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Les industriels européens n’étaient pas dimensionnés pour répondre à une demande aussi massive et les produits asiatiques ont inondé le marché.
Les industriels européens n’étaient pas dimensionnés pour répondre à une demande aussi massive et les produits asiatiques ont inondé le marché.
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Flop

Panneaux solaires : la Chine a peut-être gagné une bataille contre l’UE mais pas forcément la guerre

La guerre photovoltaïque n'aura pas lieu : l'accord à l'amiable entre Bruxelles et Pékin entre en vigueur aujourd'hui. Les taxes européennes anti-dumping sur les panneaux solaires ne s'appliqueront plus aux industriels chinois s'engageant à respecter un prix plancher et un maximum de puissance pour leurs panneaux.

Stephan Silvestre

Stephan Silvestre

Stephan Silvestre est ingénieur en optique physique et docteur en sciences économiques. Il est professeur à la Paris School of Business, membre de la chaire des risques énergétiques.

Il est le co-auteur de Perspectives énergétiques (2013, Ellipses) et de Gaz naturel : la nouvelle donne ?(2016, PUF).

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La filière photovoltaïque a été victime de deux effets qui se sont conjugués de façon malheureuse : d’une part des décisions politiques inconséquentes et d’autre part un choc de concurrence auquel elle ne pouvait pas résister. La première décision politique néfaste a été l’envol des tarifs de rachat des kWh photovoltaïques (quadruplés en France en 2005). Cette décision, qui partait d’un bon sentiment, a eu les effets escomptés : le marché a explosé. Mais la montée a été trop rapide : les industriels européens n’étaient pas dimensionnés pour répondre à une demande aussi massive et les produits asiatiques ont inondé le marché. Ils ont ainsi accaparé 80% du marché européen en 2012.

Bien sûr, on peut toujours dire qu’il aurait mieux valu négocier une rampe de croissance moins raide, afin de laisser aux industriels le temps de s’adapter à la demande. C’était d’ailleurs plutôt l’avis des fabricants. Mais la filière comprend aussi les installateurs ; et eux avaient intérêt à un marché le plus dynamique possible. Bien plus en amont, on peut se demander s’il était pertinent de transférer le savoir-faire industriel en Chine dans les années 1990. Mais là, c’est le gouvernement chinois qui a été habile en imposant, avant son entrée à l’OMC, de forts droits de douane sur les panneaux photovoltaïques occidentaux, obligeants ainsi les industriels à ouvrir des usines locales. C’est ainsi que le savoir-faire a été diffusé sur le territoire chinois.

L’autre conséquence qui n’avait pas été bien anticipée a été l’explosion des coûts de rachat de l’électricité photovoltaïque. En France, ces coûts devaient être couverts par le prélèvement obligatoire sur les factures d’électricité, dit CSPE (contribution au service public de l’électricité). Aujourd’hui, 62% de la CSPE sont dédiés au rachat de l’électricité photovoltaïque. Malgré tout, les sommes collectées étant très insuffisantes, EDF a dû réclamer la différence à l’État, à un moment où celui-ci s’en serait bien passé. Les projections faites en 2009 conduisaient à un déséquilibre faramineux, de plusieurs dizaines de milliards d’euros cumulés à la charge de l’État. Tout cela pour une production d’électricité représentant moins de 0,5% de la consommation française, c’est-à-dire inutile, a fortiori dans un pays dont l’électricité est déjà à 90% décarbonée. Il était donc indispensable de mettre fin à ce système, qui ne faisait que servir les intérêts des industriels chinois. En 2009, le gouvernement a été contraint de revenir en arrière sur les tarifs de rachat des kWh qui ont amorcé une décrue régulière, rendant les installations nettement moins rentables, voire plus du tout. La filière s’est alors retrouvée dans une situation de demande asséchée, avec une concurrence chinoise écrasante.

On peut légitimement suspecter une stratégie de dumping de la part des chinois, comme l’a affirmé la Commission européenne. Les Chinois savent jouer de leurs institutions bancaires pour soutenir leurs industries stratégiques, comme de leur monnaie. Mais le principal facteur est ailleurs : il s’agit de l’effet de volume. La Chine s’est mise à produire, pour son propre marché, des surfaces de panneaux solaires à une échelle sans commune mesure avec l’Europe et même les États-Unis, ce qui lui a permis de faire chuter ses coûts de production.

L’accord qui vient d’être trouvé avec les autorités chinoises est un compromis plutôt favorable à ces dernières. Le plancher de prix imposés pour la vente des panneaux solaires, s’il donnera un peu d’air aux fabricants européens, ne pénalisera pas vraiment les chinois. Ce qui a été plus difficile à accepter de leur part est le contingentement des importations à 7 GW de panneaux par an, soit environ 70% du marché européen. Au-delà, de forts droits de douane sont susceptibles d’être appliqués (47,6%).

Mais cet accord laisse de nombreuses questions : les industriels européens seront-ils susceptibles de fournir les 3 GW restants à un prix compétitif ? Le prix de vente plancher imposé aux panneaux ne va-t-il pas encore amplifier le faible intérêt économique de cette source d’électricité ? Comment va-t-on encourager les industriels à développer des technologies de rupture ? 

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