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Malédiction de l’obésité publique : l’Etat pourrait être le grand gagnant de la crise du Covid bien que l’ayant largement aggravée
©CHRISTIAN HARTMANN / POOL / AFP

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Malédiction de l’obésité publique : l’Etat pourrait être le grand gagnant de la crise du Covid bien que l’ayant largement aggravée

Grâce à la crise sanitaire, l'Etat a aujourd'hui plus de prérogatives qu'il n'en a eu tout au long du XXe siècle. Le "quoi qu'il en coûte" d'Emmanuel Macron en est l'exemple le plus révélateur.

Pierre  Bentata

Pierre Bentata

Pierre Bentata, Fondateur de Rinzen, cabinet de conseil en économie, il enseigne également à l'ESC Troyes et intervient régulièrement dans la presse économique.

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Atlantico : Alors qu’il est au centre de toutes les critiques, l'Etat apparaît comme le grand gagnant de la crise sanitaire. Pourquoi ?

Pierre Bentata : Cela tient déjà à la façon dont l'épidémie a été traitée, notamment dans les médias. Dès le départ, l'épidémie a été présentée comme causée par la globalisation et le libéralisme. On a entendu que le virus se répandait plus vite parce qu'il n'y avait pas de frontières, que l’épidémie était née parce que qu'on a empiété sur l'écosystème… L’origine du mal était forcément le marché et la dérégulation. La genèse de l’épidémie et son développement légitimaient donc implicitement une plus grande intervention de l'Etat.

Ensuite, dès que l'Etat a été en défaillance (sur les masques, sur l’hôpital), politiques et médias ont pointé la responsabilité des politiques d'austérité et du dogme libéral qui auraient détruit l’hôpital public. Très rapidement, tout le monde a accepté que si les hôpitaux était débordés ou n'avaient pas suffisamment de lits, c'était parce que l'Etat n'avait plus assez de moyens et donc, devait en avoir plus.

On a donc eu de plus en plus interventions de l'Etat. De nombreuses lois ont été votées et beaucoup d’autres sont en débat à l'assemblée sans qu'on en parle plus du tout. Ce qui renforce le pouvoir de l'Etat. Car s’il n'y a plus de contrôle ni d'observation de la part de la société civile, il n’aura pas à rendre de compte. Sur la crise elle-même, on observé une prise en main totale de l'Etat, le fameux « quoi qu'il en compte » d'Emmanuel Macron. Il a donné un pouvoir oublié depuis longtemps à l'Etat qui a aujourd'hui plus de prérogatives qu'il n'en a eu tout au long du XXème siècle. A partir du moment où on ferme les entreprises, on repousse les charges fiscales et que dans le même temps on prend le relais en s'occupant des salaires, on a clairement une nationalisation de l'économie. Le plus problématique, c’est que personne ne sait comment on fait pour enlever la perfusion quand elle nous alimenté pendant aussi longtemps et de façon aussi intense.

Tout cela est aussi dû à une demande de la société. Emmanuel Macron remonte dans les sondages à chaque fois qu'il annonce une mesure ferme et attentatoire aux libertés. Il y a une demande d'une intervention plus forte de l'Etat. C'est le grand paradoxe de cette situation : en ayant coulé l'économie, en ayant raté le premier confinement, en ayant raté StopCovid, le traçage et le contrôle, l'Etat en ressort davantage légitimé que ce qu'il était auparavant.

Pendant la crise sanitaire, ce renforcement de l’Etat va de pair avec un affaiblissement du secteur privé…

Le secteur privé est moribond. Il y a même des endroits où le secteur privé est mort (tourisme, restauration, stations de skis). Il y a maintenant tout un pan de l'économie qui ne dépend plus que de l'Etat. Si on ajoute à cela l’Assemblée nationale qui ouvre au débat parlementaire le revenu universel, on a les deux faces : l'offre et la demande, qui sont potentiellement sous contrôle de l'Etat. 

Pour l'Etat c'est à la fois une bonne et une mauvaise chose. Une mauvaise pour l'économie quand on sait que le privé est le secteur le plus dynamique, là où il y a le plus de prospérité et d'innovation. C'en une bonne d’un point de vue social, parce que l’Etat ne fera pas face une révolte de la population puisque tout s'est fait avec son consentement.

Même les restaurateurs, qui ont été très véhéments contre l’Etat, réclament de l'Etat qu'il leur donne plus. Il y a une sorte d'accord tacite pour que l'Etat prenne en charge. Le gouvernement a très bien compris ça en organisant des grand-messes avec les allocutions du premier ministre et du président de la République, et en disant, à travers Darmanin, que le "cancer de la société" est le non-respect de l'autorité. Il semble y avoir un consensus général pour que l'Etat reprenne en main l'économie, avec l'accord de beaucoup de gens, peut-être pas des chefs d'entreprises mais d’une partie des actifs qui semblent subir à une vraie docilité.

Alors que l’Etat a failli, n’aurait-on pas pu s’attendre à plus décentralisation ?

La trame actuelle ressemble beaucoup au mouvement des Gilets jaunes : au départ un ras-le-bol et une révolte contre l’Etat, et ensuite des cahiers de doléances pour demander davantage de lui. Voyant que l'Etat a failli, la population finit par se dire que c'est par manque de moyens. Dans un pays qui a les plus forts prélèvements en pourcentage du PIB par habitant, c’est ironique.

Concrètement, comment va se matérialiser cette nouvelle accentuation de la puissance étatique ? Par l’augmentation du nombre de fonctionnaires ?

Oui, notamment. Par une augmentation des effectifs dans les secteurs considérés comme essentiels par la population, particulièrement les métiers de la santé. Par la création de nouvelles fonctions telles que les sous-préfets à la relance, mais aussi des services administratifs dédiés à la reprise économique. On peut imaginer une augmentation des effectifs de la Cades (Caisse d'amortissement de la dette sociale) par exemple et des agences en charge de l'accompagnement des entreprises touchées par les confinements. Sur ce dernier point, les administrations trouveraient un moyen idéal pour augmenter leur budget et gonfler leurs effectifs : plus les entreprises sont en crise plus les administrations ont du travail pour les financer et assurer leur survie et plus ces entreprises deviennent des zombies qui ont besoin d'aide.

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