Paris, grande ville d’Europe ou l’on risque le plus de mourir de chaud<!-- --> | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Environnement
Alors que l'Europe se réchauffe deux fois plus rapidement que le reste de la planète, la ville de Paris semble particulièrement vulnérable
Alors que l'Europe se réchauffe deux fois plus rapidement que le reste de la planète, la ville de Paris semble particulièrement vulnérable
©JULIEN DE ROSA / AFP

Réchauffement climatique

Selon une étude publiée par The Lancet Planetary Health, Paris est, sur 854 villes européennes, la ville où le risque de mourir de chaleur est le plus élevé

Pierre Masselot

Pierre Masselot

Pierre Masselot est chercheur en statistiques appliquées. Il éprouve un intérêt particulier pour l'épidémiologie environnementale et la modélisation hydroclimatologique.

Voir la bio »

Durant l'été, Atlantico republie une sélection de ses meilleurs articles.

Atlantico : Vous avez récemment publié l’étude : "Excess mortality attributed to heat and cold: a health impact assessment study in 854 cities in Europe". Comment vous y êtes-vous pris pour analyser l’impact sur la santé des température et effectuer cette comparaison européenne ?

Pierre Masselot : Nous disposions de données quotidiennes de mortalité dans plus de 200 villes parmi les 854 analysées. Dans chacune de ces villes spécifiques, nous avons ainsi utilisé des modèles épidémiologiques pour estimer l’association entre température et mortalité, sous forme de risque relatifs (RR). Ainsi, nous avons estimé des courbes similaires à celles que l’on trouve dans la Figure 1A pour chacune de ces villes. Nous avons aussi collecté des informations sur chacune des 854 villes de notre échantillon, comme des infos socio-économiques (PIB, taux de chômage, etc), démographiques (population, densité) ou encore environnementales (concentration de polluants, couvert d’arbre, etc.). À partir de ces variables,nous avons construit un modèle pour lier les risques estimés précédemment et les caractéristiques urbaines. Nous avons ensuite pu utiliser ce modèle pour avoir une estimation du risque et puis de l’impact (taux de mortalité) dans toutes les villes de notre échantillon, incluant celles pour lesquelles nous n’avions pas de données de mortalité. 


Selon vos analyses, Paris est la grande ville d’Europe où l'on risque le plus de mourir de chaud. 
A quel point Paris est-elle particulièrement mal positionnée par rapport aux autres grandes villes ?

Paris est un cas un peu particulier à cause de la canicule de 2003, qui reste l’évènement le plus important à ce jour en terme de mortalité liée à la chaleur. Mais si l’on oublie cet évènement bien spécifique, Paris se distingue surtout en étant la plus grande ville de notre échantillon, avec Londres (mais Londres est bien moins exposé à des chaleurs extrêmes). Ainsi, si le risque y est élevé, il reste similaire à celui d’autres grandes villes Européennes comme Amsterdam ou Zagreb. 

Qu’est-ce qui place Paris dans cette si mauvaise position ? Quelles raisons peuvent être avancées ?

Il est difficile d’isoler des raisons spécifiques, mais Paris est simplement une très grande ville, ce qui veut dire une densité de population plus forte et un ilot de chaleur urbain particulièrement important et des inégalités surement plus marquées que dans des villes plus modestes. Il y a peut-être aussi un effet de sa localisation : Paris est suffisamment au Sud pour être exposé régulièrement à des chaleurs intenses (plus que Londres ou Copenhague par exemples) mais pas assez pour que ce soit commun comme à Madrid ou Rome par exemple.

Quelles conséquences peut-on en tirer en termes de politique publique à mener ? Comment rendre nos villes plus résilientes face aux températures et en particulier, à l’approche de l’été, à la canicule ?

En gros, il faut plus de verdure et moins de bitume. Les arbres permettent de rafraichir efficicacement une ville tout en filtrant une partie de la pollution. Le vert permet aussi une plus grande rélfection des rayons du soleil et donc moins de chaleur emmagasinée, à l’inverse du goudron ou du béton qui renvoie beaucoup de chaleur durant la nuit. Il est aussi important d’assurer un accès à la fraicheur pour tout le monde, que ce soit dans des centres avec de la climatisation, ou suffisamment d’ombre. 

Londres détient quant à elle le record pour le risque de surmortalité par le froid, pourquoi ? 

Il est plus difficile de comprendre la vulnérabilité au froid généralement mais plusieurs hypothèses peuvent être avancées comme une plus grande défavorisation en terme d’accès au chauffage ou d’isolation des maisons. Comme il s’agit d’une ville tempérée, un froid intense peut avoir de grandes conséquences juste du fait que la population n’y est pas forcément adaptée (contrairement à la Scandinavie typiquement). Mais il s’agit encore principalement d’hypothèses à ce stade.   

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !