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Accident de Marcoule

Les médias du XXIe siècle sont-ils incapables de traiter du nucléaire ?

Un mort et quatre blessés ce lundi dans l'explosion d'un four servant à recycler des déchets faiblement radioactifs du site nucléaire de Marcoule.

Michel Claessens

Michel Claessens

Michel Claessens est directeur de la communication du projet ITER à Cadarache.

Docteur en sciences, il a été journaliste scientifique. Son dernier ouvrage s'intitule Allo la science ? (Editions Hermann, 2011).

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L’Histoire repasse les plats, surtout lorsqu’ils ont des condiments nucléaires. L’explosion d’un four dans l’usine de traitement des déchets nucléaires de Marcoule n’a pas fait exception. Pourtant l’incident concernait une technologie traditionnelle (comme c’était aussi le cas à Fukushima). Et aucune évacuation n’a été nécessaire. « Il s'agit d'un accident industriel, pas un accident nucléaire », a déclaré EDF. Un pschitt nucléaire ? Mais la suspicion est bien ancrée : les écologistes ont justement rappelé l’exigence d’avoir « toute la transparence ».

Les lois médiatiques ne facilitent pas l’information sur les sujets nucléaires, bien au contraire. On l’avait observé, entre autres incidents, pour Fukushima : si les médias rapportent des news, la valeur informative de ces nouvelles est souvent très limitée. Les événements sont-ils montés en épingle ou y a-t-il volonté de désinformer ? Et si les médias faillent à leur mission dans le domaine nucléaire, cette conclusion doit-elle s’étendre à tous les domaines de l’actualité ?

En quelque sorte, nous payons ici le prix de l’ « électronification » des médias et de leur transformation en profondeur par les TIC, ces fameuses technologies de l’information et de la communication. « L'ère du numérique a créé un nouveau monde qui bouleverse l'industrie médiatique, son économie comme ses usages », soulignait Serge July en juin 2006, encore PDG de Libération. Une révolution qui modifie tant le contenant que le contenu et jusqu’au sens même de l’information.

Il n’y a pas si longtemps, informer consistait à répondre aux questions fondamentales telles que pourquoi ? Qui ? Comment ? Aujourd’hui, il s’agit surtout de montrer. Et vite ! Le raccourcissement des délais de production de l’information rétrécit l’horizon de l’actualité à un point tel qu’il n’y a pratiquement plus de temps, ni d’espace, pour le recul, la réflexion, la relecture et la consultation de spécialistes.

Aujourd’hui, avec les pressions de toutes sortes, les « deadlines » raccourcies et les restrictions économiques, c’est le travail même de journaliste qui est menacé. Il est pratiquement supprimé dans certains médias, produits par des équipes réduites, sans journaliste sur le terrain, avec seulement quelques « éditeurs » qui manient le couper/coller à tours de bras. Avec l’établissement d’une ligne directe entre l’événement d’un côté et le citoyen-téléspectateur de l’autre, la fonction de journaliste n’a plus guère de sens et, au sens littéral, plus de place : « A mi-chemin, écrit Ignacio Ramonet, il n’y a non plus un filtre, un tamis, mais simplement une vitre transparente[1]. »

Les pressions diverses qui s’exercent sur la presse la rende moutonneuse et paresseuse. Internet « googlelise » le travail d'investigation. En science, bien des journalistes spécialisés se contentent de décrypter les communiqués de presse ou les informations électroniques. Nous nous enfonçons dans la culture de l'éphémère et de la redondance. Nous fonctionnons de plus en plus dans ce que Pierre Bourdieu appelle la « diffusion circulaire de l'information » et – pour reprendre une autre de ses expressions – du fast thinking, cette « nourriture culturelle, prémâchée, qui nous évite de réfléchir et de poser des choix ».

Pendant les grandes vacances, nous sommes nombreux à faire et refaire chaque été la même expérience : vivre sans les médias pendant quelques jours, quelques semaines. Et quel bonheur ! Si, comme moi, vous avez fermé la page, au sens propre et figuré, pendant votre break, force est de reconnaître que nous n’avons pas raté grand-chose. Les nombreux soubresauts de l’affaire DSK, les soucis de Christine Lagarde avec l’affaire Tapie, les écoutes du journaliste du Monde qui suivait l’affaire Bettencourt… Nos élites ont parfois une interprétation très personnelle de la morale et le pouvoir a toujours cherché à précipiter ses opposants dans des oubliettes. Rien de neuf sous le soleil ! Ces anecdotes ont captivé et captiveront encore des millions de personnes. Sommes-nous tous des concierges dans l’âme ?



[1] I. Ramonet, La Tyrannie de la communication, Paris, Galilée, 1999.

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