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Pauvre jeunesse : comment le fossé entre le taux d'activité des seniors et celui des 18-24 ans s'est creusé drastiquement depuis 10 ans
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Différences

Pauvre jeunesse : comment le fossé entre le taux d'activité des seniors et celui des 18-24 ans s'est creusé drastiquement depuis 10 ans

Le taux d'activité des 55-64 ans était supérieur de 16,8 points à celui de 15-24 ans en 2016, alors que cet écart n'était que de 1,9 point en 2007.

Gilles Saint-Paul

Gilles Saint-Paul

Gilles Saint-Paul est économiste et professeur à l'université Toulouse I.

Il est l'auteur du rapport du Conseil d'analyse économique (CAE) intitulé Immigration, qualifications et marché du travail sur l'impact économique de l'immigration en 2009.

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Atlantico : Selon les chiffres de l'INSEE publiée dans le courant de la semaine du 3 juillet, il apparaît que le taux d'activité des 55-64 ans était supérieur de 16,8 points à celui de 15-24 ans dans le courant de l'année 2016, alors que cet écart n'était que de 1,9 point en 2007. Comment expliquer une telle progression de cet écart ? Quelle part attribuer à une tendance purement démographique et quelle part attribuer à la crise ? 

Gilles Saint-Paul : Cette évolution n’est sans doute pas due à la crise. On considère généralement que les taux d’activité sont procycliques, c’est-à-dire qu’ils baissent en période de récession sous l’influence de l’effet dit du « travailleur découragé » : à cause d’un marché du travail déprimé, certains renoncent à chercher un emploi et sont comptés comme inactifs. On a d’ailleurs observé une chute du taux d’activité aux Etat-Unis depuis la crise. On observe l’inverse en Europe. Pour certains économistes, cela signifierait que la participation serait contracyclique en Europe, parce que l’effet du « travailleur additionnel » dominerait l’effet du « travailleur découragé ». Selon l’effet du « travailleur additionnel », certains inactifs chercheraient du travail en récession parce que leur conjoint a perdu son travail. Si cet effet est plus fort que l’effet du travailleur « découragé », alors on pourrait observer une hausse du taux d’activité pendant une crise. Mais cela ne permet pas de comprendre pourquoi cela frapperait avant tout les travailleurs âgés (le taux d’activité des 25-49 ans est à peu près stable depuis 2008, or c’est dans cette tranche d’âge que l’effet du travailleur additionnel devrait être le plus fort), ni le fait que cette hausse frappe les hommes tout autant que les femmes, ni le contraste entre l’Europe et les Etats-Unis.

En réalité, la hausse du taux d’activité des 55-64 ans est structurelle ; elle constitue une réponse naturelle du marché à l’augmentation de la durée de vie ainsi qu’à certaines évolutions institutionnelles, telles que la hausse de la durée de cotisations nécessaire pour partir en retraite ainsi que celle de l’âge légal instituée par les réformes Fillon. A cela on peut ajouter la fin de dispositifs de préretraite tels que la dispense de recherche d’emploi actée par le  même Fillon, l’assouplissement du cumul emploi/retraite, et, du côté de la demande, la suppression de la contribution Delalande, en 2008.

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Faut il s'attendre à une poursuite de cette tendance ? Faut-il lutter contre l'érosion de la participation au travail des 15-24 ans ou s'agit il simplement d'un effet "normal" d'une démocratisation toujours plus larges de cycles d'études plus longs ? 

Cette tendance est appelée à se poursuivre. Bien qu’ayant augmenté, le taux d’activité des seniors reste particulièrement faible compte tenu des évolutions démographiques et du défi du financement des retraites. En comparaison internationale, le taux d’activité des 55-64 ans est de dix points plus élevé pour la moyenne des pays de l’OCDE que pour la France. Il est de vingt points plus élevé en Allemagne qu’en France. 

En ce qui concerne le taux d’activité des 15-24 ans, il est extrêmement faible, même si on le compare aux Etats-Unis, pays où les études universitaires sont plus monnaie courante qu’en France. Ainsi, en 2016, le taux d’activité des 15-24 ans était de 37.2 % en France contre 55.2% aux USA. Les jeunes pâtissent particulièrement des rigidités du marché du travail : salaire minimum, protection de l’emploi, et sont pour cette raison bien souvent confinés à des CDD, avec un risque non négligeable de retomber dans le chômage ou dans l’inactivité. 

Quels sont les défis à venir, pour le pays, de ces tendances de participation au travail ? Comment expliquer cette bonne tenue des chiffres français, notamment vis à vis des Etats Unis ?

Les défis à venir sont :

(i) la convergence du taux d’emploi des seniors avec ceux des catégories d’âge inférieures, dans la perspective d’un allongement inéluctable de la durée de la vie active, afin de faire face à la hausse de l’espérance de vie (dont la manifestation comptable est la question du financement des retraites).

(ii) L’amélioration du marché du travail pour les jeunes, ce qui passe par une flexibilisation de ce marché, qui a toujours été reportée face à l’opposition violente à laquelle ont fait face des dispositifs ciblés tels que le CPE de Villepin ou le CIP de Balladur. Les jeunes seraient les premiers bénéficiaires de l’assouplissement du droit du travail (décentralisation des négociations au niveau de l’entreprise, contrat de projet, plafonnement des indemnités prudhommales) ainsi que des nouvelles formes de travail (Uber, auto-entrepreneurs, etc). 

Il n’y a pas de bonne tenue des chiffres français. A mon sens, la baisse de la participation aux USA est structurelle, même si elle a été déclenchée par la crise. On a affaire à un retrait des hommes du marché du travail et à la convergence entre leur taux d’activité et celui des femmes. Même ainsi, les taux d’emplois et d’activité restent bien supérieurs aux Etats-Unis qu’en France, surtout pour les jeunes et les travailleurs âgés. 

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