) manières

Petits conseils de politesse dans un monde post-Covid déboussolé

Alors que la progression de la vaccination permet la reprise des interactions sociales, nombres de situations peuvent se révéler pièges tant ont été ébranlés nos réflexes du monde d’avant la pandémie.

Geneviève d'Angenstein

Geneviève d'Angenstein

Geneviève d'Angenstein est la fondatrice de Businessetiquette.Paris et notamment de l'école de la Courtoisie et du Protocole, destinée à la maîtrise des codes sociaux et professionnels. Elle a suivi cursus en littérature, philosophie et surtout anthropologie et a parcouru de nombreux pays avec son mari diplomate.

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Avant la pandémie, se serrer la main ou se faire la bise étaient des signes de politesse fréquemment utilisés. Aujourd’hui, quel rapport avons-nous au contact physique et aux politesses pré-COVID ?

​Geneviève d'Angenstein : Il me semble que nous devons toujours rester positifs et cesser de regarder toujours le passé avec nostalgie. Cette pandémie nous a peut-être permis de réfléchir à notre comportement, qui avec le fil du temps, nous poussait à embrasser quasiment des personnes que nous connaissions à peine ou à nous précipiter sur elles pour établir un contact physique irrésistible. Et pourtant, l’anthropologie nous apprend que dans la plupart des sociétés, ce contact, très loin d’être systématique, privilégie surtout un respect distancié qui n’exclut en rien des sentiments amicaux ou en tout cas de bienveillance. D’ailleurs beaucoup d’Européens après avoir séjourné quelques années dans d’autres cultures, certes plus traditionnelles, cultures ont du mal à revenir à ce contact physique obligatoire. Et si l’on veut vraiment approfondir cet aspect scientifique, on peut même évoquer nos très anciens aïeux qui se humaient mutuellement pour vous accorder ou non leur confiance !

Pensez-vous que les interactions sociales seront durablement impactées par ces changements de courtoisie ? Aurons-nous d’autres effets indirects de ces évolutions sociales sur notre quotidien ?

Si nous réfléchissons à ce que sont les vraies relations humaines que nous venons d’évoquer, capables d’exister sans ce contact si physique, ne soyons pas frustrés si nous devons renoncer à ce mode de salut pour quelques mois et qui sait quelques années… Nos amitiés en serontelles modifiées ? Je ne le pense pas : les vraies survivront. Cependant, nous vivons ces derniers jours, des moments de doute, de flottement, partagés entre la joie quasi-infantile de redistribuer les câlins à tous, et le spectre d’une troisième vague sans doute inéluctable. Il y aura certainement des effets indirects sur notre quotidien dans la mesure où cette suspicion de l’Autre va s’accentuer et rendre tangible cette terrible phrase philosophique « L’enfer, c’est les Autres » mais notre politesse devra nous pousser à « apprivoiser l’Autre » dans la métaphore de Saint-Exupéry. C’est-à-dire : le respecter, le rassurer, en fonction de son âge, de ses craintes. Statut vaccinal, port du masque, distanciation…

Quels sont les outils et les indices à notre disposition pour rester polis dans ce contexte de flou des relations sociales ? Il y a-t-il des règles que nous devons réapprendre pour sociabiliser ?

Beaucoup d’adultes ou de jeunes adultes se comportent encore un peu naïvement, pour employer un euphémisme, en pensant que les interdits gouvernementaux étant levés, le danger n’existe plus. Les cafés, les terasses et restaurants bondés le montrent. La courtoisie, toutefois, consiste, me semble-il, à respecter les distances, éviter encore les serrements de main, quitte à les remplacer par un baiser en l’air, un namaste chaleureux, un coude à coude viril, le regard et la voix exprimeront la sincérité de message. Imposer une bise ou un serrement de main accompagnés de « Je suis vacciné(e) ! » peut gêner la personne que vous saluez. Si pour des raisons idéologiques, vous refusez la vaccination, et certainement en tirez, une certaine gloire, annoncez très vite la couleur. Vos amis alors inventeront peut-être une
pirouette pour vous annoncer l’annulation du dîner prévu. Si vous allez chez des amis, arborez un masque jusqu’à ce qu’ils vous proposent de l’enlever, d’un commun accord. L’enjeu est de taille, car à l’heure actuelle, les enfants ne sont plus épargnés par cette maladie. Au bureau, respectez ces mêmes règles, les distances et les avis des uns et des autres. Alors, pourquoi ne pas remplacer ces effusions par une plus grande attention à l’Autre, profiter de cette sélection sociale imposée par les évènements pour passer plus de temps à échanger, à mieux connaître vos connaissances ? Je pense en tout cas, que plus que jamais, la politesse qui privilégie le respect du territoire de l’Autre ainsi que l’Art de la Conversation est plus que jamais d’actualité.

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