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Metallica au Stade de France vu par un nostalgique du bon vieux hard-rock
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Master of Nostalgy

Metallica au Stade de France vu par un nostalgique du bon vieux hard-rock

Metallica n'a pas sorti un album digne de lui depuis 20 ans, mais cela ne l'a pas empêché de remplir le Stade de France en 48h, pour le concert de samedi. Son rock est devenu vieux et fonctionne aujourd'hui davantage à la nostalgie qu'à la créativité. Sad but true…

Arnaud Dassier

Arnaud Dassier

Arnaud Dassier est entrepreneur, actif en Ukraine depuis 2006, ancien élève du DEA d’études russes de Sciences Po, et marié à une femme d’origine ukrainienne.

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Printemps 1984. J'ai 15 ans. En attendant son lancement, la nouvelle chaîne Canal + passe des clips toute la journée que je regarde avec avidité en rentrant de l'école. Fini le club Dorothée, place à Mickael Jackson, Madonna, Lionel Ritchie et les Scorpions -et je ne parle pas de Still loving you...- : "Here I am, rock you like a hurricane !". Révélation. Je découvre le hard rock, dans sa version la plus mélodique. Je deviens fan.

C'est en feuilletant Hard Rock Magazine que je découvre l'existence de Metallica. Ils occupent 2 places sur 5 au top du classement des lecteurs avec leurs deux premiers albums, « Kill'em all » publié l'année précédente et « Ride the lightning » qui vient de sortir. A cette époque bénie les groupes sortaient un album par an... Devant le bac de cassettes (pour les plus jeunes, une cassette est un petit objet en plastique de forme rectangulaire contenant une bande magnétique), j'hésite...  Le nom du groupe, un look basique de petites frappes de banlieue, les titres et le design violents des albums (« Kill'em all », sang, chaise électrique...), tout çà me paraît trop extrême. Je n'ai pas entendu leur musique. Ils ne passent jamais à la TV, ni à la radio, Internet n'existe pas... Pourtant, après quelques semaines d'atermoiements (on parle de mon argent de poche !), je me jette à l'eau en faisant confiance aux lecteurs. C'est LE groupe qui fait le buzz.

J'achète « Kill'em all » à la Fnac. Première écoute sur mon magnéto. Et là c'est le choc. Je ne comprends rien à ce qu'il se passe. Quelle est cette horreur ?! Une incessante cavalcade hystérique de guitares métalliques saturées et « speedées » avec un type à la voix monocorde et éraillée qui braille par dessus. Pas l'ombre du début d'une mélodie à mes oreilles non initiées. Ca n'a pas de sens. Comment peut-on apprécier cela ? Mes oreilles saignent. Elles viennent d'être passées à la rappe à fromage. Mon portefeuille pleure. Je suis dégoûté. J'ai gaspillé 40 précieux francs (prix réel à confirmer !). Metallica vient d'inventer le Trash Metal, nom approprié car après ma première écoute, le seul destin que j'entrevois pour cette cassette de bruit insupportable, c'est la poubelle !

Heureusement « Ride the lightning », un peu moins radical et rapide, plus varié et « mélodique », me réconciliera rapidement avec Metallica. Plus tard, en écoutant « Kill'em all », je me demanderai comment j'ai pu être aussi choqué par cette musique. D'autres groupes, d'autres styles, encore plus radicaux, font passer aujourd'hui le Trash Metal pour une musique gentillette.

L'oreille a besoin d'éducation

Question de temps et de persévérance. Il ne faut pas se contenter d'une seule écoute pour juger d'une musique. Je dis ça pour les esthètes qui pensent que Johnny Hallyday fait du rock.

Mon initiation auditive faite, Metallica deviendra un de mes groupes préférés, comme pour tous les Metalhead de l'époque. Ils innovent dans tous les domaines. Ils inventent un nouveau genre de musique, radical, sans concession, ultra lourd, ultra puissant, ultra efficace. Leurs chansons sont géniales et généreuses. Rien à jeter. Ils sont les premiers à écrire des morceaux longs, de 5 à 7 minutes, qui contiennent en moyenne 5 à 10 riffs successifs par chanson (là ou les groupes de rock se contentaient de 2 ou 3). C'est la fête !

Mais il n'y pas que la musique, ils adoptent aussi une attitude nouvelle. Ce sont les punks du Heavy Metal. Aucune concession au marketing. On peut compter les boutons d'acnée sur le visage mi-poupin mi-viking de James Hetfield. Ils ont un look basique de simples fans : baskets, jeans, vestes en cuir. Aucune couleur flashy, aucune recherche stylistique, pas de coiffures et de maquillage efféminés comme c'était la mode dans les années 80. Ils ne font pas de clip, ce qui est carrément étrange pour l'époque. Leur succès ne s'appuie que sur le bouche-à-oreille et les magazines spécialisés. Ils sont la fierté et les représentants ultimes de la secte obscure et méprisée des Hard rockeurs. Tout cela leur donne un côté radical et mystérieux. Les fans se sentent proches d'eux. Ils sont adulés.

En 1986, ils sortent « Master of Puppets ». Beaucoup estiment que c'est leur meilleur album. Personnellement, je préfère les deux premiers mais on reste clairement dans le domaine du chef d'oeuvre. Le 5 février 1987, j'ai l'opportunité de les voir pour la première fois en concert au Zénith. Le cimetière rougeoyant en fonds de scène, l'introduction grandiose avec la musique de « Le Bon, la Brute et le Truand » d'Ennio Morricone, puis une impitoyable suite de titres plus géniaux et implacables les uns que les autres, magnifiés par le son concentré et la proximité physique du Zénith. James Hetfield écarte les jambes et penche la tête pour hurler dans son micro. La fosse est l'image vivante des mots anarchie et hystérie. Je ne le sais pas, mais j'assiste à l'apogée de Metallica et à l'un des meilleurs concerts de ma vie.

Par la suite, j'assisterai à tous les concerts des années 90 : 1990, 1992, 1996 et 1997 à Bercy. Metallica est devenu un groupe majeur dans le monde du Hard Rock. Le concert de 1990, qui suit la sortie de l'album à moitié réussi « And Justice for all... », est particulièrement impressionnant. Metallica est un des rares groupes qui arrive à faire vibrer la totalité du public de Bercy (dans cette trop grande salle au son médiocre, la moitié la plus éloignée de la scène a du mal à rentrer dans l'ambiance). C'est l'unique fois de ma vie ou j'ai vu 6 mosh pits (!) se constituer en même temps dans l'immense fosse de Bercy.

Beaucoup de ceux qui se rendront au Stade de France samedi ont découvert Metallica en 1991, avec le fameux Black album qui leur a apporté un succès mondial (30 millions d'exemplaires vendus) et en a fait un groupe mainstream. Cet album inégal au style plus rock et commercial contient néanmoins 4 titres géniaux qui feront découvrir le Heavy Metal au grand public. Avec cet album, et celui des Gun's'Roses, le Hard Rock sort du getho et devient même à la mode. Les jeunes s'habillent en bottes, jean et cuir. On entend leurs titres en boite de nuit et dans les soirées étudiantes. Je regrette un peu le Metallica du début mais je ne boude pas mon plaisir devant leur succès populaire.

Quatre années de tournée triomphale passent et là... c'est le drame ! Les Metallica réapparaissent métamorphosés à l'occasion d'un nouvel album. Nouveau logo dont les aspérités disparaissent, coupes de cheveux de minets, clip esthétisant ridicule, musique calibrée pour les radios qui a perdu l'essentiel de sa puissance et de son inspiration. Ils sont devenus un groupe de Hard Rock à minettes, apparemment prêt à toutes les compromissions marketing pour amplifier son succès grand public. Ils invitent même Marianne Faithfull à venir chevrotter de manière grotesque sur un de leurs titres. Plus tard, ils iront jusqu'à déballer leurs dissensions internes et leurs problèmes psychologiques de pauvres petites stars riches dans un DVD pour faire du fric et relancer l'intérêt (beurk!). Avec un certain succès d'ailleurs. Ils vont jusqu'à prendre la tête du mouvement anti-Napster pour défendre leurs business. Le grand écart est total avec la démarche initiale du groupe. Beaucoup de fans se sentent trahis.

Depuis Metallica enchaîne lentement des albums de plus en plus médiocres. Le summum est atteint avec Lulu, collaboration improbable et totalement ratée avec Lou Reed. Comment un groupe aussi génial a pu tomber si bas en matière d'inspiration ? C'est le mystère de la création. Peut-on rester réellement créatif quand on devient mainstream ? La question est posée.

Restent les concerts pour permettre aux vieux fans de communier autour d'un répertoire exceptionnel et de leur jeunesse perdue, en compagnie de leurs enfants. Le temple de ce business de la nostalgie musicale est le Stade de France. Payer 50 à 90 euros pour voir un groupe de lilliputiens sur écran géant et tendre l'oreille pour entendre une musique massacrée par un son ronflant et tournant en fonction du vent ne me motive pas plus que cela. Je préfère de loin me rendre au Bataclan assister à des concerts de groupes oubliés, aussi vieux que Metallica, mais qui n'ont pas perdu leur créativité sur l'autel du succès mondial, des majors et du marketing. Je ne veux pas alimenter ce Monstre. Je préfère me souvenir du Zénith de 1987. Vous me raconterez.

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