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L'obsession pour la compétitivité est un piège qui étouffera l'économie française.
L'obsession pour la compétitivité est un piège qui étouffera l'économie française.
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Tonte générale

Pacte de responsabilité : pourquoi l'obsession pour la compétitivité est un piège qui achèvera d'étouffer l'économie française

Aussi inattendu soit-il, le lien entre le socialisme, qu'il soit de droite ou de gauche, et le mouvement de financiarisation existe bel et bien. Et il est solide.

Bruno Bertez

Bruno Bertez

Bruno Bertez est un des anciens propriétaires de l'Agefi France (l'Agence économique et financière), repris en 1987 par le groupe Expansion sous la houlette de Jean-Louis Servan-Schreiber.

Il est un participant actif du Blog a Lupus, pour lequel il rédige de nombreux articles en économie et finance.

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Le pacte de responsabilité français, c’est une subvention déguisée. Une subvention inutile, ringarde, qui va échouer, comme la ligne Maginot. Au passage, les entreprises vont y perdre le peu de liberté qui leur restait.(voir la liste des contreparties exigées, liste donnée dans le discours du 20 Janvier par Hollande).

Nous avons, à de multiples reprises, analysé ce que nous appelons « la financiarisation » ; nous avons régulièrement montré la cannibalisation de l’économie productive par la finance; nous avons explicité le lien entre la hausse des prix des assets financiers et l’accroissement des inégalités, d’une part, et la hausse du chômage, d’autre part. La finance de spéculation et du leverage, pour nous est le boulet de l’économie productive. Un boulet constitué par une masse de capital improductif toujours plus lourde. Nous avons ainsi expliqué la paupérisation tendancielle des classes moyennes. 

Nous avons toujours pris soin de bien marquer la différence entre la sphère financière et la sphère réelle, d’une part, la différence entre le capitalisme et le capitalisme financier, la différence entre le capital qui se construit par l’épargne et la production de richesse et la fortune qui s’amasse par la spéculation et l’effet de levier. La différence entre la finance noble, auxiliaire de l’économie productive et la finance cannibale. Nous n’avons eu de cesse de répéter que l’essor du capitalisme financier discréditait le capitalisme de production et faisait évoluer nos systèmes vers des systèmes iniques, inefficaces, à légitimité de plus en plus réduite. Donc sans soutien populaire. Un capitalisme qui produit du chômage et des inégalités est un capitalisme parasite. 

L’une des originalités de notre travail consiste à montrer le lien entre le socialisme, qu’il soit de droite ou de gauche, et le mouvement de financiarisation, le lien entre les couches sociales ploutocrates et la sociale-démocratie. 

Ce lien est simple, il crève tellement les yeux que beaucoup ne le voient pas.

Les socialistes de droite ou de gauche, les sociaux-démocrates, ne peuvent jamais prélever par l’impôt autant qu’ils distribuent, leurs réélections seraient compromises d’une part et la machine économique s’étoufferait d’autre part, faute de pouvoir d’achat. Donc ces gens produisent structurellement du déficit et de la dette. Cette dette constitue pour ceux qui la financent une source de revenus et un capital, sans cesse croissant, auto-productif, en boule de neige. Plus la masse de dettes augmente, plus la solidarité objective entre les socialistes et la kleptocratie se renforce. 

Ainsi, avec la crise financière, il est apparu que les États étaient insolvables, que les banques devaient faire faillite et que l’ordre kleptocratique  était menacé. 

Que s’est il passé? 

On a sauvé les banques avec l’argent des contribuables, créé de la fausse monnaie par la BCE, effondré les taux d’intérêt, annulé la rémunération des épargnants, détruisant les retraites et assurances. Pour stabiliser le tout, on a entrepris de faire payer les citoyens en leur faisant croire qu’ils vivaient au-dessus de leurs moyens. Qu’ils devaient vivre comme il y a trente ans, avant les gains de productivité de la technologie. On a déclaré que la solvabilité des États devait être améliorée par la hausse des prélèvements fiscaux, les ponctions sur le salaire indirect, santé, retraites, et la baisse des dépenses de répartition. 

Tout ceci pour rendre les États plus solvables afin qu’ils puissent continuer à s’endetter, tout ceci pour honorer les dettes vis à vis des banques et des marchés financiers. Paradoxalement, ceux qui ont le mieux réussi ces manœuvres, partout, ce sont les socialistes. Pourquoi? Parce que ce sont eux qui, au nom du peuple, peuvent le mieux tondre le peuple. La fonction du socialisme est de faire tenir tranquilles les masses. 

Hélas, et nous en sommes là, la tonte des moutons pour obtenir la confiance - entendez par là les crédits des banquiers et des marchés - affaiblit ces mêmes moutons. Ils produisent moins, ils consomment moins, la machine économique ralentit et donc… le chômage augmente. Le problème du chômage, c’est que l’on a beau tricher, mentir, les gens le voient, ils en souffrent, ce n’est pas une abstraction. La populace risque de se révolter, les moutons de se transformer en loups. Surtout les jeunes qui n’ont rien à perdre. Les vieux, on s’en fiche, on sait qu’ils se tiendront tranquilles dans l’enfoncement de leur misère et leur déchéance. 

Donc, comme l’on veut rester au pouvoir pour jouir de l’argent, des prébendes, des femmes et maintenant des hommes, il faut faire quelque chose. Il faut prétendre qu’on lutte contre le chômage, les parkings à chômeurs, et le trucage des statistiques cela ne fonctionne qu’un temps.

Comment faire semblant de faire quelque chose pour limiter le chômage et gonfler les statistiques de l’emploi sans déplaire aux Maîtres, aux banquiers de la communauté spéculative , aux marchés? Il faut trouver une astuce, un habillage qui les satisfasse. 

On lance le beau thème de la compétitivité. Ah! Comme il est  beau et utile surtout quand il est mis en avant par un socialiste, quand il est crédibilisé par quelqu’un qui a une solide réputation de chef d’entreprise de gauche comme le Français Gallois. Il ne peut se tromper, il ne peut mentir. 

Donc, voilà notre thème de la compétitivité bien lancé et, il faut le noter tout de suite, ovationné par toutes les organisations kleptos, la Commission Européenne, le FMI, l’OCDE, le MEDEF, et les syndicats dits de la troisième voie. etc. La compétitivité, appliquée au monde entier résout tous les problèmes, c’est la surenchère perpétuelle, la vis - ou le vice  -sans fin du moins disant : pour être compétitif je baisse mes coûts, pour être compétitifs nous baissons nos coûts, vous baissez vos coûts etc. Cela se conjugue à l’infini car la notion de compétitivité est relative. La compétitivité c’est comme l’âne que l’on entraîne à être frugal, il mange de moins en moins, le régime réussit,  jusqu’au jour ou il n’a plus la force de porter sa charge et s’écroule, mort. 

La compétitivité, c’est le Saint Graal, elle résout tout. Elle est, bien sûr, conçue comme dépendant essentiellement de ce que l’on appelle le coût du travail. Si on n’est pas compétitif, c’est parce que le coût du travail est trop élevé. Voilà pourquoi votre fille est muette. Mais bien sur, il faut éviter de se poser la question de ce qui constitue le coût du travail, les loyers, les impôts, les gaspillages de la répartition démagogique. 

  • On aurait pu aussi bien dire que c’est parce que les entreprises ne font pas assez de profit, notez-le, puisque si le coût salarial est trop élevé, cela implique que les bénéfices sont insuffisants et que c’est la raison pour laquelle on n’investit pas. On aurait pu dire que c’est parce que le niveau d’activité est trop bas, une utilisation faible des capacités de production ne permet pas d’absorber les coûts, en particulier les coûts fixes. 
  • On aurait pu aussi bien dire que, si on n’est pas compétitif, c’est parce que les prix de vente sont trop hauts, c’est à dire que la valeur de l’euro n’est pas adaptée à l’économie française. La hausse de l’euro de 1,25 contre dollar à 1,35 n’est pas loin d’équivaloir au montant des baisses de coût salarial envisagé! Mais c’est vrai les kleptocrates, ont besoin d’un euro fort, même si cela produit de la non-compétitivité et donc du chômage. 
  • On aurait pu dire, les frais généraux que supportent les entreprises sont trop élevés et injustifiés, les dépenses improductives sont accablantes, les délires de politique étrangère sont mégalos , etc. etc. 

Tout ceci pour souligner que l’accent sur la compétitivité est idéologique, que c’est une évidence trompeuse. Pour être honnête, il aurait fallu associer le concept de compétitivité à ceux de niveau de  développement technologique atteint et de spécialisation internationale pratiquée. Au lieu de dire, nous ne sommes pas compétitifs, il aurait été possible et plus juste de dire, nous n’avons pas une valeur ajoutée suffisante, nous n’innovons pas assez, nous ne sommes pas sur les marchés chauds et porteurs, notre économie est ringarde, la sélection des dirigeants est mauvaise, etc. 

Non, on a choisi de mettre en avant la fameuse compétitivité. Il y a bien une raison. C’est parce qu’elle permet de faire d’une pierre deux coups. D’un côté, on va faire un cadeau aux entreprises, ce qui plaît toujours aux kleptos et aux banques, de l’autre, on va compenser le cadeau par la hausse des prélèvements sur les citoyens, on va faire basculer, fiscaliser, faire payer par les contribuables ce qui était auparavant payé par les entreprises. Cela veut dire que l’on va baisser le pouvoir d’achat des gens, donc leur consommation, cela va réduire un peu les importations et améliorer les exportations. La balance extérieure va, toutes choses égales par ailleurs, se trouver moins déficitaire. Alors là, nos kleptos et banquiers se régalent, voilà qui leur convient fort bien.

Avec la baisse des charges qui pèsent sur les entreprises, on n’améliore pas beaucoup la compétitivité, mais on fait travailler les Français un peu plus pour les étrangers et un peu moins pour eux. Voilà qui plaît à tout le monde et on comprend qu’effectivement tout le monde applaudisse, bravo Hollande, bravo l’artiste. Faire avaler cela à tes électeurs avec la bénédiction du patronat et de l’UMP, « t’es bien le meilleur », envoie le camarade DSK.

Est-ce bien  le moment, quand on a tondu les Français, pour faire plaisir aux banquiers, de les tondre encore, pour faire plaisir au MEDEF ? Bien sûr que non. Dans un premier temps, on a transféré des ressources des Français vers l’État et, alors que ce n’est pas encore fini, on se propose de faire en sorte de faire un nouveau transfert des mêmes Français vers les entreprises. Rien d’étonnant si Cazeneuve ose dire - et présenter comme positif -, les impôts baisseront dès 2016. Cela veut dire qu’ils monteront entre temps.Rien d’étonnant non plus si le socialiste hyper keynésien Krugman fulmine dans un éditorial sur l’incohérence de la politique de Hollande. Le choix est incohérent. 

Le tout, à un moment où la demande intérieure solvable  est insuffisante  et où faute de demande mondiale,  l’investissement n’a aucune chance de repartir. Le transfert ne servira pas à l’investissement sauf, et c’est un comble, à des investissements de productivité et de processus qui vont… réduire les besoins en main d’œuvre. 

Hollande et ses conseillers ont conçu un mouton à cinq pattes pour faire plaisir à leurs Maîtres, voilà la vérité. Et cela ne marchera pas. 

Hollande fait passer tout cela pour de la science, on veut nous faire croire que cela a à voir avec la théorie de l’offre. Et les benêts de crier ou d’applaudir au retour au libéralisme. Il n’y a rien de libéral dans ce mouton à cinq pattes, il n’y a rien qui corresponde à l’économie de l’offre. Il n’y a, dans ce monstre, que du socialisme-national-corporatiste de triste mémoire. 

Le fondement de la théorie de l’offre, c’est la baisse des impôts afin d’augmenter le goût et l’envie d’investir et de travailler. Chaque jour que Dieu fait, le gouvernement de Hollande décourage et même dégoûte de l’effort et du risque.

Le fondement de la théorie de l’offre, c’est l’innovation et la destruction créatrice et l’acceptation des coûts sociaux de l’obsolescence, la théorie de l’offre est tout ce contre quoi socialistes, MEDEF, syndicats, sont alliés pour refuser. La théorie suppose que ce qui maintient en mouvement le moteur de l’économie capitaliste, ce sont les nouveaux produits de consommation, les nouveaux processus de production, les nouveaux marchés. Ces mouvements, ces processus, révolutionnent de l’intérieur (le mot important est : de l’intérieur), de façon continue, la structure économique et détruisent les vielles structures obsolescentes, ils en créent sans cesse de nouvelles qui trouvent leur marché et ainsi font de la croissance. Croissance qui absorbe, s’ils sont mobiles et formés, les travailleurs  disponibles. 

La crise gît dans le refus des conséquences du neuf. Comme on refuse les conséquences des progrès technologiques des trente dernières années, les conséquences sur les innovations de produits, sur les processus de production, sur l’emploi, il faut créer du crédit gratuit pour maintenir une demande artificielle  pour l’ancien et c’est ce que l’on fait. Et ce crédit s’accumule sous forme de dettes de moins en moins remboursables. C’est la raison pour laquelle nous sommes sûrs de notre pronostic d’échec, on tourne le dos aux solutions. Vous savez qu’Einstein disait: la folie c’est de faire toujours la même chose et d’espérer des résultats différents, nous sommes en plein dans cette situation, non seulement on fait la même chose, mais plus. Ce sont des fous. 

Précisément ce que veut faire Hollande et son MEDEF, c’est le contraire, c’est la défense du passé, en le subventionnant aux frais des contribuables et travailleurs. Le pacte de responsabilité, c’est une subvention aux entreprises qui ne veut pas dire son nom, subvention payée par les classes moyennes, les salariés. C’est, selon la bonne tradition française, une nouvelle ligne Maginot. 

NOTE: Qu’est ce que le fascisme ? 

Le fascisme, c’est un système dans lequel le gouvernement cartellise le secteur privé, s’oppose au jeu de la concurrence, prétend diriger l’économie, subventionne les entreprises, dénie les libertés individuelles, et fait de l’exécutif politique le maître de la société.

Cet article a initialement été publié sur le blog de Bruno Bertez

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