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Mariage homosexuel : pourquoi la procréation médicalement assistée dérange tant
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PMA

Les partisans du mariage pour tous qui défileront aujourd'hui dans les rues, affirmeront également leur soutien à l'ouverture de la Procréation médicalement assistée (PMA) aux couples homosexuels.

Chantal Delsol

Chantal Delsol

Chantal Delsol est journaliste, philosophe,  écrivain, et historienne des idées politiques.

 

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Atlantico : François Hollande a déclaré cette semaine qu’il laisserait aux parlementaires le soin de prendre la décision d’intégrer un amendement sur la Procréation médicalement assistée (PMA) dans la loi du mariage pour tous. Au delà du débat conjoncturel qu'elle engendre, la PMA est un concept qui dérange. Quels sont les problèmes éthiques que soulève cette question ? Quelles sont les problématiques plus spécifiques au cas des couples homosexuels ? 

Chantal Delsol : Cette pratique soulève tous les problèmes de l’artificialité. Bien sûr, parce que nous sommes des êtres de culture, nous avons inventé un grand nombre d’artifices pour mieux vivre, et c’est tant mieux. La question est de savoir jusqu’où l’on peut aller dans l’artifice. On en a conclu pour l’instant (mais cela dépend des pays) que la PMA était un artifice acceptable dans le cas où l’enfant ainsi conçu reçoit des parents qui peuvent pour ainsi dire symboliser une filiation naturelle (ce n’est pas mon vrai père, mais j’ai un père ; ce n’est pas ma vraie mère, mais j’ai une mère).

Mais pourquoi s’attacher à la filiation ? Parce que l’enfant n’est pas seulement un être biologique, une fabrication de cellules qui peut se faire en laboratoire : il est un être de culture, qui va grandir non pas seulement par le développement de ses organes biologiques, mais par le développement de son esprit et de sa compréhension de son propre enracinement dans un monde. Ainsi a-t-il besoin de savoir d’où il vient. Brouiller à volonté ses origines, et les lui cacher, ce n’est pas préparer les conditions de son équilibre, même si c’est faire plaisir aux adultes. Un enfant n’est pas un jouet. Il est étrange que les couples gays, qui n’attachent d’importance qu’à la culture au détriment de la nature, assignent à leur enfant une place essentiellement biologique sans se préoccuper de ce que leur filiation va engendrer dans leur esprit en termes de questions identitaires.

La gestation pour autrui étant interdite en France cela n’ouvrirait la PMA qu’aux couples de femmes. N’est-on pas en train de créer une nouvelle inégalité entre les couples de femmes et les couples d’hommes ?

Bien sûr que si ! On voit ici les défenseurs du "mariage pour tous" s’embourber dans une contradiction  majeure : leur combat s’est instauré au nom de l’égalité, et on tombe dans une inégalité majeure, qui est la possibilité pour les couples de femmes, et non pour les couples d’hommes, de fabriquer des enfants bricolés. C’est inadmissible ! Et c’est pourquoi un discours est en train de se lever pour tenter de faire tomber la barrière de la gestation pour autrui : des couples d’homosexuels hommes écrivent des articles racontant qu’ils sont allés dans tel pays, qu’ils ont loué un ventre, qu’ils ont payé tant, que c’était super, que le ventre était content d’être payé etc… j’en ai le cœur au bord des lèvres. Grande contradiction en même temps chez les femmes homosexuelles, qui sont en général féministes et en opposition majeure à la location des ventres, mais qui ne voient pas d’autre possibilité pour répondre aux désirs de leurs homologues homosexuels masculins. Oups ! Pas sûr que ces problèmes soient aussi existentiels que les médias nous les décrivent…

En ouvrant la PMA aux couples homosexuels, est-on en train de reconnaître l’homosexualité comme une forme d’infertilité. Quelles en seraient les conséquences ?

Oui, l’homosexualité est reconnue alors comme une forme d’infertilité, et rien de plus. Cela n’est pas une nouveauté. Il suffit de lire par exemple les textes de Pascal Nouvel, philosophe des sciences et en particulier de la biologie : les couples homosexuels sont infertiles, mais il y a beaucoup de couples hétérosexuels infertiles, quelle différence ? Pourquoi s’occupe-t-ton des seconds pour les aider à procréer, et non pas des premiers ? Autrement dit, rien n’est naturel et tout est culturel : nous devons faire tout ce que nous voulons, et les lois de la vie sont orientées selon nos désirs, car il n’y pas d’obscures lois régentant la condition humaine. C’est ainsi que Staline s’est amusé à priver des enfants de leur famille (parce que la famille est inégalitaire), et il en a fait des fous. Je ne crois pas que nous soyons légitimement livrés à notre désir : nous devons tenir compte de la condition humaine, nous ne pouvons pas entièrement nous façonner nous-mêmes.

Identifier l’infertilité des couples hétéro et celle des couples homo, c’est l’ubris, la démesure, la démiurgie : tout ce qui apporte couramment les catastrophes historiques.

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