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Mauvais sondages : vers la fin de l'ère Merkel ?
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Mauvais sondages : vers la fin de l'ère Merkel ?

Si il y a quelques semaines encore Angela Merkel restait favorite malgré une forte baisse de popularité, l'effet Martin Shulz semble compromettre sa victoire aux prochains scrutins de septembre.

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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Atlantico : Au regard des rapports de force actuels et du mode de scrutin allemand, Angela Merkel est-elle réellement confrontée à une menace "Schulz" ?

Edouard Husson : Il faut être prudent concernant la durée de "l'effet Schulz".  D'un côté, Angela Merkel est  usée. Non seulement par onze ans passés à la Chancellerie; mais aussi par les conséquences de la décision "top down" qu'elle a prise d'accueillir plus d'un million de réfugiés sans qu'il y ait soutien du gouvernement à la population accueillante sur le terrain. Le SPD est membre de la coalition au pouvoir. Et donc solidaire de la politique d'Angela Merkel. Mais il veut profiter du mécontentement que cause cette politique et a placé à la tête de sa campagne pour les prochaines élections un "homme neuf". il s'agit largement d'une illusion. Certes Martin Schulz vient du Parlement Européen; cela fait des années qu'il n'a pas été actif dans la politique allemande. Mais, quand vous écoutez les discours qu'il tenait comme président du Parlement européen, il est aussi loin, sinon plus, des préoccupations des citoyens ordinaires que la Chancelière. Martin Schulz attribue tous les problèmes de l'Europe actuelle au retour des nationalismes et à l'égoïsme des gouvernements nationaux. Combien de temps l'effet Schulz va-t-il durer? Je pense pour ma part qu'il se sera estompé avant l'été, au moment où commencera vraiment la campagne pour les élections de septembre. Le mode de scrutin allemand est un mélange de scrutin de liste et de scrutin nominal. Il ne provoque pas de gros basculement. Ce qui va donc jouer, c'est le facteur personnel: Angela Merkel la sortante contre Martin Schulz l'homme neuf? Cette opposition facile est à la merci d'un choc externe: attentat, bras de fer commercial entre l'Allemagne et les Etats-Unis, nouvelle crise de l'euro du fait de la dette grecque etc....Dans ce cas, Madame Merkel pourrait reprendre de la stature face à un Schulz singulièrement inexpérimenté. 

Si Angela Merkel garde une légère avance dans les sondages (un point de plus que le SPD) une récente étude d'opinion estime que deux tiers des Allemands veulent que la chancelière soit évincée du pays. Angela Merkel est-elle finalement une force ou une faiblesse pour la CDU-CSU ?

Un point de différence dans les sondages, ce n'est pas significatif, dans un sens ou dans l'autre. On peut juste dire que grâce à l'entrée en campagne de Martin Schulz, le SPD est en mesure de faire jeu égal avec la CDU. Pour le dire autrement, la CDU et la CSU ne bénéficient plus de l'effet Merkel, qui les propulsait, aux élections précédentes cinq à huit points au-dessus de l'attachement habituel au parti. Aujourd'hui, c'est le SPD qui est propulsé cinq à huit points au-dessus de l'attachement habituel au parti. Les deux partis se trouvent autour de 30% dans les sondages, l'un en gagnant sept points et l'autre en perdant sept points. Plus profondément, Angela Merkel pourrait payer, soudain, les conséquences de sa stratégie fondamentale depuis qu'elle est au pouvoir. Elle est venue prendre des voix au SPD. Celui-ci pourrait, avec Schulz, les lui reprendre. C'est bien là que va se jouer l'élection, au centre-gauche. Depuis qu'elle est arrivée au pouvoir, en 2005, Madame Merkel a lentement fait évoluer son parti vers la gauche; ses gains électoraux, depuis dix ans, se sont accompagnés de pertes électorales plus à droite. Aujourd'hui, la Chancelière est menacée à la fois sur sa droite (percée de l'AfD) et sur sa gauche (possible regain du SPD). Evidemment, la CDU et la CSU pourraient aussi envisager une autre solution, sans aucun doute leur meilleure garantie de garder la Chancellerie (qui revient toujours au chef du parti arrivé en tête): changer Madame Merkel pour un autre candidat; soit l'expérimenté Schäuble; soit un candidat plus jeune ou une autre femme: Ursula von der Leyen.    

"Martin Schulz est une feuille blanche sur laquelle chacun peut écrire ce qu’il veut" déclare un cadre du parti du SPD. Peut-on estimer que le flou entretenu par Martin Schulz serait un moyen, pour le SPD, de transformer le prochain scrutin en un référendum pro ou anti Merkel ? Avec quelles chances de succès ?

Non. Martin Schulz n'est pas une page blanche! C'est le clone de Merkel. C'est la même vision politique des choses que la Chancelière mais sans l'usure du pouvoir national. Tant que Schulz ne dit pas grand chose, effectivement, on peut projeter sur lui des attentes. Mais ce jeu là n'aura qu'un temps. En fait, la chance de Schulz, c'est le fait que l'Allemagne soit encore un pays prospère, dans lequel l'assise politique du centre est large: 60% de l'électorat, c'est énorme. Comparez avec la France, où Fillon et Macron se disputent moins de 50% de l'électorat; L'Allemagne a une vingtaine d'années de retard sur la France en termes de décomposition du système politique. Rappelons-nous l'élection présidentielle de 1995 en France: la droite pouvait se permettre d'avoir deux candidats concurrents. Ces deux candidats (Chirac et Balladur) et le candidat socialiste, Jospin, se partageaient plus de 60% de l'électorat. Schulz ou Merkel, c'est "blanc bonnet" et "bonnet blanc", pour reprendre une formule connue. Alors, de fait, l'élection va se gagner à la marge: entre la vacuité de Schulz et l'usure de Merkel, difficile de dire qui va l'emporter. La seule inconnue, c'est l'effet que le "soufflé Schulz" va avoir sur l'électorat Vert. Se sentira-t-il poussé à la mobilisation dans l'espoir du retour d'une coalition de gauche au pouvoir? Mais la seule coalition de gauche possible, arithmétiquement, inclut "Die Linke". Or je ne vois pas Schulz faire une coalition avec les héritiers d'Oskar Lafontaine et du PDS, le parti postcommuniste issu de l'ancienne Allemagne de l'Est.

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