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Mauvaise nouvelle pour la relance : cette guerre des nerfs qui pourrait affaiblir les efforts de la BCE pour soutenir l’économie
Mauvaise nouvelle pour la relance : cette guerre des nerfs qui pourrait affaiblir les efforts de la BCE pour soutenir l’économie
©Boris Roessler / POOL / AFP

Target2

Mauvaise nouvelle pour la relance : cette guerre des nerfs qui pourrait affaiblir les efforts de la BCE pour soutenir l’économie

Christine Lagarde a réaffirmé la détermination de la BCE dans un entretien accordé à Bloomberg. La présidente de la Banque centrale européenne a tenu à envoyer un message clair. Elle est prête à utiliser tous les outils dont elle dispose pour contrer une hausse injustifiée des taux. Elle souhaite également que les Etats européens mettent en œuvre rapidement le plan de relance.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

Voir la bio »

Atlantico : Christine Lagarde a indiqué que la Banque Centrale Européenne allait augmenter "significativement" ses achats d'obligations pour mettre fin à un resserrement injustifié des conditions et que cette décision faisait l'objet d'un consensus total au sein du conseil des gouverneurs. Les dirigeants sont-ils vraiment d’accord sur ce point ? Les pays ont-ils tous les mêmes intérêts à ce sujet ?

Jean-Paul Betbeze :Christine Lagarde persiste et signe : elle veut « recalibrer », autrement dit augmenter ses achats de bons du trésor (quantitative easing), au moment même où l’opposition allemande d’extrême droite poursuit la BCE et la BUBA en justice à la Cour fédérale de Karlsruhe les accusant d’alimenter un endettement excessif de l’Allemagne et de subventionner, en fait, l’Italie ou l’Espagne. Christine Lagarde le fait, parce qu’elle constate que la reprise est lente et compliquée, alors que la Chine, depuis un an, n’a que décéléré avec la pandémie et que la reprise américaine est forte. On vient de le voir aux Etats-Unis avec les chiffres sur l’emploi (517 000 en plus en mars, un peu au-dessous de la prévision moyenne de 550 000, mais le plus fort chiffre depuis 6 mois), plus les programmes de soutien à la demande (1 900 milliards de dollars) et désormais aux infrastructures (on évoque 3 000 autres milliards sur huit ans), ce qui fait monter les taux longs américains à 1,73%.

Pas de surprise donc si, dans sa dernière conférence de presse, le 11 mars, Christine Lagarde note : « ces augmentations des taux de marché, si elles sont fortes et durables et ne sont pas maîtrisées, pourraient se traduire par un resserrement prématuré des conditions de financement pour tous les secteurs de l’économie. Une telle évolution n’est pas souhaitable. » Donc la BCE va au moins poursuivre sa stratégie pendant un an. Bien sûr, il y a des questions, notamment allemandes, même si les dernières décisions ont été prises à l’unanimité. On peut s’attendre à de nouvelles tensions devant la dernière évaluation de l’inflation en zone euro à 1,3% mais les autorités diront que c’est transitoire, tout le monde voyant ce qui se passe sur le front de la pandémie où les règles budgétaires sont de plus en plus oubliées, y compris en Allemagne.

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Donc il y a des divergences, mais surtout en Allemagne avec l’extrême-droite, qui vient aussi de bloquer le programme européen de 950 milliards d’euros, mais ceci est d’autant plus limité que le front sanitaire inquiète partout.

Qu’est ce que Target2 et comment est-il utilisé par les institutions européennes ? Est-ce cela qui fait dissensus

Jean-Paul Betbeze : Target 2 représente les déséquilibres entre les banques centrales de la zone euro. Normalement, si les banques se faisaient plus confiance, si les pays riches du nord investissaient ou dépensaient au sud, ils n’existeraient pas. Mais tel n’est pas le cas depuis 2011-2012 avec les crises grecque, portugaise et espagnole. Le whatever it takes de Mario Draghi a réduit les tensions, alimentées  en outre avec la crise de 2007-2008 aux États-Unis et ses conséquences.

C’est alors surtout que vient le quantitative easing, pour apaiser les tensions, mais il se trouve que les milliards d’euros créés par la BCE pour acheter les bons du trésor de tous les pays, notamment Italie et Espagne sont réinvestis au nord, Allemagne, Pays-Bas et surtout Luxembourg. Les déséquilibres de Target 2 cumulent donc des inquiétudes entre banques, entre investisseurs physiques et désormais financiers, avec le quantitative easing !

Ces tensions ne vont-elles pas finir par affaiblir les tentatives de la BCE pour soutenir l’économie ?

Jean-Paul Betbeze : En théorie non, car ces dettes entre banques centrales sont sans échéance. Tout dépend donc de la reprise, de la confiance et des Allemands qui doivent aller dépenser au sud, quand ils le pourront. Le COVID-19 aggrave tout, d’autant que les États-Unis font monter leurs taux, dans leur concurrence avec la Chine pour repartir et attirent de plus en plus l’épargne allemande !

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Quelle addition ! Difficultés permanentes de la zone euro + problèmes du sud + extrême-droite allemande + quantitative easing + USA/Chine + manque de confiance entre banques dans la zone + inquiétudes des investisseurs par rapport au sud = creusement des écarts entre banques centrales débitrices du sud et créditrices du nord. Il faudra des années, et que l’euro tienne !

Christine Lagarde, à Bloomberg TV, vient de dire aux marchés face à la hausse des taux longs US : « Ils peuvent nous tester autant qu'ils le veulent… Nous avons des outils exceptionnels à utiliser en ce moment. Nous les utiliserons en fonction des besoins » Une nouvelle version des « trois mots » de Draghi ? Attention au « chiche », car notre situation est peut-être plus fragile aujourd’hui !

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