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Les querelles internes au sein de l'UMP sont encore bien vivaces
Les querelles internes au sein de l'UMP sont encore bien vivaces
©Reuters

Un seul pour tous les gouverner...

Ni idées, ni quenelles mais des querelles… Fillon, Copé, Sarkozy, les guerres de l’UMP repartent de plus belle

L'UMP peine à établir ses listes pour les élections européennes, et n'est parvenue jusqu'ici qu'à désigner ses têtes de file pour chaque région. Preuve que les querelles internes sont encore bien vivaces.

Atlantico : Ces difficultés sont-elles la résultante des batailles internes que connait le parti et dont la guerre entre François Fillon et Jean-François Copé a été l'illustration en 2012 ?

Philippe Reinhard : Un certain nombre de personnes à l'UMP considèrent que les européennes ne servent qu'à recaser des battus, du type Morano. Et il y a ceux, plutôt du coté du camp Fillon, qui estiment qu'il faut plutôt récompenser les députés européens qui ont fait un bon travail.

Néanmoins, tous les partis connaissent des difficultés pour dresser des listes. Le problème de l'UMP aujourd'hui est que ce parti est une série d'écuries. Il y a celle de Copé, celle de Fillon et une autre, même s'il n'est encore sur le devant de la scène, celle de Sarkozy. Si l'on compare ça à une course automobile Sarkozy c'est Ferrari, et les autres font de la figuration ; ils ne sont pas prêt de gagner des Grands Prix.

Hubert Huertas : Il faut relativiser les problèmes de l'UMP car tous les partis en ont. Dans la mesure où il y a des appétits légitimes, il y a toujours des tragédies. A l'UMP, il y a cependant quelque chose qui aggrave cette situation, ce sont les différentes écuries qui composent le parti. Copé a ses hommes, Fillon a les siens, les autres également, et chacun essayent de placer ses pions. C'est exactement ce qui se passe à Paris pour les municipales : Fillon ne soutient que Nathalie Kosciusko-Morizet alors que Copé, même s'il a exclu Beigbéder, est un peu entre deux chaises parce qu'il ne voulait pas de NKM.

Et ils ne sont pas les seuls : Bruno Le Maire fait campagne même s'il n'est pas encore connu du grand public. Xavier Bertrand également. La principale bataille a déjà commencé ; elle concerne la tenue des primaires à l'UMP en vue de l'élection présidentielle de 2017, y compris si Nicolas Sarkozy revient.

Guillaume Bernard : Le mandat européen n’a jamais été considéré comme valorisant. Il est plutôt considéré, dans une carrière politique, comme une étape en attendant un mandat parlementaire national ou un portefeuille ministériel. Pour un parti (et, en son sein, un clan), il est un moyen de récompenser la fidélité envers un ténor national. Donc, effectivement, le choix des candidats éligibles pour les européennes est l’occasion de mesurer les rapports de force entre les différentes écuries.

Mais, l’UMP est, aussi, confronté à la nécessité d’avoir des candidats susceptibles de rassembler le plus d’électeurs malgré son positionnement « doctrinal » ambigu. Or, le centre de gravité de l’UMP est plus à droite qu’au centre et une partie assez importante de ses sympathisants penche vers le FN. Il apparaît donc assez cohérent que les têtes de listes (au moins) soient des personnes qui soient a priori (cela n’est nullement certain) les plus capables (parce que s’affirmant de droite décomplexée) d’empêcher l’hémorragie.

Les bisbilles qui agitent aujourd'hui l'UMP sont-elles moins les conséquences de l'opposition entre François Fillon et Jean-François Copé que de la bataille entre Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy en vue de la présidentielle de 2017 ?

Philippe Reinhard : Jean-François Copé a un handicap : il est détesté. Il est aussi – voire plus – impopulaire que François Hollande, ce qui n'est pas le meilleur moyen de récupérer le pouvoir. Il est détesté mais, c'est vrai qu'il tient l'appareil. L'opposition entre Copé et Sarkozy est réelle mais ce n'est pas un problème de personnes, ni de projets. Il n'y a absolument pas de problème de projets à l'UMP : ce ne sont plus que des batailles d'écuries présidentielles.

Le problème à l'heure actuelle est qu'il y a beaucoup de terrain d'escarmouches comme les élections municipales par exemple. Quand on voit d'ailleurs que NKM remonte dans les sondages, elle a du mérite vu ce que la direction lui a fait : Copé a été obligé de tenir compte du fait qu'elle était désignée mais il ne fait vraiment rien pour l'aider. A l'inverse, Sarkozy va la soutenir.

Si l'UMP se ramasse aux municipales, ce qui semble invraisemblable compte tenu de l'impopularité de François Hollande, et deux mois après aux européennes, elle n'aura plus qu'à apporter sa tête à Sarkozy. Mais l'intérêt de ce dernier n'est pas forcément que l'UMP se plante. Ce qu'il ne veut surtout pas, c'est que, en attendant qu'il revienne, l'un des membres prenne le contrôle de l'UMP.

Hubert Huertas : Copé joue sa propre partition. Pendant la bataille contre Fillon, il était un sarkoziste modèle mais il avait des arrières-pensées. Copé est avant tout un copéiste : il veut avant tout tenter sa chance mais il n'est pas idiot et il sait que si Sarkozy revient, ça sera compliqué pour lui.

Si Sarkozy y va, Copé veut s'imposer en tant que force avec laquelle il faudra composer parce que c'est bien par la force que l'on prend un parti, d'autant plus un parti bonapartiste. Il veut affronter le chef pour éventuellement, en fonction de comment va tourner le vent, être en position de négocier le bout de gras avec lui et le bout de gras, en l'espèce, c'est Matignon.

Guillaume Bernard : Rien n’est, naturellement, résolu puisque toutes les personnalités de l’UMP n’ont comme véritable point de mire que les prochaines présidentielle et législatives. Tous n’ont pas l’ambition d’être président de la République, mais beaucoup veulent être ministres… Encore faut-il qu’ils n’aient pas, entre temps, démérité (défaite électorale), qu’ils aient placé leurs points et tissé les bonnes alliances.

La vie interne de l’UMP ne se réduit pas à l’opposition entre Copé et Fillon (car il y a d’autres présidentiables), mais les prises de position des uns et des autres s’expliquent en grande partie pour des raisons de stratégie personnelle et de carrière. Et, ce, d’autant plus qu’il n’y a pas d’opposition idéologique très profonde parmi les ténors nationaux. Les marqueurs idéologiques sont plus réels parmi les élus (nationaux ou locaux) qui n’affichent pas (ou laissent afficher pour eux) d’ambition présidentielle.

Les hommes politiques, en général, ne semblent pas encore bien conscients de la distanciation de plus en plus grande entre eux et les électeurs, entre les conditions et le niveau de vie des élites et ceux des Français moyens. C’est effarant.

Qu'en est-il de la relation entre les deux hommes ? Nicolas Sarkozy déteste-t-il vraiment Jean-François Copé, qu'il aurait notamment présenté comme le "Harlem Désir de droite"…

Philippe Reinhard : Je suis absolument certain qu'il l'a appelé de la sorte. En revanche, pour ce qui est de l'avoir traiter de « connard » comme on a pu également l'entendre par ailleurs, Sarkozy traite tout le monde de « connard »... En fait, à l'heure actuelle, Sarkozy accepte Copé quand celui-ci et sous le boisseau. Quand Copé fait mine de reprendre la main, Sarkozy lui envoie un Scud.

Ce n'est pas tant qu'ils se détestent. C'est un problème de rapport de force et le rapport de force, quoi que veuille faire Copé, est en faveur de Sarkozy et c'est ça qui compte en politique. Sarkozy est beaucoup plus fort que ne l'est Copé car, avec lui, les gens pensent qu'ils peuvent gagner. Avec Copé, c'est un peu plus difficile. De toute façon, Copé est enfermé dans sa déclaration : il avait dit que si Sarkozy revenait, il s'effacerait à son profit. Il espère que ça ne se produira pas mais il est en tout cas enfermé dans ce genre de propos.

Hubert Huertas : Copé a changé de discours même s'il fallait être vraiment naïf pour croire à son sarkozysme débridé. On approche des échéances et pour lui, il y en a une qui joue un rôle clef depuis le début : les municipales. Il veut mettre à son crédit la victoire de l'UMP aux municipales, une victoire qui est presque mécanique puisque ça va mal pour la gauche. C'est pour cela que Jean-François Copé pousse les feux.

Et puis l'attitude de Sarkozy qui laisse clairement filtrer qu'il va revenir, qu'il va sortir du bois, le pousse aussi à agir car, lorsque Sarkozy reviendra dans le bain politique, il ne faut pas que Copé soit absent. Il veut être fort, un rival. Dans ce parti, les toutous n'ont rien. Voilà pourquoi Copé montre les dents. Quant à leur relation personnelle, Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé n'ont pas une grande sympathie naturelle l'un envers l'autre. C'est une évidence et cela ne date pas d'hier.

Guillaume Bernard : Il est certain qu’un possible retour de Nicolas Sarkozy dans la politique active est comme une épée de Damoclès pour les présidentiables de l’UMP. Maintiendront-ils la primaire théoriquement prévue et, à l’inverse, Nicolas Sarkozy, ancien président de la République, acceptera-t-il de s’y soumettre ? C’est possible (en politique, tout est possible) mais peu probable. Surtout si, comme il semblerait que Nicolas Sarkozy le pense, l’UMP connait des revers (municipales) voire des déroutes (européennes) électorales d’ici la présidentielle ; l’ancien président pourra apparaître comme un évident recours.

Cela dit, il n’est pas certain que Nicolas Sarkozy, s’il revenait avant les européennes, soit capable de sauver le soldat UMP : une grande partie de ses électeurs n’ont pas oublié qu’il a ratifié le traité de Lisbonne de 2007 (qui a rayé d’un trait de plume le référendum de 2005) et qu’il a fait supprimer (lors de la révision constitutionnelle de 2008) l’obligation d’un référendum pour les élargissements européens (donc, par exemple, pour la Turquie).

Mais, pour revenir à votre question, les difficultés de Jean-François Copé pour s’imposer comme le patron de son parti viennent surtout des conditions dans lesquelles il a été désigné au poste de président à l’automne 2012. Si François Fillon l’avait emporté dans les mêmes circonstances, il aurait connu les mêmes difficultés.

Aux querelles de personnes s’ajoute la distorsion entre les idées des cadres du parti (qu’il est difficile d’évincer de leurs fonctions et de leurs mandats) et celles des motions soutenues par les militants. Les risques de division (même s’ils sont niés) sont réels (surtout si la parti ne gagne pas des élections que l’effet de balancier devrait lui faire gagner). Et donc quiconque serait à la direction de l’UMP connaîtrait de profondes difficultés à maintenir l’unité.

Comment cette relation influe-t-elle sur la vie de l'UMP ?  

Philippe Reinhard : Il suffit de se consulter la liste des rendez-vous de Sarkozy rue de Mirosmenil pour voir qu'il ne néglige personne, y compris de jeunes députés qu'il ne connaissait pas. Ce sont des gens de tous les bords. Sarkozy les invite mais beaucoup vont également solliciter Brice Hortefeux pour obtenir un rendez-vous. Presque à la file, il vont baiser la bague. Sarkozy quant à lui se manifeste auprès des uns et des autres. Si Morano est placée en tête de liste, c'est parce qu'il l'a exigé.

Hubert Huertas : Aujourd'hui, Sarkozy est totalement dans sa stratégie. Il n'a que des ennemis à l'UMP car tout le monde, à l'UMP, pense qu'il ferait mieux que lui. Mais lui a de l'avance dans l'opinion. Quand il reviendra, Sarkozy fera avec ceux qu'il préfère : Hortefeux, Morano… Ça ne suffit pas, il ne peut pas gouverner avec ces deux-là. Il est assez grand garçon, il sait qu'il doit avoir d'autres soutiens. Il essaye donc pour l'instant de ne pas rompre le fil, d'autant qu'il n'est pas un "tueur". Il est certain qu'il en veut d'avantage à Fillon qu'à Copé car il l'a publiquement désavoué. Il en veut à Copé mais il en veut naturellement à tous ceux qui veulent prendre sa place.

Pour l'instant on est dans un jeu d'évaluation. Il faut garder à l'esprit que Sarkozy n'est pas un tueur. Il écarte, parfois salement, mais il n'aime pas tuer politiquement. Il éloigne, il rapetisse et après il met dans sa poche. Il a écarté Chirac, violemment, le taxant de "Roi fainéant" et il fini entouré de Chiraquiens. Chez lui, le fait de combattre et de dézinguer n'implique pas forcément de ne pas caresser en même temps.

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