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Méga climatiseur : les solutions techniques pour lutter contre le réchauffement climatique auxquelles on s'interdit de recourir
©Reuters

Soyons ambitieux

Méga climatiseur : les solutions techniques pour lutter contre le réchauffement climatique auxquelles on s'interdit de recourir

Si l'homme peut réchauffer la planète autant qu'on le dit par sa technologie, il peut aussi la refroidir. C'est cette théorie surprenante mais pleine de sens que défendent de plus en plus de géo-ingénieurs.

Christian Gollier

Christian Gollier

Christian Gollier est économiste à la Toulouse School of Economics et co-auteur des 4e et 5e rapports du GIEC.

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Atlantico : En 2006, le météorologue néerlandais Paul Crutzen avait brisé un tabou en affirmant publiquement que si les humains ont le pouvoir de réchauffer la planète, alors ils ont aussi le pouvoir de la refroidir. Un certain nombre de "géo-ingénieurs", comme le physicien canadien David Keith, préconisent aujourd'hui la prise de contrôle du climat pour tenter de ralentir le réchauffement de la planète. Existe-t-il des solutions techniques pour refroidir la Terre ? Lesquelles ?

Christian Gollier : S'il n’existe pas à ce jour de solution démontrée, beaucoup de projets existent sur le papier, de l’épandage d’aérosols soufrés dans l’atmosphère à l’installation de panneaux de réflexion des rayons du soleil dans la haute atmosphère terrestre, en passant par la modification de la chimie des océans pour en augmenter la capacité de stockage du carbone. Tout cela est fort intéressant, et certains projets pourraient être mis en œuvre pour un coût tout à fait modique par rapport aux dommages probablement colossaux de l’inaction.  

La mise en œuvre de ses techniques soulèvent-elles des questions éthiques ? Faut-il s'interdire d' y recourir ? Pourquoi ?

Je n’ai personnellement pas en tête d’interdit moraux a priori dans ce domaine. De tout temps, l’homme a agi sur son environnement pour l’améliorer à son avantage. Ceci étant dit, il faut y réfléchir à deux fois. Certains projets pourraient avoir des conséquences irréversibles, ce qui justifie de faire appel au principe de précaution. C’est particulièrement vrai dans ce domaine où il est en pratique impossible de faire des expériences « en miniature » en laboratoire avant une mise en œuvre au niveau de la planète entière. La vérité scientifique est particulièrement inexistante dans ce domaine.

Quels pourraient être les effets bénéfiques et les effets pervers de telles techniques ?

Ils sont très difficiles à mesurer, voire même à prévoir. Mais ce qui rend attractif ce type d’approche, c’est la faiblesse des coûts de mise en œuvre. Répandre des aérosols à grande échelle dans l’atmosphère pourrait être très efficace et très peu coûteux, par rapport aux énormes coûts de réduction des émissions de CO2, ou au coût des dommages. Mais néanmoins, on est sûr à ce jour ni de l’efficacité, ni des coûts, ni des effets secondaires.

Ces solutions permettrait-elles de gagner du temps pour limiter les émissions de carbone ou apparaîtraient-elles comme une incitation à polluer ?

Vous mettez là le doigt sur le point essentiel. Parler d’ingénierie climatique, c’est éliminer la pression sur les États pour qu’ils réduisent leurs émissions. A quoi bon sacrifier le bien-être de la génération présente, qui souffre déjà d’une récession historique, si la génération suivante pourra régler le problème à faible coût ? De toutes façons, il apparaît de plus en plus clairement aujourd’hui que jamais le concert des Nations ne se mettra d’accord sur un plan cohérent, efficace et crédible de réduction des émissions. Il ne reste donc qu’à croiser les doigts en espérant que les ingénieurs nous éviterons l’Armageddon annoncé. Rien n’est moins sûr, hélas. On joue le destin du monde aux dés.

 

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