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Ne dites plus jamais France !
C’est un gros mot…
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Histoire de France ou Histoire Plurielle

Ne dites plus jamais France ! C’est un gros mot…

La polémique autour du Musée de l'Histoire de France n'en finit pas d'enfler. Mais autour de ce projet, c'est également son appellation qui pose problème. Benoit Rayski, historien et écrivain, rappelle que la France s'est construite avec sa multitude d'histoires et donc que cette appellation à bien lieu d'être, n'en déplaise à Vincent Duclert et Isabelle Backouche, professeurs d'Histoire, auteurs de la tribune "L'Histoire de France instrumentalisée ?" publiée sur Atlantico.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Comme chacun sait les rapports de police et de gendarmerie se distinguent par une extrême économie de mots : les représentants de l’ordre n’ont pas vocation à siéger à l’Académie Française… On sait aussi que les actes notariaux sont toujours truffés de formules désuètes et vieillottes : les notaires connaissent l’alchimie de leurs formules et il leur suffit de se comprendre entre eux… On sait enfin que les enquêtes, techniques etc utilisent toujours des termes codés (et souvent creux) : les ronds de cuir qui les rédigent tiennent à rester incompréhensibles, ce qui leur assure, pensent-ils, une certaine supériorité sur ceux qui ne les comprennent pas…

Le texte publié par Atlantico sous le titre « l’Histoire de France instrumentalisée ? » est, à lui tout seul, le prodigieux résultat d’un mélange des trois modes d’écriture cités plus haut. Une sorte de métissage qui serait parvenu à son expression la plus complexe, la plus riche. Pour définir sa forme on peut hésiter entre galimatias, charabia, borborygmes. S’agissant du fond un seul mot s’impose : salmigondis.

Si l’on comprend bien les auteurs de ce texte, ils sont hostiles au projet gouvernemental d’une Maison de l'Histoire de France. Le projet est en effet suspect car initié par Nicolas Sarkozy en vue, paraît-il, de son éventuelle réélection en 2012. Mais surtout il encoure un reproche beaucoup plus grave qui tient à son appellation : le mot « France » y figure ! Il recèle, toujours si l’on comprend bien (et on a bien compris), des relents de nationalisme, de repli sur soi, de négation de la diversité. L’ombre du Maréchal Pétain avec les « heures les plus sombres de notre histoire » et celle du Front National avec des « heures les plus sombres etc » à venir planent en effet sur le mot qui désigne notre pays. France est aujourd’hui un gros mot !

Subtilité de langage

Il est à proscrire et je subodore que les auteurs du texte n’auraient rien eu à redire si le musée qu’ils décrient avait été baptisé Maison de l’Histoire Plurielle. Ce concept – l’Histoire Plurielle – a ceci de remarquable dans l’esprit de ses inventeurs qu’il permet, selon eux, aux élèves « issus de la diversité » de se libérer, comme les joueurs de foot qui sont leur modèle, des empreintes pesantes du drapeau tricolore et de la Marseillaise. Je n’ignore pas qu’écrivant ceci je cours le risque d’être accusé de vouloir ressusciter les temps anciens de « nos ancêtres les Gaulois ». Il fut en effet une époque naïve quand les petits Arabes, les petits Africains mais aussi les petits Juifs, les petits Polonais, les petits Italiens, les petits Espagnols, devaient ânonner « nos ancêtres les Gaulois ». C’était. Ça n’est plus. Ça ne sera plus.

Parmi ces centaines de milliers de gamins j’en citerai deux dont l’Histoire a retenu les noms : Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire. Deux très grands écrivains de langue française. A l’école ils devaient bien rire quand on leur parlait de leurs "ancêtres gaulois"… En on-t-ils souffert ? Cela les a-t-ils empêché de forger – en français- le concept de négritude ? Les textes de Senghor et de Césaire font honneur à la langue française et à l’Histoire de France : je dis bien Histoire de France et non pas Histoire plurielle. On pourrait souhaiter aux deux auteurs du manifeste contre la Maison de l’Histoire de France d’écrire aussi bien que Senghor et Césaire, deux écrivains d’origine africaine.

Mais j’ai assez dis de mal des signataires de ce triste pensum pour ne pas souligner un aspect très positif de leurs vaticinations. Car tout chez eux, et dans leur texte n’est pas à jeter. En effet, il faut relever qu’ils sont, l’une et l’autre, professeurs d’Histoire. Pas professeurs de français. C’est une excellente nouvelle.

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