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Pasteurdon 2015 : les chercheurs sur la brèche contre les risques épidémiques à l’étranger... mais aussi en France
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Rage de vaincre

Pasteurdon 2015 : les chercheurs sur la brèche contre les risques épidémiques à l’étranger... mais aussi en France

Du 8 au 11 octobre, le Pasteurdon offre l'occasion de venir en aide à la recherche contre les risques épidémiques. Initiée en 2006, cette opération annuelle contribue à financer et à soutenir les activités de recherches de l'institut Pasteur, qui a vu le jour en 1888 et continue à lutter contre les maladies infectieuses ainsi que les risques de pandémies.

Jean-Marc Manuguerra

Jean-Marc Manuguerra

Jean-Marc Manuguerra est chef de laboratoire à l’institut Pasteur. Il dirige l'unité environnement et risques infectieux. Il est aussi responsable de la cellule d'intervention biologique d'urgence et des virus émergents.

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Atlantico : Vous êtes intervenu sur la crise d'Ebola. Où en est-on aujourd'hui ? Y a-t-il un risque de reprise de l'épidémie ? D'autres types d'épidémies aussi graves ou plus graves nous menacent-ils ?

Jean-Marc Manuguerra : Aujourd'hui on est dans une phase terminale de cette épidémie bien qu'elle ne soit pas officiellement totalement terminée. Le Libéria et la Sierra Leone n'ont pas eu de cas depuis un certain temps ce qui est rassurant. En revanche il reste encore quelques rares cas en Guinée. Il faut absolument atteindre le zéro cas pendant la période d'incubation de 42 jours. On n'a toujours pas atteint ce niveau-là. On peut craindre un redémarrage à partir de l'épidémie actuelle mais on essaie d'éviter cela. Le virus refera son apparition indépendamment de la situation actuelle. C'est déjà arrivé environ 25 fois avant mais avec un nombre moyen de patients atteints de 169 avec un maximum à 425 en Ouganda en 2000. Avec près de 8 000 morts la situation actuelle est réellement extraordinaire. Pour l'instant c'est une phase très importante puisqu'il faut arriver à avoir zéro cas pendant 42 jours dans les trois pays touchés.
Il y a les épidémies classiques saisonnières qui vont arriver telles que la grippe mais ça c'est un peu la "routine". Mais pour les virus que l'on ne connait pas très bien il y a ce que l'on appelle un foyer de tension au Moyen Orient avec des cas de coronavirus du syndrome respiratoire que l'on appelle MERS. Pour l'instant c'est un risque potentiel mais reste très localisé.

Où en est la recherche ? En quoi/ comment tout en luttant contre l'épidémie en soignant les gens, les chercheurs ne perdent pas de vue la recherche ? Comment cela est-il pris en compte ?

Il y a d'abord la recherche qui a déjà été faite avec les études sur les chaines de transmission dans les épidémies. C'est tout ce qui est étude épidémiologique et modélisation. Ce qui est extrêmement important c'est de garder des capacités de diagnostic. On est à la fois dans la recherche et dans lutte contre la maladie. On continue à faire de nombreux tests notamment sur des personnes décédées pour être sûr que leur mort n'a pas été provoquée par le virus. Nous avons beaucoup travaillé sur l'évolution du code génétique au cours du temps pour en apprendre sur les liens entre les virus, les modes de transmission et s'il y avait des différences en fonction de la géographie du virus. Ce sont des études publiées qui permettent de comprendre comment le virus évolue et savoir s'il va s'adapter ou pas. Parallèlement, on continue à travailler sur des tests plus rapides et plus compatibles avec les conditions de travail du virologiste sur le terrain qui s'occupe de détecter le virus dans des conditions très difficiles. Mes activités de recherche consistent essentiellement à élaborer des appareillages pratiques et peu chers pour détecter rapidement Ebola. On essaie également de mieux comprendre comment le virus résiste à son environnement, à l'eau par exemple. D'autres chercheurs travaillent sur le vaccin et sur la façon dont le virus échappe aux défenses que nous avons. Notre travail de chercheur consiste donc à identifier comment le virus évolue, se transmet, se détecte et enfin de trouver un vaccin pour se protéger.

Vous êtes responsable de la Cellule d’Intervention Biologique d’Urgence (CIBU) qui ne se contente pas d'intervenir à l'étranger. Quels peuvent être les risques liés à une intervention à l'étranger sachant que les conditions de travail peuvent être particulièrement difficiles ? Qu'est-ce que ça implique en termes de logistique ? Elle a des missions en France : lesquelles ? En matière de terrorisme ou d'attaque bactériologique ? Comment la France s'y prépare-t-elle ?

Notre cellule a été créée en 2002 sous l'impulsion de la direction générale du ministère de la santé et de la direction générale de l'institut pasteur. Notre mission est d'intervenir dans la détection de la menace dans les cas d'épidémie naturelle, d'accident ou dans des cas d'actes malveillants comme le terrorisme qui pourrait mettre en danger la santé de la population française. Nous intervenons à l'étranger également puisque les microbes n'ont pas de frontière. Aller à l'étranger c'est donc aussi se protéger en quelque sorte. En France, nous travaillons en complément des formations de référence. Par exemple nous réalisons des diagnostiques pour Ebola et le coronavirus du MERS. Nos missions à l'étranger sont quant à elle toujours liées à des contextes épidémiques.
On travaille dans des conditions dégradées certes. Mais les plus grands risques sont à l'extérieur du laboratoire même s'il n'est pas aux normes. C'est dans la rue qu'il y a le plus grand risque d'infection. Nous intervenons souvent pour des organisations telles que le réseau mondial d'annonce et d'action en cas d'épidémie pilotée par l'Organisation Mondiale de la Santé. Nous bénéficions alors de la protection d'une agence des Nations Unies. On nous donne des conseils en matière de sécurité, sur ce qu'il faire et ce qu'il ne faut pas faire sur place. On va être placés dans des hôtels sécurisés.

En quoi est-ce important de donner pour le Pasteurdon qui commence aujourd'hui ?

La première chose est que nous sommes extrêmement satisfaits lorsque les dons sont élevés pour deux raisons. D'abord cela démontre que notre travail est reconnu. Ensuite d'un point de vue financier, les dons nous permettent de rester indépendants avec le soutien de la population ce qui nous motive d'autant plus.

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