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Paul Ryan, la droite dure américaine qui s’assume
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A droite toute

Paul Ryan, la droite dure américaine qui s’assume

Paul Ryan a été choisi comme colistier de Mitt Romney sur le ticket républicain pour l'élection présidentielle américaine 2012. Également président de la commission du Budget à la Chambre des représentants, son objectif principal est la réduction des dépenses.

Anne Deysine

Anne Deysine

Anne Deysine est juriste (Paris II) et américaniste. Spécialiste des questions politiques et juridiques aux Etats-Unis, elle est professeur à l'université Paris-Ouest Nanterre. Enseignant aussi à l'étranger, elle intervient régulièrement sur les ondes d'Europe 1, RFI, France 24, LCI... Auteur de plusieurs ouvrages, dont "La Cour suprême des Etats-Unis" aux éditions Dalloz, ses travaux sont consultables sur son site Internet : deysine.com.

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Atlantico : Mitt Romney a choisi Paul Ryan comme vice-président sur le ticket républicain pour l'élection de 2012. Que révèle ce choix ?

Anne Deysine : Paul Ryan a une image d'homme séduisant, aimable, sportif et qui a eu beaucoup de chance. Il a commencé comme stagiaire au Congrès et renvoie donc à l'idée du self-made man politique, celui qui s'est fait tout seul. Mais il lui est souvent reproché – au même titre que les énarques en France – de n'avoir jamais mis les pieds en dehors du Congrès, des think-tanks ou des lobbies. On va lui reprocher de ne pas connaitre grand chose à la réalité quotidienne de millions d'Américains.

Les républicains joueront surtout sur son image d'homme issu d'une famille modeste qui est parvenu à percer dans les milieux politiques en travaillant beaucoup. Mais s'il a toujours su s'entourer des bonnes personnes et faire de bons choix politiques, il n'a jamais rien fait de très marquant : seulement deux lois au Congrès en sept mandats.

En 2006, les républicains voulaient quelqu'un de jeune à la Commission du Budget. Puis, en 2010, avec la victoire des républicains lors des élections de mi-mandat, Paul Ryan est passé de membre de l'opposition au statut de première personne de cette commission.

Que représente Paul Ryan sur le plan idéologique ?

Proche du Tea Party et des frères Koch, de gros bailleurs de fonds, ses idées se sont fortement répandues entre 2006 et 2010. Il est aujourd'hui au Congrès avec un nombre important de personnes qui partagent ses idées et le soutiennent.

Son idée principale : rétablir l'équilibre budgétaire à tout prix. Il s'agit vraiment d'un idéologue car il propose de couper les dépenses dans de nombreux domaines, tout en refusant systématiquement une augmentation des impôts quels qu’ils soient. Lors de leur première rencontre il y a quatre ans, Mitt Romney et Paul Ryan s'étaient très bien entendus. Alors que le rendez-vous ne devait durer que quelques minutes, il a duré plus d'une heure.

Beaucoup d'éléments le rendent sympathique auprès des électeurs de sa circonscription (bien qu'il ait « hérité » de celle-ci lorsque le membre du Congrès pour lequel il travaillait est parti à la retraite). Le principal message de campagne du duo sera axé sur la remise en marche de l'Amériquevia le marché et les coupes budgétaires. A l'inverse, les démocrates vont le présenter comme quelqu'un de déconnecté des réalités, s'attaquant à la classe moyenne, et présenter sa philosophie économique et politique comme doctrinaire : la coupe des dépenses, y compris dans les programmes Medicaid, Medicare et de retraite.

Cet ancrage à droite peut-il profiter à Romney ?

Tout dépendra du camp qui parviendra à gagner la bataille de l'image. Chaque camp va dépenser des millions de dollars en publicités négatives. Soit les démocrates parviendront à présenter le ticket républicain comme incapable de comprendre l’Amérique moderne, soit les républicains gagneront en se présentant comme les repreneurs d'une Amérique en difficulté depuis l'arrivée de Barack Obama qu’ils stigmatiseront comme un « socialiste européen ».

Même si Obama n'obtient que 40% des voix des électeurs blancs, il peut gagner s'il recueille en contrepartie 80% des électeurs issues des minorités. C'est un facteur très important que le Parti républicain ne semble pas avoir pris en compte : le cœur de l'électorat du parti de l'éléphant, les Américains blancs d'âge moyen, diminue démographiquement.

Un autre facteur a également été sous-estimé par Mitt Romney : Paul Ryan a été porté par le Tea Party, un mouvement comprenant essentiellement des personnes âgées de 50-55 ans. Autrement dit, ces derniers bénéficieront bientôt du Medicare et du programme de retraite. Ils devront donc concilier leurs choix idéologiques avec leurs intérêts personnels. Il est difficile de présager le résultat.

Le Parti républicain assume-t-il davantage son statut de droite américaine que l'UMP de droite française ?

Pour un nombre importants de raisons historiques et économiques, la droite américaine est beaucoup plus à droite que la droite européenne. L’environnement institutionnel aux Etats-Unis est lui aussi plus favorable à la droite que se soit avec la défense absolue de la liberté et la liberté d’entreprendre. De même, beaucoup de débats, très structurant pour le Parti républicain, n’existent pas en France.

Barack Obama est assez proche de Nicolas Sarkozy. Il a une vision paradoxalement européenne il considère que l’intervention de l’Etat permet d’aider les plus pauvres dans un pays qui devient de plus en plus inégalitaire.

Propos recueillis par Olivier Harmant

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