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Le tandem Macron-Valls
Le tandem Macron-Valls
©REUTERS/Christian Hartmann

A l'épreuve des mots

"On a foulé au pied les valeurs pour lesquelles les socialistes se sont engagés" : petit inventaire de ce que seraient donc les valeurs de cette gauche dégoûtée par le tandem Valls Macron...

Après le remaniement ministériel et l’espèce de coming out opéré par Manuel Valls à l’université d’été du MEDEF, la gauche est à la fois déboussolée et en pleine reconfiguration. Des voix commencent à se faire entendre pour préciser la nouvelle géographie symbolique de la "gauche non libérale". Les interviews données par Pierre Laurent (PCF) au Monde et sur France Info permettent de s’en forger une première idée.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Alors que Pierre Laurent (PCF) doit se rendre samedi 30 août à l'université d'été pour rappeler aux sympathisants du Parti socialiste les valeurs qui forgent l'unité de la gauche, et qui sont "piétinées" par l'action de Manuel Valls ainsi que d'Emmanuel Macron, nous avons voulu décrypter ce que le fait de rejetter en bloc l'action de ces deux derniers pouvaient révéler de sa conception de la gauche. Petit florilège des déclarations gouvernementales qui contredites donnent au leader du Parti communiste des positions étonnantes, et commenté par Eric Verhaeghe.

La gauche et l’entreprise

"J'aime l'entreprise" - Manuel Valls

Eric Verhaeghe : Le point le plus structurant de la gauche non libérale est probablement son rejet de l’entreprise, qui témoigne de la persistance de la tradition anarcho-syndicaliste. Depuis la charte d’Amiens de la CGT, en 1906, la gauche est marquée par la conviction que la seule politique qui se tient est celle de l’expropriation des capitalistes. Le simple principe d’un dialogue ouvert avec les actionnaires, les patrons, les employeurs, est vécu comme un renoncement à ce principe général d’expropriation.

La gauche et la production

"Le président de la République a affirmé dès le début de son quinquennat sa politique en faveur de la compétitivité" - Emmanuel Macron

Au-delà de ce simple rejet de la propriété privée des moyens de production, vieille lune marxiste qui continue de hanter le Parti Communiste français, l’idée d’une bataille de la compétitivité apparaît de plus en plus à rebours de la gauche non libérale. Qu’une entreprise puisse améliorer sans cesse ses processus de production, pour produire mieux et moins cher est un principe fondamentalement rejeté par cette gauche, au fond très attachée à une économie administrée, où le respect des règles est plus important que la performance.

Le primat de l’impôt pour redistribuer les richesses

"L'impôt plutôt que la réduction des déficits et des dépenses : ce choix a trop duré" - Manuel Valls

Un autre point cardinal de la géographie politique qui structure la gauche non-libérale tient à l’amour porté à l’impôt. Implicitement, le Parti Communiste porte l’idée que l’Etat doit toujours dépenser plus, toujours étendre sa sphère d’intervention, et toujours plus mutualisé les ressources collectives. Dans cet univers, l’impôt n’est plus prioritairement un moyen de financer l’action publique, il devient avant tout un moyen de redistribuer les richesses. Plus l’impôt est lourd, plus la redistribution est forte.

La confiscation pour rembourser la dette

"L’effort [économique] sera partagé par tous" - Manuel Valls

Dans cette logique fiscale qui ne dit pas son nom, ce qui se joue bien entendu est le traitement réservé aux classes moyennes et supérieures. Pierre Laurent ne dit pas clairement ce à quoi il pense : l’impôt ne doit pas être universel. Il est normal que les détenteurs des revenus les moins élevés n’en paient pas. Et il est tout aussi normal que les taux applicables aux plus riches prennent des proportions confiscatoires. Ainsi, à l’idée apportée par Manuel Valls selon laquelle le fardeau de la crise doit être porté par tous, la gauche non-libérale préfère un scénario où seuls les revenus les plus élevés contribuent.

Le dogme de la sécurité sociale

"Le reste viendra d'une plus grande justice, d'une mise en cohérence et d'une meilleure lisibilité de notre système de prestations" - Manuel Valls

Les perspectives de plus en plus nourries de remettre à plat le modèle de rémunération différée et de transfert du risque santé vers un opérateur aveugle (qui permet à un fumeur alcoolique de ne pas cotiser plus cher qu’un assuré sain), qui définit notre sécurité sociale, constitue une ligne de fracture fondamentale. Le dogme d’une expansion constante de la sécurité sociale, à guichets ouverts et en dépit de l’intérêt même des assurés (qui n’ont aucun encouragement à vivre sainement), est devenu une pierre angulaire qui distingue la gauche non-libérale.

La haine de l’initiative individuelle

"Au-delà de la réduction de l'incertitude, la clé de la relance, en France, est de libérer les énergies pour créer de l'activité" - Manuel Valls

Dernière caractéristique marquante de cette gauche non libérale, son amour sans limite pour l’action collective, pour le fonctionnement mutualisé, et sa méfiance instinctive pour l’initiative individuelle et pour toute organisation sociale susceptible de lui lacher la bride. Un discours fondé sur la libération des énergies, sur le dynamisme des acteurs, sur la recherche de la performance, est immédiatement analysé comme étant "de droite" et suscite un rejet viscéral.

Propos recueillis par Alexis Franco

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