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Ne prenez pas trop de décisions à la suite, c'est épuisant pour votre cerveau
Ne prenez pas trop de décisions à la suite, c'est épuisant pour votre cerveau
©Pixabay

Coaching

Muscler sa volonté, mode d'emploi. Leçon N°3 : apprendre à planifier ses décisions

Selon le psychologue Roy Baumeister, la volonté et le processus de décision sont interdépendantes. Elles peuvent être affectées par de nombreux facteurs. Atlantico revient sur l'importance de limiter le nombre de décisions que l'on prend par jour afin de ménager son énergie mentale. Episode numéro trois.

Pour agir, il faut choisir et ce toute la journée. Pantalon noir ou jean ? Aller à droite ou à gauche ? Prendre le bus ou la voiture ? Signer le contrat ou pas ? La vie est une succession de choix qui ne laisse pas indemne notre cerveau. 

Le New York Times s'intéresse de près à cette problématique du "choix à prendre". Dans une grande enquête, John Tierney fait la synthèse de ce qui se passe dans notre cerveau à la fin d'une journée pleine de décisions en s'appuyant sur différentes études. Son article s'intitule "Do you suffer from decision fatigue" (Souffrez-vous de fatigue décisionnelle ?). Il nous rappelle que notre capacité à prendre des décisions est limitée et dépasser ses limites n'est pas sans dommages collatéraux. Le psychologue Roy Baumeister a nommé ce phénomène, celui d'être dépassé par ses décisions, l'"ego depletion" ( épuisemment de l'ego), dans son livre Willpower : Rediscovering The greatest Human. Il s'agit finalement d'une résonnance des hypothèses émises par Freud à ce sujet. Le psychanalyste autrichien établissait l'ego comme l'entité mentale qui contrôle les passions. Concrètement, quand l'ego va mal, il est difficile de ne pas se laisser déborder par ses émotions. 

Une expérience de self-control

Pour appuyer sa théorie, Baumeister a mis au point une expérience originale. Il a montré à deux groupes d’étudiants une série objets provenant d’un supermarché et les a présentés deux par deux (un stylo et une bougie, puis un t-shirt bleu et un noir etc.) à chacun. Les étudiants du premier groupe devaient choisir un des deux objets à chaque fois. Ceux du second se contentaient de donner leur avis sur chacun d'entre eux.

Les deux groupes étaient ensuite soumis à un illustre test de self-control : plonger une main dans l’eau glacée. Le résultat fut éloquent : les ‘décideurs’ retiraient leur main au bout de 27 secondes alors que les seconds tenaient en moyenne 67 secondes. Le second groupe avait gardé plus de capacités de résistance mentale puisqu'il n'avait pas perdu d'énergie à prendre des décisions lors du précédent exercice. 

Des décisions lourdes de conséquences

La fatigue décisionnelle s’applique aussi à des personnes dont le pouvoir a des répercussions sur un individu ou sur un peuple, avec des conséquences gravissimes. Une autre étude menée par Daniel Kahneman, psychologue et économiste israélo-américain, a par exemple montré que cette fatigue influait sur le jugement des juges. En se basant sur 1100 affaires, le lauréat du prix Nobel d’économie 2002 a remarqué que les magistrats se montraient plus attentifs et plus compréhensifs le matin que le soir. Prenez le temps de découvrir l'expérience de celui que l'on appelle "le père de l'économie comportementale". Voici le cas concret :

Trois hommes enfermés dans une prison israélienne ont récemment comparu devant un "parole board", un conseil de libération conditionnelle, composé d'un juge, un criminologue et un travailleur social. Les trois prisonniers avaient terminé au moins les deux tiers de leur peine, mais la commission de libération conditionnelle a accordé la liberté à un seul d'entre eux. Devinez lequel ? Voici ce que leur reprochait la justice : 

Cas 1 (entendu à 08h50): Un Arabe israélien qui purge une peine de 30 mois pour fraude. 

Cas 2 (entendu à 15h10): Un juif israélien qui purge une peine de 16 mois pour voies de fait. 

Cas 3 (entendu à 16h25): Un Arabe israélien qui purge une peine de 30 mois pour fraude. 

Il y avait bien un motif pour les décisions prises par cette commission, mais il n'était nullement lié à la dimension ethnique de ces hommes, ni même à leur crime ou condamnation. C'était bien plus une question de temps qui passe. Les chercheurs l'ont découvert en analysant ces 1 100 décisions données sur un an. Les juges, qui entendent l'appel des détenus, puis qui écoutent ensuite les conseils des autres membres, ont approuvé la libération conditionnelle dans environ un tiers des cas, mais pour autant la probabilité d'être en liberté conditionnelle fluctue tout au long de la journée. Les détenus qui ont comparu au début de la matinée ont reçu une libération conditionnelle dans environ 70% des cas, tandis que ceux qui ont comparu en fin de journée sont libérés sur parole moins de 10% des cas.

Les statistiques étaient plutôt favorables à l'accusé qui a comparu à 08h50 - et il a effectivement reçu une libération conditionnelle. Mais même si l'autre prisonnier israélo-arabe avait la même peine pour le même crime – en l'occurence fraude - les statistiques étaient contre lui quand il est apparu (un autre jour) à 16h25. On lui a refusé la libération conditionnelle, comme ce fut le cas pour le prisonnier juif israélien à 15h10, dont la peine était plus courte que celle de l'homme qui a été libéré. Ils demandaient tout simplement une liberté conditionnelle  au mauvais moment de la journée !

Trop de shopping amenuise la force mentale

Plus léger cette fois. On peut expliquer pourquoi il est si fatigant de faire du shopping ! Les scientifiques ont découvert, lors d'un test mathématique, que les consommateurs qui "ont déjà pris beaucoup de décisions dans les magasins, abandonnent plus vite" leur force mentale. 

En clair, plus vous faites de choix dans la journée, plus votre cerveau aura du mal à gérer de nouvelles informations et il sera donc de plus en plus fatigué. Cependant, selon les scientifiques cités dans le New York Times, il existe des moyens de réduire cette fatigue cérébrale. La première, comme le relaie Slate, est "de prendre des risques, d'agir de façon impulsive sans dépenser de l'énergie pour étudier les différentes possibilités et leurs conséquences". La seconde est "tout simplement de ne plus prendre de décisions, de gagner du temps" même si notre société moderne nous conduit  sans cesse à trancher entre plusieurs options, à devoir prendre LA bonne décision. Pour cela, "Connais-toi toi-même" disait Socrate. Pour Roy Baumeister, la réponse se trouve dans la connaissance du soi : " Même les personnes les plus sages ne font pas les bons choix si elles ne sont pas reposées… Les meilleurs décideurs sont ceux qui savent quand ils ne doivent plus se faire confiance ".

Selon les scientifiques, la phase la plus épuisante du processus de décision est la dernière étape, celle où l'on tranche et  l'on renonce aux autres options. On remarque d'ailleurs que le mot "decide" en anglais et "décider" en français partagent la même racine étymologique que le mot homicide. Ce dernier est d'ailleurs le même en anglais et en français. Il vient du latin "caedere" qui signifie trancher et tuer. A bon entendeur… 

                                                                                                                                                                                                                                                       Arnaud  Boisteau                                                                                                                                                                                        

 

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