Mehdi Aifa : « La gauche a lâchement déserté la question de l’homophobie dans l’islam pour des raisons électorales, la droite tend à l’instrumentaliser » | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Société
La journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie est célébrée en ce 17 mai.
La journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie est célébrée en ce 17 mai.
©SAUL LOEB / AFP

Journée mondiale

Mehdi Aifa : « La gauche a lâchement déserté la question de l’homophobie dans l’islam pour des raisons électorales, la droite tend à l’instrumentaliser »

La journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie est célébrée en ce mardi 17 mai.

Mehdi Aifa

Mehdi Aifa

Mehdi Aifa est militant LGBT, ancien président de l'Amicale des jeunes du Refuge.

Voir la bio »

Atlantico : Samedi dernier, Idrissa Gueye, joueur du PSG, a refusé de chausser ses crampons pour ne pas porter un drapeau arborant les couleurs arc en ciel dans le cadre de la journée de lutte contre l’homophobie. Selon Le Parisien, ce refus serait motivé par ses convictions religieuses. Dans quelle mesure la pratique religieuse du joueur jouerait-elle sur son homophobie ? Est-ce un problème plus vaste que ce simple cas particulier ?

Mehdi Aifa : L’homophobie dans le monde du foot est un secret de polichinelle. Le problème est bien plus vaste qu’il n’y paraît. Ce refus, motivé par des convictions religieuses, n'est pas le premier. L’année dernière à la même date et pour la même journée de commémoration, Idrissa Gana Gueye et Adbou Diallo - deux joueurs musulmans - se sont déclarés forfaits pour la rencontre contre Reims, prétextant pour le premier, une gastro.

L’islam, que cela soit dans le Coran ou les Hadiths, condamne sévèrement l’homosexualité. D’une manière générale, les musulmans perçoivent l’homosexualité comme une déviance. Cette réprobation s’exprime par le rejet et le refus de s’associer avec une pratique que leur religion désapprouve et réprime. A titre d’exemple, en 2009, une équipe de foot de Créteil devait jouer avec une équipe composée de joueurs homosexuels, la veille du match, le Paris Foot Gay reçoit un mail du club de Créteil, les joueurs de l’équipe adverse, à majorité musulmane refusent par conviction religieuse d’être associé à de telles pratiques  :  « Désolé, mais par rapport au nom de votre équipe et conformément aux principes de notre équipe, qui est une équipe de musulmans pratiquants, nous ne pouvons jouer contre vous, nos convictions sont de loin plus importantes qu'un simple match de foot, encore une fois excusez-nous de vous avoir prévenus si tard ».

À Lire Aussi

Agressions homophobes : mais pourquoi oublie-t-on si souvent de parler du profil des agresseurs ?

Malheureusement, les exemples de ce type et les dérapages homophobes dans les stades ou sur le terrain ne manquent pas. Nous sommes donc bien face à un problème plus large qu'à un simple cas particulier.

A quel point l’homophobie et la condamnation légale de l’homosexualité demeurent-t-elles la norme dans les pays du monde arabe et musulman ? Qu’en est-il dans la communauté musulmane au sens large ?

Tous les pays du monde arabe et musulman criminalisent l’homosexualité. Les seuls pays (12) qui condamnent encore les homosexuels à la peine de mort sont tous du monde arabe et musulman. L’opinion publique dans ces pays est largement en faveur de ces lois. D’une manière générale la communauté musulmane ou plutôt la population musulmane reprouve l’homosexualité et trouve normal de punir, parfois à la peine de mort, les personnes homosexuelles. En France, un sondage IFOP repris dans le magazine Marianne montre que 60% des musulmans partagent l’avis que l’homosexualité est une malade ou une perversion sexuelle. Il y a donc ailleurs comme en France, un rejet massif de l’homosexualité et cela se traduit, en France, par des agressions homophobes trop souvent du fait de personnes issues de l’immigration et de confession musulmane. La presse s’en faisant régulièrement l’écho.

Y-a-t-il en France, une difficulté d’une certaine partie de la classe politique à reconnaître l’homophobie chez les personnes de culture musulmane ?

Oui. La gauche a lâchement déserté cette question et ce, pour des raisons communautaristes et électorales. On n’attaque pas la main qui vous nourrit. Elle a donc laissé le champ libre à la droite qui s’empare et instrumentalise ce sujet. La gauche refait son apparition uniquement pour fustiger une droite qui instrumentalise et qui stigmatiserait des personnes musulmanes. Elle sort de sa léthargie uniquement pour dénoncer des récupérations opportunistes et attaque ceux qui ont fait écho, elle ne dénonce jamais l’origine du problème.

Pourquoi une partie de la gauche refuse de s’emparer de ces sujets ?

Par lâcheté, par crainte de « faire le jeu de l’extrême-droite », par calcul politicien ou par souci de préserver un électorat. Le communautarisme c’est l’assurance vie de la gauche. Cette gauche se sert des quartiers populaires, des personnes issues de l’immigration et des musulmans comme d’une rente, d’un viager rentable. Ne pas s’emparer de ces sujets c’est s’assurer de ne pas déranger un vivier rentable et juteux. Quand on surf sur la victimisation comme le fait la gauche depuis des décennies, on ne prend pas le risque de rater les prochaines vagues, encore moins en période électorale.

À Lire Aussi

Noisiel : cachez-moi cette homophobie des quartiers sensibles que je ne veux surtout pas voir

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !