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Le monastère est-il une prison ?
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Spiritualité

Le monastère est-il une prison ?

Les moines demeurent des personnes peu connues du grand public. Pour Atlantico, Charles Wright nous livre un extrait de son entretien avec Dom Michel Pascal, abbé émérite du monastère bénédictin de Ganagobie, tiré du livre " A quoi servent les moines ?" Editions François Bourin. Episode 3.

Michel  Pascal Charles Wright

Michel Pascal Charles Wright

Michel Pascal est l’abbé du monastère bénédictin de Ganagobie (Alpes de Haute-Provence). Il est moine depuis cinquante ans. 

Charles Wright travaille dans l'édition. Il est l'auteur de A quoi servent les moines ?

 

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Les monastères sont parfois comparés à des lieux d’enfermement et les moines à des prisonniers (…). Alors, mon père, est-ce qu’il existe un lien entre une prison et un monastère, entre un enfermement punitif et un enfermement volontaire à finalité spirituelle?

Ce que je puis dire, déjà, c’est que c’est une vue de l’extérieur : de l’extérieur, tout monastère paraît être une prison, avec ses grands murs et sa porte étroite, qui est gardée – en tout cas qui n’est pas franchie facilement. Voilà l’idée reçue. Mais qu’en est-il dans l’état d’esprit de ceux qui vivent à l’intérieur ? Si j’en réfère à mon expérience personnelle, pas une fois en cinquante ans je n’ai été effleuré par le sentiment d’être enfermé. Pourtant, avant d’entrer au monastère, j’étais quelqu’un de libre et de vivant : j’aimais courir, monter aux arbres, escalader les montagnes, faire du ski, danser…

(…) Pourquoi cette idée que la vie monastique relève d’une incarcération ne m’a-t-elle jamais traversé l’esprit ? Parce qu’au contraire, j’y reçois les instruments d’une véritable libération, les instruments pour avancer sur le chemin sur lequel je me suis mis librement en route. Ces moyens me sont donnés pour vivre cette recherche, pour embrasser cette forme de vie qui n’est pas une vie de béatitude : elle est très réelle, très incarnée. Et nous restons des hommes jusqu’au dernier souffle de notre vie ici-bas. Mais vraiment, il y a une libération qui s’opère, un certain détachement de ce qui n’est pas nécessaire. L’important n’est plus de décider par soi-même de faire ceci ou cela, d’aller au cinéma, de se lancer dans telle ou telle activité. Non, nous nous insérons dans un grand mouvement qui nous porte vers l’essentiel : vers Dieu. C’est là encore un aspect absolument paradoxal de notre vie. Ces paradoxes nous constituent et c’est à travers eux que, cahin-caha, nous avançons sur ce chemin.


(…) Finalement, à vous entendre, c’est nous, à l’extérieur, qui sommes en prison, et vous, enfermés entre quatre murs, qui êtes libres ?

D’une certaine façon, oui (sourire). Cela me rappelle une blague lue dans un magazine qui montrait des animaux dans un zoo. De sa cage, un lion majestueux regardait les visiteurs défiler. Et ce lion captif disait à la lionne : « Quand même, ils n’ont pas l’air très heureux, tous ces gens… » (rires.)

L'image de la prison a donc ses limites : vous pouvez quitter le monastère quand vous voulez et surtout vous y êtes entrés librement, vous êtes des prisonniers volontaires (rires). Étrangement, poursuivez-vous, tous ces renoncements vous donnent la vraie liberté. C’est cela qu’on a du mal à comprendre, sans doute parce que nous n’avons pas la même conception de la liberté. La vôtre paraît paradoxale : s’enfermer entre quatre murs et vivre sous la dictée d’une règle. Comment cette règle qui édicte toute une série de contraintes peut-elle être un chemin de liberté ? Pour nous, la liberté consiste à s’abstraire des contraintes ; pour vous, elle tient précisément dans le fait de se contraindre.

Oui, parce que la vraie liberté est dans l’obéissance. S’il n’y a pas l’obéissance, s’il n’y a pas un choix libre de vivre cela, alors il n’y a pas de chemin de liberté, de libération : nous restons soumis à nos passions. Nos passions nous enchaînent. Tu n’as qu’à regarder dans la vie : on peut être enchaîné par le tabac, la drogue, la télé, le sexe, l’argent, le pouvoir. On devient de véritables esclaves. C’est vraiment le pain quotidien du monde extérieur. Toutes ces choses donnent l’illusion d’une libération. Par exemple, à la télévision, vous avez le choix entre plus de trois cents chaînes aujourd’hui. Nous, nous faisons un choix radical : pas de télé. Nous sommes dans la vraie liberté, nous ne nous soumettons pas.

Extrait de "A quoi servent les moines ? Dialogue entre un jeune homme et un homme de Dieu", Bourin Editeur, 14 avril 2011.


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