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Si Jean-Marc Ayrault n'a cessé de louer les entreprises français à l'Université d'été du Medef, les actes engagés depuis mai font douter de sa sincérité.
Si Jean-Marc Ayrault n'a cessé de louer les entreprises français à l'Université d'été du Medef, les actes engagés depuis mai font douter de sa sincérité.
©Reuters

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Olivier Dassault : “Le gouvernement doit cesser de flatter une certaine gauche pour qui le riche doit payer et non investir”

Jean-Marc Ayrault s’est livré à une véritable déclaration d’amour pour les entreprises de France, lors de l’Université d’été du Medef. Mais les actes engagés depuis mai font douter sur la sincérité de ces belles paroles.

Olivier  Dassault

Olivier Dassault

Olivier Dassault est un homme politique français, fils de Serge Dassault. Il est actuellement député LR de la première circonscription de l'Oise et Président du conseil du groupe Dassault.

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Arrivant à l’université d’été du Medef, Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, l’affirmait : « Il faut qu’on se cause ». Oui mais voilà, ensuite, ce fut silence radio. « Je répondrai tout à l’heure, en bloc. » On attend toujours ses réponses à des patrons lui demandant concrètement les mesures qu’il entendait mettre en œuvre pour soutenir leurs activités. Notamment d’intégrer la surtaxe sur l'ISF au dispositif ISF-PME.

Pourtant, la veille, en inaugurant l’Université d’été du Medef, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault s’était livré à une véritable déclaration d’amour pour les entreprises de France. Allant jusqu’à affirmer que « la France qui entreprend, c'est la condition de la croissance et de l'emploi. » Reste qu’au regard des actes engagés depuis plus de trois mois maintenant, tout cela sonne comme de belles paroles.

D’abord, parce qu'en dépit de l’engagement du candidat Hollande, l’ISF-PME est aujourd’hui remis en cause, malgré son apport avéré aux petites et moyennes entreprises. En 2010, c’était plus d’un milliard d’euros qui avait ainsi pu être investi dans leurs fonds propres. En 2011, un premier coup de rabot avait diminué ce montant de plus de 200 millions. Supprimer cette mesure fiscale pour flatter l’aveuglement d’une certaine gauche pour qui le riche doit payer et non pas investir, c’est condamner un peu plus des entreprises qui créent de l’emploi dans nos régions, des emplois généralement non délocalisables et qui soutiennent l’économie locale selon un cercle vertueux.

M. Ayrault, ayez le courage de le reconnaître !

Ensuite, parce que la France qui entreprend a besoin d’une France attractive. L’attractivité ne suppose pas seulement les investissements. Elle repose sur la capacité d’attirer les talents, les idées et les capitaux, mais aussi, sur l’envie des entrepreneurs français de développer leurs projets sur notre territoire. Or, de plus en plus de PME en forte croissance et à fort potentiel de développement font le choix de s'implanter en Angleterre, car  les avantages en faveur d’une localisation dans ce pays y sont nombreux et laissent songeurs. Souvenons-nous du « tapis rouge » déroulé par David Cameron ! Le taux de l’impôt sur les sociétés est plus avantageux au Royaume-Uni (24%) qu’en France (33,33%). Les charges sociales y sont bien moins élevées. Le taux marginal est de 15,8% (2% pour le salarié et 13.8% pour l’employeur) contre 70% chez nous.

M. Ayrault, ayez le courage de le reconnaître !

Une nouvelle lampe rouge s’est allumée sur notre tableau de bord avec les conclusions, fin juin, de la conférence sur les investissements internationaux de La Baule. Depuis dix ans, ce rendez-vous institué par Jean-Pierre Raffarin sur les recommandations faites par l’Agence française pour les investissements internationaux et mon rapport sur les défis de l’attractivité française est un baromètre. Il permet non seulement de prendre la température en ce qui concerne les souhaits de s’implanter dans notre pays, mais aussi de prévoir l’avenir. Hélas, si notre cote d’amour reste élevée, la France a perdu une place et se classe désormais derrière la Grande-Bretagne et l’Allemagne.

Cette crise du désir est inquiétante car l’économie n’est pas faite que de chiffres mais aussi de confiance et d’intentions.

Que faire pour inverser la tendance ?

D’abord, changer d’échelle. La réflexion doit impérativement devenir européenne, car nous avons une carte à y jouer en faisant la promotion des solutions d’excellence que nous avons eu le courage de développer et de mettre en œuvre. Je pense en particulier aux pôles de compétitivité et au crédit impôt recherche. Centralisée à l’échelle européenne, leur promotion serait un signe fort aux yeux des investisseurs étrangers. Ils sont déjà sensibles aux efforts faits en France. Avec une dimension européenne, nous pourrions passer à la vitesse supérieure, en créant un effet de levier dans lequel la France serait non seulement la courroie de transmission mais aussi la force de démultiplication.

Ensuite, de la flexibilité. Certes, ces cinq dernières années, nous avons beaucoup progressé pour décongestionner le marché du travail et desserrer peu à peu le carcan étouffant qu’est devenu le contrat de travail. Il suffirait d’un pas de plus, en permettant notamment la flexi-sécurité offerte par le mécanisme des « contrats de mission », conclus par l’entrepreneur et le collaborateur pour la durée ou la réalisation d’un marché précis ou d’une tâche concrète, pour rendre l’embauche plus fluide.

Espérons que le nouveau Gouvernement ne se laissera pas une fois de plus aveugler par ses partis pris idéologiques et son dogmatisme, et qu’il comprendra la place centrale de la problématique de l’attractivité. Le danger, aujourd’hui plus encore qu’hier, c’est que ce ne sont plus seulement celles et ceux qui ont réussi qui quittent la France. Ce sont désormais celles et ceux qui veulent réussir.

Nous ne pouvons pas nous contenter de laisser le charme agir. Il n’est que temps de prendre les choses en main et de renverser la tendance, de valoriser nos atouts, de déverrouiller nos blocages idéologiques pour revenir dans le jeu, pour retrouver notre place dans le classement des nations entreprenantes.

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