Pass vaccinal : après Ottawa, les convois de la liberté s’élancent sur les routes de l’absurdistan français  | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Social
Des partisans arrivent sur la Colline du Parlement pour le convoi de la liberté pour protester contre les restrictions sanitaires et l'obligation vaccinale à Ottawa, le 29 janvier 2022.
Des partisans arrivent sur la Colline du Parlement pour le convoi de la liberté pour protester contre les restrictions sanitaires et l'obligation vaccinale à Ottawa, le 29 janvier 2022.
©LARS HAGBERG/AFP

Retour des Gilets jaunes ?

Pass vaccinal : après Ottawa, les convois de la liberté s’élancent sur les routes de l’absurdistan français 

Sur le pass sanitaire, Olivier Véran est entre Tartuffe et Diafoirus, le médecin du Malade imaginaire de Molière.

Nathalie MP Meyer

Nathalie MP Meyer

Nathalie MP Meyer est née en 1962. Elle est diplômée de l’ESSEC et a travaillé dans le secteur de la banque et l’assurance. Depuis 2015, elle tient Le Blog de Nathalie MP avec l’objectif de faire connaître le libéralisme et d’expliquer en quoi il constituerait une réponse adaptée aux problèmes actuels de la France aussi bien sur le plan des libertés individuelles que sur celui de la prospérité économique générale.
 
https://leblogdenathaliemp.com/

Voir la bio »

Au Canada, des routiers organisés dans un “convoi de la liberté” se mobilisent depuis plus d’une semaine autour de la capitale, Ottawa et les grandes villes du pays, pour protester contre la vaccination qui leur est imposée s'ils veulent franchir la frontière avec les États-Unis. Inspirés par cette initiative, des citoyens français ont lancé un appel à “rouler sur Paris” le samedi 12 janvier prochain pour manifester leur opposition aux mesures sanitaires. Si les contours de cette mobilisation sont encore flous, un certain nombre de décisions du gouvernement contestables sur le plan de l’efficacité sanitaire risquent d’alimenter la machine. 

Le pass sanitaire puis vaccinal aura été une farce de bout en bout.

Farce – le terme sera sans doute jugé trop faible compte tenu de l’atteinte aux libertés que cet « outil » organise depuis plus de six mois pour un bénéfice sanitaire dont tout le monde sait à présent qu’il est parfaitement nul. Rappelons que le 8 décembre dernier, avant même que la vague omicron annoncée ne vienne amplement confirmer l’analyse, le Pr Jean-François Delfraissy (qui préside le Conseil scientifique) a en quelque sorte « officialisé » son inutilité pour circonscrire la circulation du virus devant la très respectable Commission des affaires sociales du Sénat.

Mais il y a bien un mélange de comédie et de bouffonnerie dans cette politique, une comédie du pouvoir qui s’appuie beaucoup plus sur l’esprit des spin doctors, ces consultants en image, conquête et conservation du pouvoir dont les hommes politiques aiment s’entourer – surtout quand les élections approchent – que sur les medical doctors trop basiquement occupés à chercher des solutions authentiquement médicales à la pandémie. Or les élections approchent. On peut être certain que toute décision concernant le pass vaccinal sera prioritairement liée à cet événement.

À Lire Aussi

Présidentielle 2022 : cette liberté économique qui manque cruellement à la France

Quant à mon emploi du futur antérieur, sans doute est-il audacieux puisque je me place dès aujourd’hui dans l’hypothèse optimiste où le pass vaccinal prendrait effectivement fin un jour pas trop lointain. Mais là est bien la question : va-t-il prendre fin ?

Si j’en parle, si tout le monde en parle, c’est parce qu’au vu de l’évolution de la pandémie, « fulgurante » en nombre de cas mais devenue peu dangereuse, les pays qui nous entourent sont de plus en plus nombreux à lever leurs restrictions sanitaires, pass vaccinal compris. L’Angleterre a ouvert le bal, rapidement suivie par le Danemark et l’Irlande. L’Espagne n’est pas loin d’y arriver, poussée par l’abandon du pass déjà acté en Catalogne.

Quant à Israël, son « pass vert », équivalent de notre pass vaccinal, ne sera plus demandé à partir de ce lundi, sauf événements à haut risque. À noter que ce sont des voix discordantes au sein du gouvernement qui ont favorisé cette décision, notamment celle du ministre des Finances Avigdor Liberman qui souligne à juste titre combien le pass vaccinal est en fait un élément central du discours de la peur qui entoure le Covid :

« Il n’y a aucune logique médicale et épidémiologique dans le pass vert, et de nombreux experts sont d’accord. Ce qu’il y a, c’est un dommage direct à l’économie, au fonctionnement quotidien et c’est aussi une contribution significative à la panique parmi le public. »

.
Bonnes nouvelles que tout ceci, car en matière de fermeture ou d’ouverture Covid, la pression des voisins n’est pas sans son petit effet boule de neige. 

À Lire Aussi

Gestion du Covid : les chiffres, l’analyse des chiffres et le discours officiel

C’est du reste la raison qui a conduit le Premier ministre Jean Castex flanqué du ministre de la santé Olivier Véran à se précipiter jeudi 20 janvier dernier devant la presse pour annoncer non pas la fin des restrictions mais le calendrier de la levée des principales restrictions – visibilité, espoir, blablabla. Une opération qui visait plus à donner le change qu’à restaurer tous les Français dans leurs droits, puisque le cas du pass vaccinal, le plus important, fut soigneusement évité. 

Il faut dire que ce dernier, qui constitue un durcissement médicalement inexplicable du pass sanitaire, est entré de fait en application le 24 janvier, au moment précis où tout le monde décidait de l’abandonner et de vivre avec le coronavirus comme avec une épidémie de grippe. On saluera une fois de plus le tempo remarquable du gouvernement, ses qualités d’adaptation aux circonstances, ainsi que sa gestion fine et agile de la pandémie.

D’ailleurs, il n’est que de jeter un œil sur le schéma en forme d’usine à gaz permettant de savoir si les pass vaccinaux actuels seront désactivés ou non le 15 février (ci-contre, extrait du site Le Monde d’après les données du gouvernement) pour comprendre que l’Absurdistan que d’aucuns ont pu observer en France n’est pas une exception mais la règle immanente de son État boursouflé.

Une règle bien pratique, finalement, si cela peut couvrir sous une tonne de bureaucratie dont on se moque gentiment le fait que les actions du gouvernement visent d’abord à sa conservation, et seulement ensuite, peut-être, au bien-être des citoyens. 

À Lire Aussi

Pécresse et la banque des jeunes : l’amour du risque ou l’odeur du fisc ?

C’est ainsi qu’Olivier Véran, medical doctor irrévocablement aspiré par l’esprit spin doctor, a profité de la première étape de levée des restrictions le 2 février dernier (fin de l’obligation du télétravail et des masques en extérieur) pour insinuer l’idée que le pass vaccinal pourrait être abandonné « bien avant juillet » (vidéo, 01′ 34″) : cliquez ICI. 

Bien avant juillet ? Donc au printemps. Tiens, tiens. Le premier tour de l’élection présidentielle n’aura-t-il pas lieu le 10 avril ? Emmanuel Macron n’a-t-il pas fait savoir qu’il attendait que le pic de la pandémie et la crise ukrainienne soient « derrière nous » pour se déclarer candidat à sa réélection ? 

Pour l’affaire ukrainienne, il n’est pas certain que les protagonistes calent leurs négociations sur les élections françaises, mais pour la pandémie, force est de constater que le pic sera passé quand Macron, Castex et Véran le diront. Bref, le pass vaccinal ne tombera pas en raison de son inutilité médicale flagrante mais en raison de l’effet positif que cette mesure pourra avoir sur la candidature Macron. Les spin doctors dictent le calendrier médical et le président de la République compte bien que les Français lui diront merci.

Oh, bien sûr, le ministre de la Santé s’en remet à l’utilisation de critères médicaux incontestables pour parvenir à cette grande décision :

« Pour moi, des indicateurs qui sont pertinents, pour des scientifiques, pour des médecins, c’est le taux d’occupation des lits de réanimation par des malades du Covid. 3 700 malades Covid en réa, c’est beaucoup trop. On déprogramme des soins. (…) En revanche quand on aura vidé les réas (…) et qu’il n’y aura plus un soin déprogrammé dans notre pays, s’il n’y a pas de nouveau variant d’ici là, l’utilité du pass vaccinal sera totalement discutable. »

.
L’utilité du pass vaccinal est totalement discutable depuis longtemps, comme je l’ai déjà souligné. Mais revenons aux fameux critères.

Le taux d’occupation des lits de réanimation par des malades du Covid serait certes intéressant à suivre, mais encore faudrait-il disposer d’un indicateur réellement significatif.

Or ce n’est nullement le cas puisque d’une part les 3 700 malades dont parle M. Véran (3 618 au 4 février) sont en réalité l’ensemble des malades hospitalisés en soins critiques, pas seulement en réanimation ; et que d’autre part, le taux d’occupation officiel calculé par le gouvernement (71,5 %) fait le rapport entre ces 3 700 malades et les seuls lits des services de réa avant le début de l’épidémie. Depuis, ce nombre de lits a quand même un peu augmenté. La prise en compte de ces éléments tend à ramener le taux d’occupation en réanimation vers 40 %.

De plus, il s’avère que Santé publique France (SPF) donne maintenant le nombre de nouvelles hospitalisations et de nouvelles entrées en soins critiques en distinguant parmi les malades infectés par le Covid ceux qui sont entrés pour Covid et ceux qui sont entrés pour d’autres pathologies. Or ces derniers, qui seraient de toute façon hospitalisés, sont proportionnellement de plus en plus nombreux : actuellement, ils représentent 32 % des hospitalisations Covid et 18 % des soins critiques Covid contre 20 % et 8 % respectivement dans le bulletin SPF du 13 janvier 2022 :

Tout ceci contribue évidemment à tirer le taux d’occupation « Covid pur » encore un peu plus vers le bas, ainsi que je le détaillais ici il y a trois semaines.

Ensuite, est-il sérieux d’envisager à court terme la fin des déprogrammations de soins dans notre pays ?

Si ces dernières n’étaient dues qu’au Covid, sans doute. Mais précisément, ce n’est manifestement pas le cas. Un document interne de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) portant sur la semaine 4 (du 24 au 30 janvier 2022) dont Le Figaro a eu connaissance indique que 18 % des blocs opératoires étaient fermés cette semaine-là : 4 % pour cause de Covid, 13 % pour postes vacants et 1% pour d’autres causes.

Autrement dit, actuellement, dans la plus grosse région de France, l’activité hospitalière est moins entravée par les malades du Covid que par le manque quasi endémique de personnel. Une situation confirmée par les différents médecins chefs de service interrogés par Le Figaro.

À ma connaissance, ce document a peu été repris dans le reste de la presse, mais il ne fait que corroborer une tribune de 1 376 médecins de l’AP-HP publiée dans Le Monde le 9 décembre dernier :

« Actuellement, des centaines de postes de soignants ne sont pas pourvus. En conséquence, des lits sont fermés dans une proportion jamais vue, jusqu’à près de 20 %. Les soignants sont de plus en plus souvent contraints de refuser des soins médicaux et chirurgicaux, dont certains sont pourtant urgents et vitaux. »

« La crise du Covid-19 n’en est pas responsable. (…) Le mal qui nous ronge était là bien avant le Covid-19, comme les hospitaliers en ont averti l’opinion publique et les responsables politiques, notamment depuis 2009. »

.
On retrouve là tout ce que la crise du Covid a révélé du mal-être profond et ancien de l’hôpital public. Une gestion désordonnée, à la fois dispendieuse et près de ses sous, qui gonfle l’administratif, décime le médical et sape le moral des soignants. Rien ne se passera sans réforme profonde du système, rien ne se passera tant que le gouvernement persistera à faire porter faussement aux malades du Covid non-vaccinés et à eux seuls la responsabilité de la surcharge des hôpitaux.

Il résulte de tout cela que les indicateurs avancés par le ministre de la Santé ne peuvent en aucun cas servir de repères sérieux. Ils constituent tout au plus une saynète supplémentaire dans la sinistre farce qui se joue autour du pass vaccinal en relation avec la déclaration de candidature d’Emmanuel Macron. Autrement dit, on nous fait du Tartuffe déguisé en Diafoirus. Ça promet…


Bonus du week-end, un article de Reason sur la récente méta-analyse de l’université Johns-Hopkins à propos de l’inutilité coûteuse des confinements et autres mesures de coercition anti-Covid pour sauver des vies.

Cet article a été publié initialement sur le site de Nathalie MP : cliquez ICI

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !