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Barack Obama, né le 4 août 1961.
Barack Obama, né le 4 août 1961.
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50 ans, l'heure du bilan

"Obama sera réélu grâce à la médiocrité de ses adversaires"

On a connu Barack Obama dans meilleure situation. A toute juste 50 ans et un peu plus d'un an de l'élection présidentielle, fragilisé comme jamais sur la scène politique intérieure, il doit assumer un bilan en demi-teinte et affronter une situation économique très délicate. Et pourtant, il est loin d'avoir perdu d'avance.

Philippe Valode

Philippe Valode

Philippe Valode est écrivain et éditeur. Ancien directeur de la revue Actualités de l'Histoire, il est l'auteur de Les Présidents des Etats-Unis (L'Archipel, 2005). Historien diplômé en sciences politiques, il est spécialiste de la période monarchique et apparaît régulièrement dans les médias pour traiter de cette longue période de l'histoire de France.

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Atlantico : Le compromis mou obtenu par Barack Obama sur la crise de la dette est-il de mauvaise augure pour l'élection présidentielle de 2012 ?

Philippe Valode : Barack Obama n'est pas si mal placé dans la course à la réélection. Tout d'abord, il a été un président bien élu [52,9%, ndlr], et malgré sa défaite aux élections de mi-mandat de 2010, il a réussi à conserver le Sénat. Il est encore soutenu par la plupart des minorités du pays, et surtout par les Noirs.

Enfin, le compromis qu'il vient d'obtenir sur la dette a épargné les programmes d'aide aux retraités et aux nécessiteux (Medicare), et il est fait pour durer jusqu'en 2013 : la dette ne devrait donc pas influencer la campagne présidentielle. Il faut surtout garder à l'esprit que contrairement à d'autres pays, la dette américaine est détenue à plus de deux tiers par des acteurs américains (fonds, entreprises, banques). Et une dette vis-à-vis de soi-même est beaucoup moins grave qu'un endettement à l'étranger.

Mais si Barack Obama remporte un second mandat, il le devra bien moins à ce qu'il aura accompli qu'à la médiocrité de ses adverses républicains : le favori, Mitt Romney, est un vieux cheval de bataille. Déjà battu pour l'investiture en 2008, il n'est même plus gouverneur du Massachusetts.

Les promesses non-tenues d'Obama, comme l'échec de la fermeture de Guantanamo, ne pourraient-elles pas jouer en sa défaveur auprès de l'opinion publique ?

Je ne crois pas. A l'exception de quelques intellectuels, les Américains se fichent totalement de Guantanamo. Ce qui compte, c'est :

  • Le programme Medicare, sauvé des coupes budgétaires ;
  • Le retour des boys, déjà bien engagé en Irak et annoncé en Afghanistan ;
  • La croissance et l'emploi : la situation économique n'est pour l'instant pas brillante, mais la chance d'Obama, c'est l'absurdité du programme républicain, qui veut faire des coupes sombres sur les budgets sociaux sans augmenter l'imposition des plus riches : l'opinion publique sent que le programme d'Obama est plus juste et plus réaliste.

Sur la scène internationale, peut-on le considérer comme le premier président américain post-hégémonique ?

Oui, Barack Obama est très en phase avec son époque. Il a pris conscience de la nécessité d'abandonner la toute-présence américaine dans le monde : il vient d'en apporter une preuve supplémentaire avec son attitude très réservée dans le conflit libyen (retrait des avions chasseurs américains).

Il est extrêmement réaliste sur la nouvelle donne mondiale : en face des États-Unis, il n'y a plus qu'une grande puissance, la Chine. Celle-ci va devoir corriger les déséquilibres générées par une croissance débridée depuis vingt ou trente ans : paiement des retraites, déséquilibre démographique hommes/femmes extrêmement lourd (50 millions d'hommes ne pourront pas trouver d'épouse !), désastre écologique...

A l'inverse, Barack Obama est conscient des enjeux auquel l'Amérique est confrontée et fait preuve de la mesure nécessaire. Il est conscient de la nécessité de corriger les déficits, de l'importance de l'unité de la nation américaine, toutes couleurs confondues, et si l'on a l'impression qu'il délaisse l'Europe, c'est qu'il sait que l'avenir est en Asie.

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