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Météo : le coup de chaud des ces derniers jours n’a pas que des effets négatifs... en voici la preuve
©Reuters

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Météo : le coup de chaud des ces derniers jours n’a pas que des effets négatifs... en voici la preuve

Les températures de ce mois de décembre sont exceptionnelles, battant tous les records historiques en France. Un phénomène qui a des conséquences sur la faune et la flore, mais également sur nous. Et pas que des mauvaises conséquences, bien au contraire...

Frédéric Decker

Frédéric Decker

Météorologue - Climatologue à MeteoNews et Lameteo.org

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Atlantico : Depuis le mois d'octobre en France, on peut dire que les températures sont très douces pour la saison, surtout en cette période de fin d'année. Qu'est-ce qui explique ce phénomène ? Est-ce une tendance qui va se poursuivre dans les semaines et mois à venir ? 

Frédéric DeckerLa douceur s'est installée à partir des derniers jours d'octobre jusqu'à aujourd'hui en allant crescendo, avec des records de chaleur début novembre et mi-décembre, et surtout un mois de décembre qui explose tous les records historiques en France en température moyenne. Avec une moyenne nationale de 10,2 degrés (du 1er au 28), décembre 2015 bat l'ancien record de décembre 2000 de près de 2 degrés (8,3 degrés cette année-là). En prenant en compte les relevés parisiens les plus anciens remontant à 1658, le mois de décembre 1681, le plus chaud jusqu'ici avec 8,8 degrés, est également pulvérisé avec 10,0 degrés dans la capitale en ce mois de décembre 2015 !

La récurrence de conditions anticycloniques cette année explique en grande partie cet excédent thermique remarquable, notamment en avril, de juin à août et en novembre-décembre. On peut aussi plus ou moins lier ces blocages et cette chaleur fréquente au phénomène El Niño qui réchauffe anormalement les eaux de surface du Pacifique équatorial.

Statistiquement, après une fin d'année aussi chaude, janvier restera doux dans 83% des cas et février dans 54% des cas. En revanche, avec la fin d'El Niño au printemps prochain, on peut s'attendre à une dégradation et un refroidissement notable en France et en Europe de l'Ouest, avec du froid et beaucoup de pluie. Etant donné l'échéance lointaine, la fiabilité de cette tendance n'est toutefois que de 60%.

La France est-elle concernée ou bien le phénomène est-il observable en cette période à l'échelle de la planète ? 

Le phénomène El Niño booste la chaleur à l'échelon mondial. L'année 2015 va d'ailleurs battre le record de chaleur planétaire établi l'an dernier.Ce ne sera pas le cas toutefois en France puisque les années 2014, 2011 et 2003 resteront légèrement au-dessus de 2015. Janvier, février et le début d'automne ont quelque peu tiré la moyenne thermique vers le bas chez nous.

Autour de Noël, la douceur ou chaleur était quasiment généralisée : 14 degrés à Lille, 6 degrés à Moscou, 2 degrés à Rovaniemi (le village du Père-Noël), 16 degrés à Tokyo,17 degrés à Montréal, 21 degrés à New York etc... Il est assez rare d'atteindre des pics de chaleur sur de si grandes étendues. Un retour à la normale s'opère toutefois depuis avec un temps plus froid en Russie et au Québec notamment.

Quelles sont les conséquences de ce coup de chaud en France sur le cycle naturel des cultures de fruits et légumes, et sur la flore d'une manière plus générale ? 

Décembre 2015 est plus chaud qu'un mois de novembre ou un mois de mars "classique". Et logiquement, avec de telles températures, de nombreux végétaux se sont réveillés. Principalement des vivaces, qui ne craindront donc pas une éventuelle vague de froid.

Dans les Vosges, les renoncules fleurissent, les alisiers débourrent, les chatons des frênes sont en pleine forme… En Bretagne, on cueille des fraises qui parviennent à maturité autour de Noël. Les jonquilles et autres fleurs de jardins sont déjà de sortie. C'est le type d'événement qui se produisait parfois durant l'optimum médiéval, il y a 800 à 1 000 ans, lors d'un réchauffement temporaire du climat européen, qui voyait une succession de saisons douces à chaudes, notamment entre l'an 800 et 1300.

Dans les champs, les blés sont déjà levés. Un gros coup de gel risque de tout griller dans les semaines à venir. Car si la tendance est à la douceur, elle peut cacher un bref mais sévère coup de froid. Dans ce cas, il faudra tout redémarrer à zéro pour les agriculteurs...

En Bretagne, les choux-fleurs en surproduction envahissent les entrepôts. Et comme la demande ne suit pas, des pertes seront inévitables.

Qu'en est-il des conséquences également sur la faune, et notamment sur les parcours migratoires de certaines espèces ? 

Certains oiseaux n'ont pas migré. On signale notamment l'absence de canards siffleurs, des fuligules nyroca, du pinson du Nord, du tarin des aulnes, ou encore du sizerin, également des grèbes à cou noir restés plus au Nord à l'heure actuelle sous les températures encore élevées jusqu'en Scandinavie.

On constate, au contraire, la présence par exemple de balbuzards pêcheurs qui auraient dû descendre vers le Sud. La douceur inhabituelle persistante retarde la migration de nombreuses espèces. Toutefois, ces oiseaux s'adapteront et migreront sans mal dès les premiers véritables frimas... s'ils arrivent.

On observe d'autre part la présence d'abeilles dans de nombreuses régions. Elles devraient hiberner normalement à cette période de l'année. Plus embêtant : les moustiques restent nombreux.

La période hivernale est caractérisée par certaines épidémies comme la grippe. Avec la hausse des températures que nous connaissons actuellement, assistons-nous à un recul de ces épidémies connotées "hivernales" ? Plus généralement, quels effets ce "coup de chaud" a sur les individus ? 

Contrairement aux idées reçues, la douceur ne favorise pas les grippes, rhumes et autres gastro-entérites. Bien au contraire ! La douceur aidant, les microbes sont aussi bien dehors que dans les habitations, du coup en faible concentration. C'est en cas de froid que les choses se gâtent : les microbes se réfugient au chaud comme nous, dans des concentrations beaucoup plus fortes. Le facteur épidémique est alors démultiplié. Et plus il fait froid, pire c'est. Toutes les grandes épidémies qui ont frappé l'Europe dans le passé se sont produites durant des hivers très froids, voire glaciaux.

La santé des Français va plutôt bien en cette fin d'année. Après des rhumes et grippes précoces en octobre alors qu'un froid humide enveloppait la France, ces maladies sont en recul. Qui plus est, malgré un contexte difficile ces dernières semaines suite aux attentats, le soleil et la douceur ont nettement remonté le moral des Français qui profitent de ces conditions inhabituelles. Hormis ceux qui attendaient la neige dans les stations de ski qui doivent s'occuper en dehors des pistes.

On a généralement tendance à considérer les conséquences négatives de ce type de phénomène. N'y en a-t-il tout de même pas de positives ? 

Chaque médaille a son revers. Outre un moral et une santé en forme pour cette période de l'année, la consommation électrique est faible. Les chauffages sont au minimum, voire éteints. Cela se retrouvera dans les factures d'électricité, tirées vers le bas par notre climat actuel, et donc des économies pour nos portefeuilles. Cela a le mérite d'être très positif ! Et si les stations de ski ne font pas le plein, c'est l'inverse sur les côtes où le tourisme est en hausse avec davantage de réservations qu'habituellement en période de fêtes de fin d'année. Les gens sortent plus et... dépensent plus lorsqu'il fait doux, au contraire d'un hiver froid qui oblige la majeure partie des Français à se calfeutrer chez eux au chaud. Conséquences : hausse des ventes dans de nombreux domaines (restauration, cinéma, grande distribution etc...). 

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