Mort sans secours à Epinay : bienvenue dans le quotidien des quartiers qu’on a laissés pourrir (et il n’y a pas que les cités) | Atlantico.fr
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Un enfant de 10 ans résidant à d’Épinay-sur-Seine est décédé dimanche alors que le Samu avait refusé de le prendre en charge.
Un enfant de 10 ans résidant à d’Épinay-sur-Seine est décédé dimanche alors que le Samu avait refusé de le prendre en charge.
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Banlieues, campagnes : mêmes combats

Mort sans secours à Epinay : bienvenue dans le quotidien des quartiers qu’on a laissés pourrir (et il n’y a pas que les cités)

Un enfant de 10 ans résidant dans un quartier sensible d’Épinay-sur-Seine, dans le 93, est décédé alors qui ne le Samu ni le taxi ne voulaient le prendre en charge. Un drame qui est là pour nous rappeler le quotidien parfois difficile de certains habitants de banlieues, confrontés à des problèmes que l'on retrouve parfois aussi en milieu rural.

Vanik Berberian

Vanik Berberian

Président de l'Association des maires ruraux de France et maire de Gargilesse-Dampierre (Indre).

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Reda Didi

Reda Didi

Reda Didi est le délégué général de "Graine de France", un think tank créé en 2009 sur les enjeux que connaissent les quartiers populaires. Il est également enseignant universitaire en dialogue social.

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Achour Maurad Cheurf

Achour Maurad Cheurf est un entrepreneur engagé, spécialise en innovation Social Business. Il est également Chevalier dans l'Ordre de la Légion d'Honneur, Chevalier dans l'Ordre National du Mérite, Médaille d'honneur des Services Bénévoles, Médaille d'or avec Palmes de la Ligue Universelle du Bien Public et Membre du Siècle.

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Atlantico : Un enfant de 10 ans est décédé dimanche aux urgences d'un hôpital de Seine Saint Denis alors que le Samu avait refusé de le prendre en charge et qu'une compagnie de taxi a elle aussi refusé de venir dans le quartier sensible d'Epinay sur Seine où il réside. Un fait qui illustre les difficultés pour certains habitants de banlieues sur divers sujets, notamment concernant l'accès aux soins, aux transports aux services publics.  Quelles sont les difficultés rencontrées quotidiennement par les habitants de ces quartiers que l'on a "laissés pourrir"? Quelle est la part de responsabilités individuelles et dans quelle mesure peut-on considérer que l'Etat a laissé ces situations se dégrader ?

Reda Didi : C’est très représentatif des problèmes que l’on voit dans ces quartiers populaires. Ce sont des problèmes assez récurrents. On a une population qui a le sentiment qu’elle n’est pas traitée de manière égale par rapport à d’autres territoires. Il y a une vraie difficulté à faire venir et à sécuriser des médecins spécialistes et généralistes pour qu’ils s’y installent de manière pérenne. Les habitants ont également l’impression de ne pas avoir de relai politique et font donc appel au "système D", à l'entraide.

Pour les transports, cela dépend des quartiers. La petite couronne à Paris est très bien desservie, mais il y aussi des zones enclavées comme Montfermeil. L’éloignement de ces territoires-là des zones économiques pénalise également l’accès à l’emploi. Là encore, l'entraide permet de mettre en place une sorte de covoiturage entre ceux qui ont une voiture et ceux qui n'en ont pas. Mais il y a aussi un fatalisme, et certains passent trois à quatre heures pour se déplacer. Les statistiques montrent qu’il y a une ségrégation sociale. La méritocratie est très corrélée au statut des parents. Mais au niveau de l’emploi, on constate aussi une discrimination à l’adresse, et certains jeunes, même diplômés et qualifiés ne trouvent pas d’emploi.

Maurad Cheurf : Il faut y avoir vécu pour comprendre ce que signifie le fait de vivre dans des logements qui datent des années 60. Il y a des bâtiments de 10 à 12 étages sans ascenseurs, où vivent des personnes âgées qui ont des problèmes de santé, de hanche, de diabète. Certains ne peuvent pas suivre leurs soins. 

Oui, il y a une responsabilité individuelle. Je crois que toutes les personnes qui laissent leurs enfants sortir le soir ont une certaine responsabilité. Leurs difficultés n’excusent pas que leurs enfants ne rentrent que tôt le matin, c’est certain. Je ne comprends pas que l’on puisse attendre que la police frappe à sa porte pour réagir au niveau de l'éducation de ses enfants ! Quand vous voulez le mieux pour vos eux, il faut les amener très jeune à s’éveiller, à leur faire si possible découvrir un pays étranger et avoir des activités culturelles. 

La culture du travail également pose problème. Comme le chômage est très important, le fait de voir des adultes découragés de trouver un emploi limite cette valeur fondamentale.

Vanik Berberian : En termes de parité et d'égalité des territoires, les différences ne portent pas entre milieu rural et urbain mais entre les zones riches et pauvres. Il y a des grandes disparités sur les territoires, c'est par là qu'il faut regarder. On peut faire des parallèles entre certains départements comme le 93 et certaines zones rurales où il y a des carences.

Jeudi 7 août, la Nouvelle République (le quotidien local, ndlr) évoquait le cas d'un patient habitant à Châteauroux qui a dû faire 30 kms pour trouver un médecin généraliste car il n'en a pas trouvé. En ce qui concerne la mobilité, une famille est obligée d'avoir deux voitures alors que le prix du carburant est élevé. Les zones rurales connaissent des problèmes dans l'accès aux transports en communs. Par exemple, j'habite à 15 km d'une gare, celle d'Argenton-sur-Creuse, où les trains Téoz ne s'arrêtent plus depuis quatre ou cinq ans. Je suis donc obligé d'aller en voiture à Châteauroux et de faire 90 km aller-retour. Un autre problème rencontré concerne l'accès au travail avec là encore de nombreux kilomètres à faire pour aller au travail. Les commerces subissent par ailleurs ce mouvement de désertification rurale avec un développement des grandes surfaces. Cela entraîne notamment la fermeture de boulangeries et d'épiceries.

L'accès aux services publics et aussi un sujet important mais si on prend La Poste par exemple, les choses ont évolué dans le bon sens. La question du service publique sera de toute façon réglée quand il y aura enfin des investissements dans très haut débit. L'accès au très haut débit est un sujet qui créer des grosses différences entre les territoires. Chez moi, je suis au 512 k chez moi et les agriculteurs du coin n'ont pas assez de puissance pour télécharger les imprimés de la PAC.

Parmi les quartiers dégradés et délaissés ne figurent pas uniquement les cités et les zones rurales comme l'ont montré les théses du Géographe Christophe Guilluy. les zones périurbaines ne bénéficient pas de la même attention médiatique, et n'entrent pas dans le dispositif des politiques de la ville. Pour plus d'informations, lire les articles.

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Comment expliquer que malgré les plans banlieues successifs et les milliards injectés, le sort des habitants ne soit pas améliorer ?

Maurad Cheurf : On n’a jamais abordé les problèmes des quartiers populaires avec une échéance à 10 ou 20 ans. On est sur du temps politique, au maximum le temps d’un quinquennat. Le seul qui à un moment donné a amorcé quelque chose de pertinent, c’est Jean-Louis Borloo avec son "plan Marshall". L’une des régions qui crée le plus d’entreprise et d’emploi, c’est la région Ile de France, et notamment le département du 93. On a donc aujourd’hui dans ce département un potentiel important, et qui pourrait ramener quelques points de PIB au pays. Mais le fait de laisser ces personnes évoluer dans des territoires où ils partagent des difficultés sociales, intellectuelles, éducatives ne fait qu'ajouter aux problèmes que l'on constate.

Le ministère du Logement est depuis 2012 appelé ministère de l'Egalité des territoires. Les problèmes rencontrés par les habitants des territoires ruraux sont-ils suffisamment pris en compte par ce ministère ?

Vanik Berberian : Personne ne parle de la ruralité au gouvernement. Au début, on pouvait penser que l'appellation de ministère du Logement et de l'Egalité des territoires était une bonne chose avec une approche transversale, ce n'était pas sot. Sauf qu'en fait il ne s'est rien passé. Le logement a pris rapidement le dessus sur l'égalité des territoires.

C'est un ministère fantôme. L'intitulé du ministère a changé lors du dernier remaniement et on a inversé l'ordre des termes. Cela créer un sentiment d'exclusion, les ruraux ont le sentiment d'être au banc de la société. Le débat du moment sur la suppression des conseils généraux le prouve et le maintien des départements n'est pas gagné. On a un prisme de fonctionnement qui ne raisonne que par rapport à la population urbaine même si à l'automne prochain se dérouleront des Assises de la ruralité qui est toutefois une prise de conscience. On ne se donne pas les moyens de faire que les choses changent radicalement et je suis inquiet de l'arrivée de ce nouveau concept de l'hyper ruralité, c’est-à-dire de concentrer des efforts sur des zones complètement isolées, du coup on va oublier tout le reste. L'annonce par le gouvernement en avril de consacrer une enveloppe de 600 millions sur la période 2014-2020 dans la nouvelle carte des quartiers prioritaires de la politique de la ville avec certains quartiers situés en pleine zone rurale à Foix et Pamiers (Ariège) ou Guéret (Creuse) va dans le bon sens mais pourquoi faut-il attendre d'être dans des situations pareilles pour avoir ça ?

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